Drake Batherson est devenu ce joueur très rare à la suite d’une tardive poussée de croissance.

Batherson ne cesse de grandir

C’est arrivé un matin d’hiver, l’an dernier. Marc-André Dumont n’a jamais oublié.

Le directeur général des Screaming Eagles du Cap-Breton était assis dans les gradins du Centre 200. Il regardait l’entraînement de l’équipe qu’il allait affronter, quelques heures plus tard.

À un certain moment, il s’est aperçu qu’il n’était pas seul dans les gradins. Un de ses joueurs, Drake Batherson, était assis, quelques rangées plus haut.

« Je lui ai demandé ce qu’il faisait là. Il était inscrit en 12e année. C’était une journée d’école », raconte-t-il.

« Il m’a répondu qu’il profitait de sa récréation du matin pour venir jeter un coup d’œil à ses prochains adversaires. »

Cette anecdote en dit long sur la personnalité de Batherson, selon Dumont.

« Son école secondaire était située à cinq minutes de route de notre aréna. Il a donc pris sa voiture, tout seul, pour faire un aller-retour. Tout ça pour voir cinq ou six minutes d’une séance d’entraînement. Il est comme ça, Drake. Un vrai mordu de hockey. »

Pour cette raison, il ne faut pas trop s’étonner de voir l’espoir des Sénateurs complètement dominer le hockey junior canadien, cet automne.

Batherson a été blanchi de la feuille de pointage pour la toute première fois de la saison, samedi soir, dans un revers contre les Mooseheads de Halifax.

Dans les 15 matches précédents, il avait inscrit pas moins de 29 points.

Le deuxième meilleur marqueur des Eagles a inscrit 16 points de moins que lui !

« Ça ne me surprend pas du tout, insiste l’entraîneur-chef des Sénateurs, Guy Boucher. Drake a connu un camp d’entraînement exceptionnel quand il était parmi nous. Il a connu un peu plus de difficultés lors des matches préparatoires. Il ne fallait quand même pas trop lui en demander. Avant ces parties, il était probablement le joueur qui nous avait le plus surpris. »

« Nous avons très vite compris qu’il possède le critère numéro un pour connaître du succès dans la LNH. Il est extrêmement rapide. En plus d’être rapide, il est costaud. C’est un dur. Il est implacable. Ses mains sont habiles. Il sait lire le jeu. En réunissant tous ces ingrédients, mettons que ça nous donne un bon petit mélange », commente Boucher.

Ce dernier précise du même souffle que c’est un mélange plutôt rare. « On voit souvent des joueurs rapides et agiles. Mais des joueurs rapides et agiles qui sont aussi costauds, c’est une rareté. Big time ! »

Belle poussée

Batherson est devenu ce joueur très rare à la suite d’une tardive poussée de croissance.

Il avait 16 ans et il en était à sa deuxième année d’éligibilité quand les Eagles l’ont repêché. Il venait alors de compléter une saison satisfaisante au niveau midget AAA en Nouvelle-Écosse. Il mesurait cinq pieds et huit pouces et pesait 145 livres.

« Je n’étais pas vraiment capable de compléter mes mises en échec. Je devais constamment faire attention aux autres quand j’étais sur la patinoire », a raconté le joueur quand nous l’avons contacté, entre deux matches, la semaine dernière.

« Les choses ont bien changé, maintenant. Je suis toujours un des plus gros joueurs sur la patinoire », précise celui qui a soufflé 19 bougies en avril.

Batherson est né à Fort Wayne, en Indiana, en 1998. À l’époque, son père Norm gagnait sa croûte comme hockeyeur dans la défunte ligue internationale.

Quelques mois plus tard, la famille au grand complet s’installait en Europe. Elle a passé les huit années suivantes en Allemagne.

« Je maîtrise toujours plutôt bien la langue. Il y a un joueur allemand, en ce moment, dans mon équipe. Je suis parfois capable de lui balancer des phrases amusantes », dit-il.

Batherson se sent pourtant 100 % Canadien. Son excellent début de saison lui donne même le goût de croire qu’il pourra représenter son pays lors du prochain Championnat mondial junior, à Buffalo.

« Oui. Ça fait désormais partie de mes objectifs », concède-t-il.