Tyson Fury (droite) risque d’affronter à nouveau Deontay Wilder (gauche) à sa prochaine sortie, puisque ce dernier a l’intention d’activer sa clause de revanche pour déclencher un troisième combat entre les deux hommes.

Tyson Fury, un champion imprévisible

Éric Bélanger était rivé devant son écran de télévision, tard, samedi dernier. Pas question pour lui de rater le plus récent combat de championnat du monde des poids lourds de la WBC.

D’abord parce que le Franco-Ontarien carbure à la boxe. Il est entraîneur depuis deux décennies.

« Vingt-trois ans », précise l’homme âgé de 41 ans, qui dirige le club Final Round, à Ottawa.

Bélanger connaît surtout très bien Tyson Fury (30-0-1, 21 KO), celui qui a détrôné le champion en titre, Deontay Wilder (42-1-1, 41 KO), pour reconquérir la ceinture lors de ce combat présenté à Las Vegas. Le colosse irlandais s’est déjà entraîné pendant deux mois dans le sous-sol d’une église orthodoxe d’Ottawa. Ça se passait à la fin de l’hiver 2013.

« Je m’en souviens très bien », dit Bélanger.

C’est lui qui avait facilité le séjour de Fury dans la région, il y a sept ans. L’équipe qui gérait la carrière du boxeur à l’époque, Hennessy Sports, cherchait un endroit afin de tenir un camp d’entraînement en vue de son combat contre Steve Cunningham au Madison Square Garden.

« Tyson s’apprêtait à disputer un premier combat aux États-Unis. Il voulait s’entraîner dans le même fuseau horaire sans être à New York. »

Bélanger lui avait déniché une commandite du Casino Lac-Leamy, dont le logo s’était retrouvé sur la culotte de Fury lors de son combat contre Cunningham. Il avait aussi été hébergé dans le luxueux hôtel gatinois.

« J’ai appris à le connaître durant ces huit ou neuf semaines. Je me suis même retrouvé dans son coin durant le combat au Madison Square Garden. C’est cool d’avoir été associé à lui. »

Fury était déjà redoutable à l’époque. Il s’était pointé à Ottawa avec une fiche parfaite de 20-0 et 14 knock-outs. Son entourage ne cessait de répéter qu’il deviendrait champion du monde un jour. Ce qui s’est produit une première fois en 2014 contre Dereck Chisora puis en 2015 contre Christian Hammer et Wladimir Klitschko.

À l’époque, il détonnait déjà du reste des boxeurs avec sa personnalité encore plus grande que nature. Il boudait déjà les réseaux sociaux.

« Si je veux communiquer avec les gens, je vais me rendre dans un bar et leur parler », avait-il lancé au journaliste du Droit qui avait assisté à une de ses séances d’entraînement dans le sous-sol de cette église située non loin du quartier chinois.

Il avait choisi cet endroit parce que c’était le domicile du club Final Round.

« Je suis un gars très religieux, avait fait valoir Fury. Il n’y a pas un meilleur endroit pour se préparer en vue d’un combat que sous le toit de la maison de Dieu ! »

Bélanger se rappelle aussi que le boxeur avait passé son séjour à... chanter.

« C’est tout un personnage. Tyson va toujours dire ce qu’il pense. Il va toujours faire ce qu’il veut. Que les caméras soient là ou pas, il demeure un peu imprévisible.

«Après sa victoire contre Cunningham à l’époque, Fury avait pris le micro et il avait décidé de chanter pour une première fois devant la foule au Madison Square Garden.

«Maintenant, il chante toujours après ses combats. Il a tellement de charisme. Ce n’est pas le genre de gars que tu rencontres tous les jours dans ta vie. Ça va rester un de mes plus beaux souvenirs.»

Tyson Fury risque d’affronter à nouveau Wilder à sa prochaine sortie. Son adversaire américain a l’intention d’activer sa clause de revanche pour un troisième combat entre les deux hommes.

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ÉRIC BÉLANGER VEUT FORMER D'AUTRES BOXEURS D'ÉLITE À OTTAWA

Son club de boxe a quitté le sous-sol de l’église. Ses élèves s’entraînent maintenant depuis quatre ans dans un entrepôt situé sur l’avenue Kaladar.

Ces jours-ci, Éric Bélanger travaille à former des pugilistes qui deviendront, espère-t-il, à leur tour, de futurs champions du monde. « J’en ai deux ou trois qui ont le potentiel », assure-t-il.

Il y a le poids mi-moyen Custio Clayton, qui a déjà fait partie des groupes GYM et Eye of The Tiger Management. Il a déménagé à Aylmer, l’été dernier, afin de s’entraîner à temps plein chez Final Round tout en confiant sa carrière à un nouveau promoteur, Lee Baxter Promotions.

Clayton (18-0, 12 KO) a gagné son dernier combat en janvier, à Toronto. Son nom arrive au cinquième rang mondial de la IBF chez les 147 livres et au sixième rang de la WBO.

Bélanger a aussi sous la main le poids moyen Patrice Volny (15-0, 9 KO), les frères Ayaz et Mian Hussain de même qu’un nouveau venu dans la région, le Polonais Lukasz Wierzbicki. Ce gaucher de 29 ans a disputé 19 combats pros jusqu’ici, encaissant un seul revers. Il est classé numéro un chez les poids moyens dans son pays natal.

« Il se cherchait un nouveau coach et quelqu’un lui a recommandé de s’entraîner avec moi. Il doit se battre le 4 avril en Pologne », a souligné Bélanger, qui épaule huit boxeurs professionnels et une douzaine de pugilistes amateurs.

Les Hussain et Volny effectuent des aller-retour entre Montréal et Ottawa afin de peaufiner leur technique à Final Round.

« Nous avons quelques gars dans le top-10 mondial qui s’entraînent ici, a-t-il rappelé. Mais personne n’en parle dans les médias. C’est difficile d’attirer des foules à des galas dans ce temps-là. »

Divers promoteurs l’ont appris dans la dernière décennie. Ce qui explique pourquoi le dernier gala professionnel à se dérouler à Ottawa-Gatineau remonte déjà à l’automne 2017. Éric Bélanger garde espoir. Il aimerait bien aider à organiser un événement dans la prochaine année. « Surtout que c’est le meilleur temps dans le coin pour le faire avec tous ces boxeurs », a-t-il répété.