Le gérant de l’équipement du Canadien, le Trifluvien Pierre Gervais, évalue les chances d’une reprise des activités dans la LNH à 50 %.
Le gérant de l’équipement du Canadien, le Trifluvien Pierre Gervais, évalue les chances d’une reprise des activités dans la LNH à 50 %.

Un défi de taille pour Pierre Gervais

Trois-Rivières — Pendant la saison, Pierre Gervais désinfecte le vestiaire du Canadien chaque jour. Au Centre Bell, à Brossard, dans tous les amphithéâtres de la LNH que l’équipe visite. Le gérant de l’équipement originaire de Trois-Rivières anticipe déjà ce à quoi ressemblerait son «retour au jeu», advenant une reprise des activités dans le circuit Bettman.

On ne vous apprend rien, une chambre des joueurs dans la ligue professionnelle la plus importante au monde ne sent pas tout à fait la même chose que celle de votre aréna de quartier.

Quatre adjoints accompagnent Gervais dans ses tâches quotidiennes durant la campagne du Canadien. On ne compte même pas les employés de l’organisation affectés exclusivement au ménage!

«L’environnement de travail de nos joueurs est impeccable en tout temps, leur équipement aussi», mentionne le grand manitou des installations du CH, témoin privilégié des deux derniers sacres (1986 et 1993), mais également de l’amélioration des mesures sanitaires depuis les années 80.

«Deux fois par année, une compagnie externe de nettoyage passe nos chambres au peigne fin, autant à Montréal qu’à Brossard. Ils utilisent un système au laser, ça tue pratiquement tout ce qui existe comme germes. Si jamais on devait reprendre la saison dans les semaines à venir, appeler cette entreprise est la première chose que je ferais. On se tient en mode alerte, nous n’avons pas grand-chose d’autre à faire en ce moment!»

Le Canadien, déjà un modèle

La réputation de Pierre Gervais n’est pas surfaite: le Canadien se classe parmi les organisations les plus respectées de la LNH dans sa façon de gérer l’équipement et l’environnement des joueurs. Ce n’est pas un hasard si Gervais a pris part à plusieurs compétitions internationales, comme les Jeux olympiques.

«On fait ce qu’on peut! Une chambre de hockey, c’est comme une garderie ou une école: si quelqu’un attrape la gastro, les risques de propagations sont immenses. Les gars utilisent les mêmes douches, ils se servent de la nourriture aux mêmes endroits, ils sont toujours ensemble. Chaque année, les virus nous guettent. Je me souviens d’un match où huit de nos joueurs étaient absents...»

Facile d’imaginer le contexte tendu qui s’installerait si la LNH devait retourner ses athlètes au boulot, peu importe les villes choisies et le nombre d’équipes admises.

«On entretient déjà l’équipement et les autres objets avec un soin méticuleux. Chaque joueur a sa gourde et on utilise un paquet de serviettes pendant un match: je pense que nous sommes les champions de la ligue à ce chapitre! Si ça devait recommencer demain matin, mon vestiaire serait prêt. Par contre, c’est certain que des questions subsisteraient...»

Sceptique

Le gérant de l’équipement du Canadien partage le scepticisme grandissant des joueurs avec qui il travaille au quotidien.

«J’évalue les chances d’une reprise à 50 %. À date, nous avons peu d’information. On reçoit des courriels de la ligue, par exemple sur le nombre de cas parmi toutes les équipes. Revenir au boulot en mai ou juin, je n’aurais aucun problème avec ça, mais on doit aussi penser à la prochaine saison. Il y a tellement d’États qui sont encore confinés...»

Lui et ses confrères n’ont pas encore obtenu toutes les consignes relatives à un hypothétique retour. Il sait néanmoins que son travail changerait. «On s’entend que c’est impossible de jouer en distanciation physique! Dans les vestiaires, on ne commencera pas à longer les murs non plus. Je fais confiance à la ligue, je sais qu’ils regardent leurs options avec le temps qu’il reste.»

Passage remarqué à Infoman

Moment cocasse, les centaines de milliers d’habitués du rendez-vous hebdomadaire de Jean-René Dufort ont eu un accès télévisuel au vestiaire du Centre Bell il y a deux semaines, quand l’animateur est allé chercher le bâton du capitaine Shea Weber, histoire de respecter les deux mètres de distance lorsqu’il tend le micro pour ses entrevues.

C’est Pierre Gervais qui a refilé le précieux objet à Dufort. À la fin de la période de distanciation physique, le bâton sera ensuite remis à une bonne cause.

«Ça faisait longtemps que j’étais allé au bureau», s’exclame Gervais, qui a dû attendre la permission du directeur général Marc Bergevin pour répondre à la demande d’Infoman.

«C’était pour une émission d’humour, mais ça m’a quand même touché. Je suis allé chercher le bâton de Shea au Complexe sportif de Brossard, avant de retrouver Jean-René Dufort au Centre Bell. Aux deux endroits, il faisait noir, il n’y avait personne. Je ne suis pas habitué à ça. À la limite, c’était un peu triste. Les bancs sont vidés, il n’y a plus de glace. Je sais qu’il y a pire que ça dans le monde en ce moment, mais ça frappe.»

Pierre Gervais a remis un bâton de Shea Weber à Jean-René Dufort, afin que l’animateur d’Infoman puisse respecter les deux mètres de distance lorsqu’il fait ses entrevues.

Gervais est l’une des rares personnes à conserver les clés des deux complexes.

«Les joueurs n’y ont même plus accès. C’est spécial de s’y retrouver fin seul, alors qu’en temps normal, ça grouille d’activités.»