Alexandre Bilodeau

Bilodeau et Rochette transcendent leur sport

MONTRÉAL — Il y a dix ans pratiquement jour pour jour, le bosseur Alexandre Bilodeau et la patineuse artistique Joannie Rochette grimpaient sur le podium aux Jeux olympiques de Vancouver. Ils venaient de transcender leur discipline et de marquer la mémoire collective, d’un océan à l’autre, sur la plus grande scène sportive au monde.

Bilodeau est alors devenu le premier athlète canadien à être champion olympique en sol canadien. Un exploit qui n’avait pas été accompli lors des Jeux d’été de Montréal en 1976, ni lors des Jeux d’hiver de Calgary en 1988. L’athlète de Rosemère se souvient encore du moment, comme si c’était hier.

« Aux JO de 2010, le pays s’est levé pour le sport. Les gens au pays ont réalisé que le Canada peut être au top du monde, obtenir de vraies médailles et atteindre un niveau d’excellence inégalé, a déclaré celui qui œuvre maintenant pour une firme d’investissements privés. Je pense que l’héritage laissé par ces Jeux, au-delà du sport d’élite et des programmes de soutien aux athlètes, c’est une population plus active, plus fière de ses athlètes.

Au-delà de l’exploit sportif, c’est sans doute sa réaction dans la zone d’arrivée, après avoir réalisé qu’il venait de s’emparer de la médaille d’or en ski acrobatique, qui allait marquer l’imaginaire. Bilodeau s’était alors dirigé vers les membres de sa famille, la larme à l’œil, avant d’enlacer longuement son frère Frédéric, atteint de paralysie cérébrale. Un moment empreint d’émotions, comme seuls les Jeux olympiques peuvent en fournir.

«Pour moi, c’était une réaction naturelle, car les plus beaux moments de ta vie, tu veux les partager avec ta famille, a confié l’ex-athlète âgé de 32 ans. Surtout avec mon frère, qui vit ses rêves et des trucs au travers des yeux de son frère. Si vous saviez le nombre d’heures en voiture que Fred a fait pour assister à mes entraînements et à mes compétitions ; Fred en a fait des sacrifices. Je voulais qu’il comprenne qu’une partie de cette médaille lui revenait.

«Et je crois que le fait de voir mon frère à la télé, ç’a brisé quelques tabous associés à la paralysie cérébrale. Les gens ont compris que Fred, c’est une personne normale. Il ressent des émotions et il peut participer à quelque chose et réaliser quelque chose. (...) Aujourd’hui, Fred va toujours très bien, même si sa condition physique s’est un peu compliquée. Mais on continue à travailler là-dessus. Il est tellement positif.»

Quant à Rochette, le pays tout entier avait été touché par l’annonce de la mort soudaine à l’âge de 55 ans de sa mère, Thérèse, victime d’un infarctus deux jours seulement avant le début de sa compétition de patinage artistique. La Québécoise, aujourd’hui âgée de 34 ans, se souvient encore du tourbillon dans lequel elle s’était retrouvée avant de s’adjuger — contre toute attente, compte tenu des circonstances — la médaille de bronze. Un moment doux-amer, selon l’athlète de La Visitation-de-l’Île-Dupas.

«Les années passent, et ça fait un petit baume sur le cœur. J’en ai beaucoup parlé, mais je n’ai pas vraiment eu le choix de vivre ça sur la place publique. En même temps, j’ai reçu une telle dose d’amour des gens aux quatre coins du pays que ça m’a vraiment touchée. Et je me suis ensuite servie de cette plateforme-là, aux JO, pour conscientiser la population aux maladies du cœur, de l’importance de faire du sport, d’avoir un mode de vie sain.

«Mais c’est important de remercier les gens, car j’ai eu beaucoup de soutien pendant cette période difficile de ma vie. Je ne pense pas que j’aurais réussi à patiner si les Jeux avaient eu lieu en Russie ou ailleurs dans le monde. La Presse canadienne

Je pense que le fait que les Jeux étaient présentés au Canada, ç’a beaucoup aidé.»

Bilodeau et Rochette ont souligné que les JO de Vancouver leurs avaient permis de créer des liens entre eux — la patineuse s’est d’ailleurs rendue au chalet du bosseur, dans les Laurentides, il y a deux semaines pour aller skier en compagnie d’amis —, et même contribué à leur épanouissement professionnel, une fois leur carrière d’athlète terminée.

«C’est lors de la cérémonie d’installation des anneaux au sommet de la Maison olympique canadienne, à Montréal, que j’ai rencontré (la nageuse artistique) Marie-Pierre Gagné. Elle étudiait alors pour devenir anesthésiologiste, et d’une certaine façon, c’est elle qui m’a inspirée à étudier la médecine, et à me spécialiser en anesthésiologie», a expliqué Rochette, qui terminera ses études à l’Universté McGill ce printemps.

Avec le recul, Bilodeau et Rochette ont admis que la création du programme ‘À nous le podium’, lancé cinq ans avant les Jeux de Vancouver, avait contribué à leur succès respectif. Et à leur tour, ils ont inspiré des milliers de jeunes à pratiquer des sports et à leur faire croire que le rêve olympique était tangible.

«Notre mentalité avait changé ; nous ne voulions plus nous contenter de participer aux épreuves, comme aux JO de Turin en 2006, s’est souvenue Rochette, qui y avait fini cinquième. Nous voulions être sur le podium. Ce programme-là nous a permis de bâtir notre confiance, et après Vancouver, je crois sincèrement que nous avons inspiré une nouvelle génération de patineurs.»

Ces Québécois ne sont pas les seuls à avoir marqué l’histoire, puisque les 14 médailles d’or remportées par l’équipe canadienne à Vancouver et à Whistler, en Colombie-Britannique, ont établi ce qui était alors le record aux Jeux olympiques d’hiver. De plus, son total de 26 médailles a permis à l’équipe hôte de se classer au troisième rang, derrière les États-Unis (37) et l’Allemagne (30). Alors, que peut-on souhaiter pour l’avenir ?

«Le retour des Jeux olympiques au Canada dans un avenir rapproché», lance sans détour Rochette.