Le jeune prodige de la Colombie Egan Bernal s’est emparé du maillot jaune vendredi, après une 19e étape arrêtée avant terme en raison de la météo.

Tour de France : la 19e étape arrêtée après une averse de grêle [VIDÉOS]

TIGNES — Journée de folie sur le Tour : la 19e étape a été arrêtée avant terme pour cause de route impraticable, mais le maillot jaune est passé sur les épaules du prodige colombien Egan Bernal (Ineos), le plus fort dans l’Iseran.

À situation extrême, décision d’exception. Faute de ligne d’arrivée, aucun coureur n’a été déclaré vainqueur de l’étape. Mais les efforts consentis dans l’Iseran, le plus haut col du Tour, ont été pris en compte dans ce Tour incroyable, qui s’est sans doute joué dans ce deuxième des trois actes alpestres.

À la veille de la dernière étape de montagne à Val Thorens et à deux jours de l’arrivée à Paris, Bernal compte une marge de 48 secondes sur le Français Julian Alaphilippe, qui a perdu son maillot jaune, et de 1 min 16 sec sur le vainqueur sortant, le Gallois Geraint Thomas, comeneur de l’équipe Ineos au départ.

Une violente averse de grêle suivie d’un éboulement ont rendu la route tout à fait impraticable à la sortie d’un tunnel, peu avant Val d’Isère, à 20 kilomètres de l’arrivée prévue à Tignes. Confronté à une situation inédite, le jury des commissaires a tranché : les temps ont été pris au sommet de l’Iseran, le «toit» du Tour à l’altitude de 2770 mètres.

À ce moment-clé, Bernal, le jeune «condor» (22 ans) venu des Andes, planait sur la course. Avec plus d’une minute d’avance sur le groupe des favoris (Thomas et Kruijswijk notamment) et plus de deux minutes sur le porteur du maillot jaune, le Français Julian Alaphilippe.

Dans la descente, le Colombien de l’équipe Ineos a vu revenir le Britannique Simon Yates. Les deux hommes, qui ignoraient tout des dégâts causés sur la route en contre-bas, ont été arrêtés en plein effort à l’avant de la course.

L’Iseran col maudit

Ils ont vu ensuite arriver leurs poursuivants, tout aussi étonnés qu’eux. Ils ont pris place dans les voitures d’équipes avant de rejoindre, bien plus tard, leurs hôtels respectifs.

«C’était infranchissable», a expliqué ensuite le directeur du Tour Christian Prudhomme. «Dans un premier temps, des orages de grêle très localisés sur cinq kilomètres, mais très violents, des grêlons comme des balles de ping-pong. Ensuite, une coulée de boue de 50 centimètres d’épaisseur sur 20 mètres de long. La route était coupée».

«On a fait en sorte de prévenir les coureurs le plus vite possible. On n’avait pas le choix, on les envoyait sinon au carton. Il n’y avait que ça à faire», a ajouté le directeur du Tour. «Ils ne pouvaient pas comprendre sur le moment, mais, après, quand ils ont vu les images...»

L’Iseran, que le Tour de France a rarement emprunté dans son histoire, a tout d’un col maudit. Le plus haut col routier n’avait pu être franchi en 1996, alors que la course devait le franchir dans l’autre sens. La raison? La neige, qui avait déjà rendu la route impraticable.

Pour les Français, la journée — décisive — a été noire. Thibaut Pinot, diminué par une lésion à la cuisse gauche, a été contraint à l’abandon après une heure de course (lire autre texte).

Pour ce qui est de la course, Alaphilippe, en jaune depuis la première semaine, a payé l’addition dans l’Iseran. Il a lâché prise face au rythme imposé par l’équipe Ineos (Van Baarle, Poels) qui a lancé Bernal vers la victoire finale.

«J’ai été battu par plus fort que moi, c’est comme ça», a déclaré Alaphilippe. «Je ne peux pas avoir de regrets».

Il ne reste plus au Colombien qu’à franchir sans encombre la dernière étape de montagne, samedi, à Val Thorens, pour être quasi certain de devenir le premier Colombien vainqueur du Tour. Interrogé sur l’éventualité d’une attaque de Thomas, son coéquipier qui a accéléré dans l’Iseran avant lui, Bernal a répondu : «S’il veut attaquer, je respecterai sa décision, nous sommes libres de faire ce que nous voulons. Mais je crois qu’en ce moment ce serait de la folie.»

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POUR PINOT, L'HISTOIRE, MALHEUREUSE, SE RÉPÈTE

TIGNES — L’histoire se répète : un an après ses malheurs du Giro, Thibaut Pinot a abandonné le Tour de France, vendredi, à deux jours de l’arrivée alors qu’il était encore en position de monter sur le podium au départ de la 19e étape.

Le coup de théâtre qui a stupéfait la caravane du Tour est intervenu une heure après le départ de Saint-Jean-de-Maurienne. Avec, pour héros malheureux, le cinquième du classement général, diminué par une lésion musculaire.

En pleurs, Pinot, qui naviguait à distance du peloton, a fini par s’arrêter sur le côté droit de la route, consolé tant bien que mal par son coéquipier William Bonnet (photo). Il a pris place à l’arrière de sa voiture d’équipe et a quitté le Tour de la façon la plus imprévue par rapport aux espérances — justifiées — qu’il portait.

«Je me suis toujours battu, j’y croyais, a déclaré le Français en fin d’après-midi. J’avais toujours espéré avoir cette petite part de chance, je sentais depuis dimanche, après les Pyrénées, que j’étais capable de le faire.»

«Mais on ne le saura jamais, a-t-il continué, toujours en pleurs. Cela va prendre du temps [de s’en remettre], mais c’est le Tour.»

«J’ai pris un petit coup à l’arrivée à Nîmes [mardi], mais je ne suis pas sûr que ce soit ça, a encore dit le leader de la formation Groupama-FDJ. J’ai eu vraiment mal dans une relance hier [jeudi] dans une descente. Cela s’est aggravé au fur et à mesure.»

Pour le coureur français, la mésaventure a un air de déjà vu. Au printemps 2018, il était en position de monter sur le podium du Tour d’Italie (3e du classement) au matin de l’avant-dernière étape. Malade, il avait galéré toute la journée pour rallier l’arrivée et prendre la direction de l’hôpital pour soigner une bronchite. AFP