En décembre 2017, Colin Kaepernick a été honoré pour son combat social lors d'un gala organisé par la revue Sports Illustrated.

Colin Kaepernick, le héros devenu paria

WASHINGTON — Colin Kaepernick était l’un des meilleurs quarts-arrière de la NFL avant de devenir à 30 ans un paria du football en boycottant l’hymne national pour dénoncer les violences policières et la discrimination raciale.

En 2013, le jeune métis emmène les 49ers de San Francisco jusqu’au Super Bowl à sa première saison comme partant. Malgré la défaite face aux Ravens de Baltimore, les observateurs prédisent un avenir brillant à ce robuste meneur de jeu polyvalent (6’3’’, 230 livres) et la franchise californienne prolonge son contrat jusqu’en 2020.

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Aujourd’hui, il est sans équipe depuis janvier 2017 et il poursuit la NFL, accusant les propriétaires d’équipes de s’être entendus pour le laisser au chômage, alors qu’une partie des fans de la NFL brûle son ancien maillot numéro 7.

Entre-temps, il a lancé un mouvement de boycottage de l’hymne américain en mettant un genou à terre lorsque le Star-Spangled Banner est chanté avant chaque rencontre, au lieu de se tenir debout la main sur le cœur comme le veut la tradition.

«Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs», justifiait en 2016 Kaepernick, qui est né dans le Wisconsin d’un père biologique noir avant d’être adopté par un couple de Blancs et élevé en Californie.

Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, il fait référence à la mort de plusieurs Noirs non armés tués par des policiers, des événements qui ont provoqué des émeutes. «Il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s’en tirent avec leurs congés payés», dit-il.

Les foudres de Trump

Son geste de défiance, d’abord passé inaperçu, se propage en 2017 dans les rangs de la NFL, déclenchant les foudres des propriétaires de franchises, des conservateurs et du président républicain Donald Trump. Accusé de bafouer l’armée et ses militaires tués au combat, il se fait traiter de «fils de pute» par Trump.

Le joueur a aussi reçu de nombreux soutiens dans un pays qui n’a pas encore réglé ses comptes avec le racisme et les discriminations : les artistes Eminem, Jay-Z, Snoop Dogg, Chris Rock et Stevie Wonder;  les vedettes de la NBA LeBron James et Kobe Bryant, l’internationale américaine de football Megan Rapinoe et même des membres de la police de New York, dont le célèbre agent Frank Serpico, ou l’ex-président démocrate Barack Obama.

Récompensé en avril par Amnistie internationale pour son action, Kaepernick a aussi créé une fondation qui a levé un 1 million $ pour financer des associations de lutte contre les discriminations, et lancé la campagne Know Your Rights (Connais tes droits) à destination des jeunes.

Kaepernick s’inscrit ainsi dans une lignée d’athlètes protestataires noirs qui ont marqué les États-Unis et ont connu la controverse, voire la déchéance.

La légende de la boxe Muhammad Ali avait payé de plusieurs années d’interruption de carrière son refus d’aller combattre au Vietnam. En 1968, Tommie Smith et John Carlos avaient levé un poing ganté, marque des Black Panthers, sur le podium du 200 mètres des Jeux olympiques de Mexico pour dénoncer la ségrégation raciale théoriquement abolie mais encore présente dans la société. Les deux sportifs ont été boycottés par les médias et honnis durant des décennies, avant d’être réhabilités.

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LES LOCATAIRES ÉPARGNÉS...

En guerre ouverte contre Colin Kaepernick et les sportifs qui boycottent l’hymne américain, Donald Trump a relativement épargné Nike pour avoir choisi l’ex-quart de la NFL comme un de ses visages de sa prochaine campagne. «Je pense que c’est un terrible message» que Nike envoie, a réagi mardi le président américain dans un entretien au site conservateur The Daily Caller, ajoutant toutefois que : «Nike est un de mes locataires. Ils paient un bon loyer». L’équipementier possède un magasin situé dans un immeuble, géré par la Trump Organization, jouxtant la Trump Tower sur la 5e Avenue de Manhattan. Il envisageait au printemps d’en partir.

C’est la première fois qu’une entreprise opposée aux prises de position du magnat de l’immobilier échappe à ses foudres. Trump a pourtant éreinté récemment des fleurons américains tels Google, Harley-Davidson, Amazon ou encore Ford. «C’est l’essence de ce qu’est ce pays. Vous avez la liberté de faire les choses que d’autres personnes estiment que vous ne devriez pas», a encore déclaré Trump sur un ton apaisé, tranchant avec les invectives auxquelles il a habitué les milieux d’affaires.