Jean Larivière
Expert-conseil Chasse et pêche — Collaboration spéciale
Jean Larivière
L’avenir de la chasse sportive au Québec se trouve en situation précaire.
L’avenir de la chasse sportive au Québec se trouve en situation précaire.

Permis de chasse: moins de cerfs et de clients

CHRONIQUE / Les ventes de permis de chasse ont encaissé une baisse importante en 2019. Selon les données publiées par le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs, il s’agirait de la baisse la plus importante en près de 20 ans, pour les permis de chasse au cerf. Pour le trésor québécois, cette baisse représente un manque à gagner de près de 750 000 $.

Cela est attribuable à divers facteurs, y compris au controversé registre québécois des armes d’épaule, qui demeure unique au Canada. Lors de son entrée en vigueur, en janvier 2019, de nombreux chasseurs sportifs ont exprimé leur désaccord face à cette loi, ainsi que leur intention de bouder le ministère et l’activité économique du secteur. Plusieurs ont décidé de s’abstenir de chasser pour un an et de contourner l’enregistrement obligatoire en se procurant des armes hors de la province. Ils souhaitaient ainsi contester une loi qu’ils considèrent discriminatoire pour les Québécois, comparativement aux autres chasseurs du pays.

Ce moyen de pression serait également responsable de la fermeture de plusieurs boutiques de chasse et pêche indépendantes, qui ont encaissé une baisse d’achalandage. D’autre part, cette loi adoptée à l’unanimité par nos politiciens aurait provoqué l’abandon du sport par de nombreux chasseurs âgés qui ont été démotivés par cette bureaucratie additionnelle qui s’ajoutait à une réglementation déjà très complexe. Cela aura sans doute un effet sur la relève, qui dépend principalement de l’initiation, de la formation et de l’encouragement des chasseurs d’expérience.

Autre facteur déterminant est évidemment la très faible concentration de cerfs dans les zones Nord et Ouest. Depuis les trois dernières années. Bien que les cerfs soient des bêtes résilientes, la pression de chasse soutenue et la succession des hivers rigoureux ont limité considérablement le taux de naissance annuel et la survie d’un bon nombre de bêtes du cheptel. Plusieurs chasseurs ont d’ailleurs indiqué, au cours des dernières années, que le faible taux de succès de chasse ne valait plus l’investissement en temps et argent exigés pour cette activité.

Selon le directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, Alain Cossette, on aurait prédit en 2015 que le domaine de la chasse sportive se retrouverait dans une situation exceptionnellement précaire, en 2019, surtout en raison du vieillissement de la population. Il était prévu que plusieurs chasseurs « baby-boomers » atteindraient alors l’âge de la retraite et que certains décideraient de cesser leurs activités de chasse. Parmi les facteurs responsables de cette baisse, on se doit aussi de mentionner la fermeture du tirage au sort des cerfs sans bois dans la zone 10 — Ouest, en 2019, après que le ministère ait octroyé pas moins de 1500 permis en 2018 et ce, malgré les hivers rigoureux précédents.

Des statistiques révélatrices

Selon les statistiques de ventes des permis du ministère, l’importante baisse de clientèle en 2019 touche à la fois les chasseurs résidents que non-résidents. Pour la chasse au cerf sur les terres québécoises, on affiche des ventes totales de 135 689 permis, en baisse de 8515, de 9397 (-419) pour un premier abattage et de 1356 (-429) pour l’île d’Anticosti. La baisse totale des ventes de chasse au cerf représente un déficit de près de 670 000 $. On a également enregistré des baisses de ventes de permis pour l’ours noir (-864), les petits gibiers (-3791) et le dindon sauvage (-52), pour des pertes cumulatives de 161 500 $. D’autre part, on a une connue une légère hausse prévisible de 1 % (76 000 $) pour la vente des permis chasse à l’orignal, car il s’agissait d’une année permissive pour la récolte des veaux et femelles.

De toute évidence, la mise en place du registre s’est faite au détriment de la relève, de l’économie et de l’avenir de la chasse sportive au Québec.