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Jean Larivière
Expert-conseil Chasse et pêche — Collaboration spéciale
Jean Larivière
Un ratio mâle/femelle bien équilibré avantage la progression dynamique des troupeaux de cerfs.
Un ratio mâle/femelle bien équilibré avantage la progression dynamique des troupeaux de cerfs.

Une densité de cerfs favorable

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CHRONIQUE / Depuis l’instauration de la Restriction de la taille légale des bois (RTLB) au Québec, nous entendons souvent parler de l’importance et des avantages de maintenir un ratio mâle/femelle bien proportionné au sein des troupeaux de cerfs. Selon la norme, l’idéal serait de 1,3 femelle par mâle, afin d’assurer que la période de reproduction se déroule à l’intérieur d’un délai raisonnable. Ce n’est malheureusement pas le cas présentement dans plusieurs zones, ce qui entraîne de sérieuses conséquences sur le succès de chasse et le maintien d’une densité convenable dans plusieurs troupeaux.

La dernière saison de chasse dans la zone 10-Outaouais a produit des résultats décevants, en raison d’une pénurie évidente de cerfs mâles au sein du cheptel. Afin de mieux comprendre les divers effets d’une précarité du ratio mâle/femelle, j’ai consulté deux spécialistes en gestion de qualité des cerfs, Luc Brodeur et François Pelletier. À leurs yeux, cette problématique est responsable du prolongement anormal de la période de reproduction, ce qui entraînerait l’épuisement prématuré des réserves d’énergie du mâle. Dans l’éventualité d’un hiver très rigoureux, leurs chances de survivre le printemps sont négligeables. Les rituels de reproduction prolongés engendrent également une répartition inhabituelle de la période de mise bas des femelles, ce qui repousse l’atteinte de maturité si importante pour les faons au début de l’automne.

Règle générale, la période de reproduction des cerfs se déroule du début novembre à la mi-décembre. Pour les femelles qui se sont accouplées pendant cette période, la plupart des faons vont naître entre la dernière semaine de mai et la fin juin. Ceci permet aux faons de profiter d’une quantité supérieure de lait maternel durant leur croissance et d’atteindre une maturité et croissance optimale, qui se confirme par l’absence de taches blanches sur son pelage. Par contre, les périodes de mise à bas différées favorisent la prédation d’un plus grand nombre de faons par les coyotes, les loups et autres prédateurs pendant l’été. Advenant qu’ils échappent à la prédation, leur immaturité augmente leurs chances de périr avant le printemps. Une étude effectuée lors d’un hiver très difficile, en 2019, a démontré que seulement 20 % des faons d’un cheptel au ratio de cinq femelles par mâle ont survécu l’hiver. D’autre part, on a observé un taux de survie de 57 % au cours de la même période avec un troupeau composé de trois femelles par mâle. Il est donc évident que la protection des jeunes mâles pour les deux prochaines années engendrerait un ratio mieux équilibré, tout en augmentant le nombre de bêtes de certains troupeaux défavorisés. D’ailleurs, ce principe de gestion a réussi avec une autre espèce, depuis l’imposition provinciale d’une limite de taille sur le doré jaune par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Selon Luc Brodeur, l’hiver clément de 2020-2021 va occasionner une augmentation du nombre de jeunes cerfs adultes dans plusieurs zones. Par contre, si le ministère persiste avec une réglementation identique à celle de l’an dernier dans les zones défavorisées, une récolte abondante de jeunes cerfs mâles sans le RTLB va nuire à la progression dynamique de leurs troupeaux. Et ce, à un tel point que plusieurs se retrouveront à la case départ au terme de la prochaine saison de chasse.

Ces spécialistes en gestion du mouvement « Unis Pour la Faune » précisent que leur but n’est pas de discréditer les compétences des biologistes du ministère ni le précieux travail et les efforts de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP). Au contraire, ils cherchent à complémenter le travail de ces deux organismes, par leurs compétences et expériences uniques dans le domaine de la gestion de qualité des cerfs, et ce, dans une atmosphère de collaboration, d’ouverture et d’échanges respectueux. Au moment d’écrire ces lignes, Luc Brodeur et François Pelletier demeurent dans toujours dans l’attente d’une rencontre avec le personnel du ministre Pierre Dufour.