Le portrait apparaît sombre pour les futures saisons de chasse.

Fiasco faunique à Grenville-sur-la-Rouge

CHRONIQUE / Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a annoncé des mesures draconiennes de dernière minute, le 30 août dernier : une chasse sportive pour une période de 58 jours consécutifs, dans un périmètre de 2200 km², à l’intérieur des zones de chasse 8, 9 et 10 Est.

Cette initiative de ratissage du cheptel de cerfs touche principalement les secteurs des Basses-Laurentides et l’Outaouais. De plus, le ministère permet l’utilisation de tous les types d’armes de chasse en tout temps à l’intérieur des secteurs visés. Pas surprenant que cette règlementation de chasse exceptionnelle, qui vise à contrer la propagation de la maladie débilitante chronique des cerfs, a soulevé toute une controverse dans les territoires visés.

Par voie de communiqué, le biologiste Richard Beauchemin a fait état d’une réunion publique ayant eu lieu à Saint-Michel-de-Wentworth, le 13 septembre dernier, concernant les nouvelles modalités de chasse du ministère.

« Parmi les participants, on retrouvait plusieurs représentants de municipalités, personnalités et associations du domaine de la chasse, ainsi que des propriétaires de lots boisés, dit-il. Le but était de discuter des préoccupations des citoyens et citoyennes des 17 municipalités touchées et des actions à prendre afin de minimiser les impacts négatifs prévus sur l’ensemble des territoires. Parmi les principales préoccupations des intervenants, on retrouve particulièrement une recrudescence du braconnage, des intrusions sur les terres privées, des vols dans les chalets, une baisse des retombées économiques dans les prochaines années suite à l’extermination pour ainsi dire de la population de cerfs, une hausse probable d’accident de chasse cette année ainsi que des escarmouches entre propriétaires et chasseurs non-résidents des secteurs touchés. On s’explique mal le fait que le sol contaminé des enclos des cerfs rouges n’ait pas encore été traité. »

Rappelons que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a négligé de tenir des séances de consultation avec ces municipalités avant de procéder avec les nouvelles mesures de chasse.

Stéphane Monette est un fabricant reconnu de produits pour la chasse sportive et propriétaire de lots boisés situés dans les municipalités touchées par les nouvelles modalités. Selon lui, des saisons de chasse habituelles à l’intérieur du périmètre « rouge » de la zone de surveillance rehaussée (450 km²) seraient suffisantes pour éliminer la plupart des cerfs non récoltés l’an dernier. Il qualifie d’excessif le nouveau périmètre de 2200 km² établi cette année par le ministère (zone bleue). Il estime que la densité de cerfs actuelle est médiocre au niveau des chances de succès de chasse. Avec les nouvelles modalités, il prévoit une baisse alarmante du cheptel, qui pourrait prendre de sept à dix années (selon les hivers) avant de retrouver une densité acceptable. Afin d’éviter des abus d’empiètements, les propriétaires devront s’assurer de bien identifier leurs propriétés.

Une stratégie évidente

Selon le nombre de permis alloués par le ministère dans le secteur 10-Est, cette année, il semble évident que l’on vise au-delà de la zone bleue pour réduire le cheptel de cerfs. En 2010, on a cessé de délivrer des permis pour cerfs sans bois dans ce secteur en raison de leur très faible densité. Depuis 2014, on interdit toujours la récolte des femelles et de faons en présaison. Malgré ce fait, l’an dernier, on a délivré 500 permis pour cerfs sans bois et 250 de plus cette année. Dans la réserve Papineau-Labelle, on note également l’allocation de 300 permis pour cerfs sans bois, soit 265 de plus que 2018. Puisqu’aucun cerf contaminé (environ 2000) n’a été récolté dans la zone rouge l’an dernier et à la lumière des modalités prévues en 2019, il n’est pas surprenant que certains s’interrogent sur les décisions des biologistes et hauts fonctionnaires du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Le portrait apparaît sombre pour les futures saisons de chasse dans ces secteurs.