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Jérôme Gaudreau
La Tribune
Jérôme Gaudreau
À l’âge de 20 ans, Jesperi Kotkaniemi a encore beaucoup à apprendre en occupant un grand rôle en tant que joueur de centre régulier chez le Canadien.
À l’âge de 20 ans, Jesperi Kotkaniemi a encore beaucoup à apprendre en occupant un grand rôle en tant que joueur de centre régulier chez le Canadien.

Mises en jeu : « KK ne sait pas du tout ce qu’il fait »

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CHRONIQUE / Le début de saison du Canadien n’est pas complètement rose. Malgré son départ canon, le CH a montré quelques signes de faiblesse face à Toronto, Edmonton et Ottawa. Une tendance peu élogieuse est aussi remarquée : les difficultés du Canadien aux cercles des mises en jeu. Et ça ne date pas d’hier. Avec la présence des jeunes Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi, le Canadien aurait tout intérêt à bien entourer ses joueurs de centre, croit le spécialiste des mises en jeu Marc Bureau. 

« À mes débuts comme joueur de centre dans la LNH, je ne savais pas exactement comment faire et c'est normal. On apprend plus les techniques avec le temps. Quand il arrive aux cercles de mises en jeu, KK ne sait pas du tout ce qu’il fait » lance d’emblée Marc Bureau, qui s’est forgé toute une réputation comme joueur de centre dans la Ligue nationale de hockey. 

Le CH se trouve dans les bas-fonds de la colonne des mises en jeu gagnées (voir tableau) et n’est pas la seule organisation à faire confiance uniquement aux vétérans et aux entraîneurs adjoints pour pratiquer les mises en jeu. Sinon, certains joueurs de centre possèdent aussi leur entraîneur personnel pour cet aspect du jeu. 

« Je parlais à Anthony Beauvillier, qui est maintenant utilisé à l’aile, et il me racontait que son entraîneur chez les Islanders pour les mises en jeu est Eric Cairns. Un dur à cuire, mais surtout, un défenseur! »

Selon Marc Bureau, une seule équipe fait appel à un entraîneur permanent pour les mises en jeu : les Blackhawks de Chicago avec le Sherbrookois Yanic Perreault.

« J’ai déjà envoyé un courriel à tous les directeurs généraux de la LNH pour offrir mes services et j’ai reçu deux réponses, souligne celui qui a terminé sa carrière avec un taux d’efficacité de plus de 56 % à sa dernière saison. J’ai ensuite relancé les entraîneurs, j’ai reçu deux ou trois réponses encore. Personne n’était vraiment intéressé à rajouter un entraîneur pour les mises en jeu. Et pourtant, il s’agit d’une facette tellement importante du hockey. »

Il n’est pas rare de voir l’ancien centre Kirk Muller ou même Phillip Danault sortir la chaudière de rondelles et réunir les jeunes joueurs de centre pour une séance d’entraînement autour des ronds rouges.

« Kirk a beaucoup de choses à gérer déjà. À travers la préparation de la supériorité numérique ou du désavantage numérique et de toutes ses autres tâches, je ne sais pas à quel point les mises en jeu sont sa priorité. »

Et que pense-t-il du travail fait par les vétérans lors des entraînements?

« Je ne mets pas du tout en doute les bonnes intentions de Danault, mais en même temps, il ne veut pas perdre sa place dans l’équipe. Il veut conserver sa même utilisation, continuer de jouer de bonnes minutes et être encore celui qui sera envoyé sur la glace pour les grosses mises en jeu. Pensez-vous vraiment qu’à mon arrivée chez les North Stars, Bobby Smith et Neal Broten étaient intéressés à me donner des trucs pour les mises en jeu, pour que je vole ensuite leur place? » demande Marc Bureau. 

« Les joueurs sont plus individualistes qu’on le pense et ils n’ont pas le choix, ajoute-t-il aussitôt. Ça prend un entraîneur. Mark Recchi était le pire et regardez sa carrière. Il est devenu l’un des meilleurs. Connor McDavid aussi est très individualiste quand il part d’un bout à l’autre de la patinoire pour compter un but. Ça fait partie de leur succès! »

La situation est la même chez le Canadien.

« Saku Koivu n’avait aucun intérêt à me donner ses trucs. On a travaillé fort toute notre vie pour atteindre la LNH et on veut tous garder notre place. »

Marc Bureau est devenu avec le temps l’un des plus grands spécialistes des mises en jeu de la LNH.

En profiter pendant qu’ils sont jeunes

À l’âge de 20 et 21 ans, Kotkaniemi (44,26 %) et Suzuki (40,78 %) ont encore beaucoup à apprendre en occupant un grand rôle en tant que joueurs de centre réguliers chez le Canadien. 

« C’est le moment parfait pour leur montrer les techniques. Ça va leur être utile durant toute leur carrière. C’est quand ils sont jeunes qu’ils sont ouverts aux conseils et qu’ils veulent apprendre. Après, ils n’écoutent plus et ils croient tout connaître en pensant qu’on ne peut plus rien leur enseigner! » lance en riant Marc Bureau. 

Si le Canadien se retrouve au 26e rang de la LNH au chapitre des mises en jeu, c’est beaucoup en raison des difficultés des deux jeunes joueurs du Tricolore. 

« Mon premier client a été Patrice Bergeron chez le Titan d’Acadie-Bathurst. Il doit frôler les 70 % d’efficacité aux cercles de mis en jeu aujourd’hui. J’ai déjà donné un coup de main au Phœnix de Sherbrooke dans le passé alors que mon fils Alex était gardien de but et j’aidais le Crunch de Syracuse avec Gilles Bouchard comme entraîneur. Je connais bien Marc Bergevin. J’ai joué avec lui à Tampa Bay. Je l’ai déjà appelé pour jaser des mises en jeu. En même temps, quand l’équipe gagne, même si ça ne va pas bien aux cercles des mises en jeu ce n’est pas très grave pour eux, mais actuellement il y a un urgent problème à régler chez le CH à ce niveau. »

Histoires de mises en jeu

Qui ne se souvient pas de la fameuse mise en jeu perdue par le Canadien le 9 mai 2002 alors que Montréal menait le match 3 à 0 contre les Hurricanes, qui tentaient de combler le déficit de 2-1 dans la série éliminatoire. Vêtu de son bien connu veston jaune, Michel Therrien s’en prend alors aux arbitres, écope d’une punition de banc et envoie plus tard Bill Lindsay, un ailier gauche, prendre une mise en jeu importante. Résultat : le CH perd sa mise en jeu, accorde un but, perd ensuite la rencontre, perd la série et Michel Therrien perd son poste. L’importance des mises en jeu, disait-on...

Il y a plusieurs façons de décortiquer les mises en jeu. Est-ce que l’adversaire est gros ou petit, droitier ou gaucher, fort ou rapide? Est-ce qu’il met son bâton en premier ou en deuxième? Des questions que doit se poser chaque joueur de centre avant de prendre une mise en jeu. « Les droitiers seront toujours meilleurs que les gauchers aux cercles de mises en jeu. Leur main forte est en bas sur leur bâton tandis que les gauchers ont leur main forte en haut. C’est aussi simple que ça. » À titre informatif, KK est gaucher alors que Suzuki est droitier... comme Patrice Bergeron.

Pour bien évaluer une équipe ou un joueur, les statistiques des mises en jeu en zone offensive ou en zone défensive demeurent plus importantes que celles en zone neutre. « Un joueur peut gagner 75 % de ses mises en jeu en zone neutre, mais s’il ne gagne pas les plus importantes en zone offensive ou défensive, ça ne sert à rien » soutient Marc Bureau.