Communication 101 au Brazou

«Você só tem que andar três quarteirões. Vire à esquerda. Então você andar em linha reta por cinco minutos e você não pode perder.
- De kossé?
- Você só tem que andar três quarteirões. Vire à esquerda. Então você andar em linha reta por cinco minutos e você não pode perder.
- ... »
Une chose est claire au Brésil: les gens se foutent éperdument que vous ne parliez pas leur langue, ils vous répondront en portugais. Ils se répéteront même, comme si vous aviez eu, entre-temps, une révélation. Bien sûr, tout devient soudainement plus clair si tu le répètes...
Bref, pas facile de communiquer avec les habitants du cinquième plus grand pays de la planète.
J'avoue, c'est un peu de ma faute si la communication est corsée. Au-delà des petits guides de conversation vendus en boutique, j'aurais peut-être dû demander à mes meilleurs amis - des Portugais que je connais depuis le primaire - de me donner un petit crash course de leur langue maternelle.
Pas sûr toutefois que j'aurais mieux absorbé la matière, voire mieux compris parce que leur portugais provient des îles Açores, situées dans l'Atlantique. Il diffère quelque peu de celui du Brésil - ou de Brazou, comme on dit ici. La langue parlée à São Miguel diffère donc de celle à São Paulo. Comparez le «québécois» et le français de France. Certes similaire, mais deux langues qui ont leur identité propre.
Mon collègue photographe Patrick Woodbury et moi savions que la barrière linguistique pouvait s'avérer un obstacle lors de notre séjour de cinq semaines en sol brésilien pour la Coupe du monde. À vrai dire, nous nous attendions «à patiner» dans les endroits plus reculés. À l'inverse, on retrouverait fort probablement nos repères linguistiques dans les restos du centre-ville, dans les aéroports et dans les divers centres de médias près des stades. On arriverait à communiquer avec une certaine aisance, non?
Après tout, la puissante FIFA, la méga-organisatrice de la grand-messe du foot, est reconnue pour sa diversité linguistique. Au Mondial de 2010 en Afrique du Sud, terre où il y existe 11 langues officielles - 11! -, je n'avais eu aucun problème à échanger avec M. et Mme Tout-le-monde.
Force est d'admettre que la réalité est bien différente au Brésil. Le gouvernement fédéral a peut-être offert des cours en anglais gratuits à son peuple pour mieux accueillir les millions de spectateurs et de journalistes venus des quatre coins du monde. Manifestement, ils n'ont pas été preneurs. Correction. Paraît-il que les cours d'anglais donnés aux prostituées plusieurs mois avant le premier match de la Coupe du monde ont été très populaires... C'est ce que nous a appris un reportage à la télé - et pas nos recherches sur le terrain, je vous assure!
Néanmoins, je peux avancer, sans hésitation, que nous avons vécu des frustrations linguistiques chaque jour depuis notre arrivée à São Paulo le 12 juin dernier. Chaque jour.
Un tel dépaysement nous rappelle comment la communication entre humains est vitale. L'homme est avant tout un être social. Le boulet de ne pouvoir faire part de sa pensée ou de s'exprimer à sa juste valeur est une prison infernale. À répétition, cette incompréhension par autrui nous accable et manifestement, mène à une certaine colère. À de nombreuses reprises pendant notre séjour, disais-je, nous avons vécu de telles défaites.
Demandez à un policier des instructions pour se rendre à un lieu quelconque, une affaire devenue quotidienne, et cela produit toujours des résultats mitigés.
«Você só tem que andar três quarteirões. Vire à esquerda. Então você andar em linha reta por cinco minutos e você não pode perder.»
Traduction après toutes sortes de gesticulations: «Vous n'avez qu'à marcher trois coins de rue, tournez à gauche. Ensuite, vous marchez tout droit pendant cinq minutes et vous ne pouvez pas le manquer.»
Et rendu là, un autre policier nous dit le contraire... (Insérez le juron québécois de votre choix.)
Une telle expérience s'est produite pas plus tard que jeudi après-midi alors que nous cherchions une statue du défunt pilote brésilien de Formule Un, Ayrton Senna, dans le «Central Park», format réduit, de São Paulo. Trois heures plus tard, rien...
Arrivés à notre point de départ, nous apprenons que ladite statue était de l'autre côté du parc.
J'ai pété une coche...
C'est rare, vous diront mes proches. Mais c'est quoi l'idée de ne pas installer une affiche indiquant l'endroit de la statue, question d'honorer justement le plus grand pilote de course automobile du pays?! Ah, je comprends mieux maintenant. Elle est située dans une rue située en face du parc, nous apprend un chauffeur de taxi grâce à une traduction instantanée sur son téléphone cellulaire.
(Insérez le juron québécois de votre choix.)
Montée de lait terminée, il faut dire que notre aventure langagière nous réserve de belles surprises aussi. La nature humaine fait souvent en sorte qu'on relève les éléments négatifs plutôt que positifs d'une situation. Les médias de masse en sont la preuve...
J'avoue que nous avons eu de très bons échanges, grâce à notre similiportugais, avec des citoyens du pays. Je pense notamment à José dans une microbrasserie de Rio de Janeiro et aux nombreux chauffeurs de taxi qui nous ont transportés du point A au point B. Il y a aussi des bénévoles de tous genres avec leur anglais limité, mais au sourire radieux, qui ont apaisé nos frustrations.
Et miracle, du français! Une étoile de mer au sein de l'abysse linguistique du Brésil. Gabriella nous a accueillis au centre des médias de Rio de Janeiro avec un français impeccable. Elle était ravie de rencontrer des Canadiens, elle qui avait séjourné chez nous pendant un an pour faire des études. Nous étions bien heureux de pouvoir communiquer dans notre langue maternelle, loin de chez nous.
«Não falo português?» Pas de problème. Parce que «le foot est plus qu'un jeu, c'est un moment qui rassemble un peuple, une nation, et à plus petite échelle, une ville», m'a écrit une amie vendredi.
En effet, peu importe la langue parlée, au bout du compte on arrive à se comprendre au Mondial, malgré les petits irritants.