La présence accrue des ours noirs cet automne a certes perturbé la présaison de chasse au cerf.

La présaison de chasse au cerf est perturbée

CHRONIQUE / Dès l’ouverture de la présaison de chasse au cerf de Virginie en Outaouais, de nombreux chasseurs ont constaté que les ours étaient omniprésents sur leur territoire.

Pour les chasseurs qui avaient apprêté des sites nourriciers, les nombreuses photos d’ours sur les caméras, ainsi que les traces au sol, confirmaient une présence inhabituellement élevée des ursidés. Il était donc prévisible que la présaison de chasse au cerf à l’arc et l’arbalète représenterait un défi de taille, cette année, surtout que la présence accrue des ours a pour effet de réduire considérablement l’achalandage des cerfs aux sites d’appâts.

Selon le biologiste de la Fédération des Chasseurs et Pêcheurs du Québec (FédéCP), Michel Baril, la population d’ursidés au Québec serait d’environ 100 000 bêtes. Les pluies diluviennes du printemps 2017 ont occasionné une baisse dans la récolte d’ours dans notre région, soit 231 de moins que la saison précédente. Cela pourrait expliquer une légère augmentation de leur nombre sur le territoire. Mais pour le moment, il ne s’agirait pas d’un problème de surpopulation, mais plutôt d’une insuffisance de nourriture essentielle à la survie de l’animal. Selon toute évidence, les canicules exceptionnelles que nous avons connues durant la saison estivale, ainsi que la pénurie d’eau indispensable pour les plantes, ont contribué à l’absence de nourriture vitale pour cette espèce. Cela a entraîné une piètre récolte de fruits sauvages et de frêne, ainsi de glands de chêne.

Bien que l’ours noir soit omnivore, les végétaux représentent 75 % de leur alimentation. C’est donc à un rythme effréné qu’ils ont consommé les offrandes de pommes, de maïs, de carotte et moulée dans les sites nourriciers des chasseurs. Il est également possible que ce manque de végétaux, jumelé à la période de refroidissement que nous avons connu en début de septembre, aient provoqué cette envie de se nourrir de façon démesurée tôt en saison.

Fait intéressant, la femelle ours a une période de gestation qui est différée et s’active seulement en novembre avant d’entrer en hibernation. La période de reproduction prend place entre mai et juin. Si elle pèse au moins 70 kg quand elle s’installe dans sa tanière, il y a de bonnes chances que les embryons s’implantent et que la gestation se poursuive. Sinon, la gestation se termine naturellement et elle se reproduira l’été suivant. Une portée compte en moyenne un, deux ou trois oursons.

Il va sans dire que la présence constante des ours dans les sites nourriciers occasionne un déplacement des cerfs tout en limitant l’accessibilité aux offrandes des chasseurs. J’ai sondé le terrain avec quelques exploiteurs de pourvoiries dans la zone de chasse 10–Outaouais. Il y aurait disparité quant au succès de chasse entre le secteur Est et Ouest de cette zone. Selon les commentaires obtenus, la récolte de cerfs dans la zone 10–Ouest serait inférieure à l’an dernier, tandis qu’elle aurait été légèrement supérieure dans la partie Est. Par contre, la présence de cerfs aux sites nourriciers et en forêt serait inférieure à l’an dernier pour l’ensemble de la zone. D’autre part, les deux secteurs affichent une récolte supérieure des ours cette saison. À un tel point que le maître taxidermiste Royal Robillard, de Gatineau, me confirmait que le nombre de demandes pour naturalisation d’ours avait dépassé celui de toute la saison 2017, après seulement une semaine de chasse. Mais la présence de l’ours n’est pas l’unique raison pour la rareté de cerfs dans notre zone. Il existe un sérieux problème de population de ce cervidé, qui persiste depuis des années. Il sera tout de même intéressant de constater les statistiques de chasse, lors de leur publication sur le site internet du Ministère de la Forêt de la Faune et des Parcs.