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Jean Larivière
Expert-conseil Chasse et pêche — Collaboration spéciale
Jean Larivière
La patience de nombreux chasseurs de cerfs a été mise à l’épreuve, la saison dernière.
La patience de nombreux chasseurs de cerfs a été mise à l’épreuve, la saison dernière.

Une saison de chasse « pénible » en Outaouais

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La saison de chasse au cerf 2020 dans la zone 10 – Outaouais s’est avérée la moins productive des 20 dernières années, avec une piètre récolte de 3776 cerfs, dont 2977 mâles et 642 femelles. Ces statistiques démontrent clairement que notre cheptel se retrouve en situation précaire, si on considère que cette zone a enregistré le plus grand nombre de permis vendus au Québec (24 714). La saison a donc pris fin avec un succès de chasse peu enviable d’à peine 15 % !

Lors d’une récente entrevue avec l’animateur Michel Langevin du 104.7 Outaouais, le responsable pour le gros gibier en Outaouais du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, le biologiste expert André Dumont, a précisé que la zone 10 vit présentement une période creuse, mais que la situation n’est pas « alarmante ». Selon lui, une série d’hivers rigoureux – et plus spécifiquement celui de 2019 – serait responsable de la faible densité de cerfs en région au cours des dernières années. Il ne voit aucun problème au niveau du ratio mâle/femelle.

C’est un fait bien connu dans le milieu de gestion des populations de cerfs qu’un ratio de 1,3 mâle par femelle s’avère l’idéal. Dans le journal L’info du Nord du 11 février dernier, M. Dumont estimait que le cheptel de cerfs de la zone 10, avant la période de chasse 2020, était composée de 6600 mâles adultes et 26 500 femelles adultes, ce qui représente un ratio d’un mâle pour quatre femelles. Si l’on se fie aux données de la récolte de la saison 2020, on se retrouverait présentement avec un ratio d’un mâle pour sept femelles, ce qui démontre un déséquilibre substantiel encore plus éloigné du ratio idéal.

Une opinion divergente

Selon les co-fondateurs du mouvement Unis Pour la Faune, Luc Brodeur et François Pelletier, le cheptel de l’ensemble de la zone 10-Outaouais se retrouve dans une situation « très alarmante ». Bien que la série d’hivers rigoureux soit en cause, la faible densité du cheptel serait également attribuable à la surexploitation des jeunes cerfs mâles depuis bon nombre d’années, ce qui a pour effet de prolonger la période du rut et de retarder ou disperser la période de mise bas des femelles.

Cela s’avère non seulement néfaste pour la survie des mâles au printemps, mais nuit également à la qualité de la cohorte de faons, ainsi qu’à leurs chances d’atteindre la maturité nécessaire pour survivre à leur premier hiver. Afin d’arrêter « l’hémorragie » qui perdure dans plusieurs zones comme la nôtre, l’instauration dès cette année de la « Restriction de la taille limite des bois » (RTLB), ainsi qu’une récolte bien planifiée de la population de femelles, sauraient améliorer l’équilibre du ratio mâle/femelle, et augmenter la densité des troupeaux afin d’offrir une expérience de chasse acceptable. On souhaiterait également que le ministère modifie le Plan de gestion du cerf dès cette année, afin de ne pas octroyer un permis supplémentaire de récolte dans les zones à faible densité, telle que la zone 10. D’ailleurs, ces deux spécialistes du système de gestion QDM (Qualité de gestion des cerfs) estiment que le programme RTLB, en période d’étude dans l’Estrie depuis 2017, a démontré plus que jamais son efficacité lors de la récolte 2020. Pour sa part, le secteur 6 Sud a connu le meilleur niveau de succès (46 %) en province, tandis que le 6 Nord occupe la 4e position (36 %). Contrairement à la zone 6, celles de deuxième et troisième position, soit la 8 Est (42 %) et la 5 Ouest (38 %), permettaient la récolte de deux cerfs dans le même secteur.

L’instauration du permis de zone en 2020 nous a permis de confirmer que la région de l’Outaouais est soumise à une importante pression de chasse. L’avenir ne s’annonce pas trop prometteur pour notre cheptel, surtout si le ministère y permet encore l’achat d’un permis supplémentaire cette année et retarde la mise en application du RTLB au-delà de 2021.

Nul doute que la pandémie que nous connaissons est en grande partie responsable pour cet afflux de chasseurs en forêt. Les ventes de permis réguliers ont augmenté de 9227, pour un total de 136 413 au Québec. Avec l’ajout des 21 411 permis supplémentaires, cela représente des ventes combinées de 157 824 en 2020. Même si cela représente des revenus importants pour l’État, le ministère doit également s’assurer d’offrir une chasse de qualité à sa clientèle, tout en veillant à la pérennité de nos troupeaux de cerfs.