La neige profonde épuise rapidement les cerfs dans leurs déplacements.

Un hiver pénible pour nos chevreuils

CHRONIQUE / L’hiver en cours est extrêmement pénible pour nos cerfs, communément appelés chevreuils, en raison de l’abondance de neige et de la mince croûte de glace qui la recouvre.

Combinés, ces deux facteurs sont très néfastes pour ces bêtes. La neige profonde épuise rapidement les cerfs dans leurs déplacements, tandis que la croûte avantage les prédateurs — tels le coyote et le loup — en supportant leur poids pendant la poursuite de leur proie. De plus, cette couche durcie inflige des blessures aux longues pattes minces du cervidé, réduisant ainsi leurs chances de fuir les prédateurs et d’éviter le pire.

Au Québec, les cerfs se retrouvent dans leur aire de distribution le plus nordique. C’est ce qui explique leur niveau de difficulté à survivre, malgré leur nature résiliente, aux hivers difficiles que nous avons connu au fil des dernières années.

La quantité de pâtures devient rapidement limitée, même dans les secteurs de ravages les plus favorables. L’épaisseur de la neige accentue le problème, surtout quand elle atteint plus de 50 cm. Les cerfs ont beaucoup de peine à se déplacer et ont tendance à utiliser principalement les sentiers battus. La nourriture disponible en bordure de ces sentiers est limitée, tant en quantité qu’en qualité, au moment même où ils ont besoin d’un surcroît d’énergie pour endurer le froid intense. Ils tirent une partie de cette énergie de la transformation des réserves de matières grasses accumulées à la fin de l’été et au début de l’automne, mais à mesure qu’elles s’épuisent, les chances de survie de l’animal jusqu’au printemps diminuent.

L’hiver est également une période où les cerfs éprouvent beaucoup de difficulté à combler leurs besoins protéiques et énergétiques. Plus ils sont petits, plus ils souffrent du froid. Lorsqu’ils en viennent à perdre plus de 40 % de leur masse corporelle, rien ne peut les sauver et ils ne verront pas l’arrivée du printemps. Au cours des hivers difficiles, la malnutrition et le froid commencent à éliminer les faons en février, tandis que les plus forts peuvent résister quelques semaines ou plus. C’est surtout au terme de l’hiver et lors d’un printemps tardif que l’on constate un taux de mortalité le plus élevé chez les cerfs.

Pour ceux qui persistent à s’adonner au nourrissage artificiel, il est capital de prolonger cette pratique au-delà de la fonte des neiges de la mi-fin avril, afin de permettre aux cerfs de survivre à cette période critique en attendant la repousse de la végétation printanière. En raison de la faible densité du cheptel actuel en Outaouais, le taux de mortalité anticipé cette année aura inévitablement l’effet de réduire davantage les chances de succès des chasseurs dès la prochaine saison.

Nouveau plan de gestion

Dame Nature demeure le facteur dominant en ce qui concerne le sort et la fluctuation de notre population de cerfs au Québec. Présentement, les responsables de la faune s’affairent à mettre sur pied un nouveau plan de gestion du cerf pour 2020-2027. Depuis les dernières années, les changements climatiques ont altéré négativement les saisons de chasse d’automne, ainsi que le comportement de certains gros gibiers. Il est donc souhaitable que ce facteur soit pris en considération par le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs pour la planification des futures saisons de chasse. Il serait également avantageux que ce plan de gestion permette aux régions individuelles de prendre certaines initiatives, au besoin, comme la fermeture de la chasse aux femelles, un tirage au sort pour les cerfs sans bois pour tous les engins de chasse ou la protection des jeunes mâles. Le ministère a la responsabilité d’assurer la pérennité de notre cheptel de cerfs et d’offrir une expérience de chasse acceptable à sa clientèle, compte tenu du coût des permis et des sommes importantes déboursées par les adeptes de cette activée.