Le système de gestion QDM préconise la récolte de cerfs mâles matures.

Le Règlement de la taille légale des bois fait des adeptes

CHRONIQUE / Lors de la dernière saison de chasse au cerf de Virginie, en novembre, de nombreux chasseurs au Québec ont confié avoir rarement entendu une détonation d’arme à feu. Pour certains, c’était du jamais vu depuis les vingt dernières années. En raison de la faible densité de cerfs dans plusieurs zones, certains groupes de chasseurs ont pris l’initiative d’appliquer le Règlement de la taille légale des bois (RTLB) dans leur territoire respectif.

En 2017, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs a lancé une étude de 5 ans dans la zone 6 (Estrie) du RTLB. Ce système de gestion permet uniquement la récolte de cerfs mâles avec trois pointes de 2,5 cm ou plus sur un côté de leurs bois. Il s’agit d’une méthode de gestion innovatrice du Quality Deer Management Association, un organisme américain qui a vu le jour vers la fin des années 1980. Depuis ce temps, plusieurs États américains ont testé ce système de gestion avec succès. Bien qu’il s’agisse d’une méthode éprouvée depuis des décennies chez nos voisins du sud, le MFFP a décidé de limiter le RTLB à la zone choisie pendant cinq ans, ce qui le rend inapplicable ailleurs au Québec avant 2022. Par contre, nombreux sont les internautes sur les sites de chasse qui réclament l’application du RTLB dans leur zone respective, en raison des excellents résultats qu’il connait depuis son instauration. Plusieurs contestent également la durée de cette étude et le fait qu’on ne puisse l’appliquer dès la saison prochaine dans les zones qui affichent une très faible densité de cerfs.

Deux approches

Michel Dufort est un bénévole émérite du secteur faunique, qui figure également au sein d’un groupe de passionnés qui n’ont pas ménagé les efforts afin de promouvoir le système Quality Deer Management (QDM) auprès des chasseurs sportifs, biologistes et politiciens responsables de la faune québécoise. Afin de mieux comprendre la différence entre ces systèmes de gestion, voici quelques extraits de la philosophie de l’association traduits et adaptés par ce dernier : « Sous gestion traditionnelle, les mâles de tout âge peuvent être récoltés, et la récolte de cerfs sans bois est planifiée de façon à maintenir une population abondante et à maximiser la récolte de mâles. Avec cette approche, la plupart des mâles récoltés sont des cerfs âgés d’un an et demi. Dépendamment de la productivité du cheptel et de l’intensité de la récolte des mâles, le rapport des sexes est fortement déséquilibré en faveur des femelles. Dans les régions où la récolte se fait majoritairement avant la période de rut, il arrive que des femelles ne soient pas servies pendant leur première chaleur et la période de fertilité suivante surviendra environ 28 jours plus tard. La naissance des faons sera donc repoussée pour chaque cycle manqué. Par ce fait, ils seront plus petits avec peu de chance à survivre à leur premier hiver. »

« D’autre part, la gestion QDM vise l’amélioration de la qualité des cerfs. Cette approche nécessite la protection des jeunes mâles d’un an et demi et une partie des mâles de deux ans et demi, en combinaison avec une récolte suffisante de femelles pour maintenir la population en équilibre avec la capacité de support de l’habitat. Ce type de gestion augmente à la fois la qualité du cheptel de cerfs, de l’habitat et l’expérience de chasse des sportifs. La satisfaction après chaque journée de chasse est augmentée, même si aucun coup n’est tiré. Une meilleure chance de récolter un mâle de qualité est ce qui nous manque le plus dans les territoires sous gestion traditionnelle. »

Pour sa part, la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs espère obtenir bientôt les données compilées du ministère sur l’expérimentation depuis son application en 2017. Somme toute, l’initiative de certains groupes d’appliquer le RTLB hors de l’étude du ministère démontre l’intérêt qu’ils portent à la qualité de la chasse et des cerfs récoltés comparativement au nombre.