Le sport universitaire, qui amorce ses saisons de compétition à l’automne, est présentement dans l’incertitude et ce, pour plusieurs facteurs. Est-ce que des affrontements entre Montréal et Sherbrooke seront autorisés, à l’automne? Et si oui, dans quelle discipline?
Le sport universitaire, qui amorce ses saisons de compétition à l’automne, est présentement dans l’incertitude et ce, pour plusieurs facteurs. Est-ce que des affrontements entre Montréal et Sherbrooke seront autorisés, à l’automne? Et si oui, dans quelle discipline?

Les sports scolaires dans l’incertitude

SHERBROOKE — Si les sports associatifs tentent présentement de trouver des solutions afin de sauver leur saison estivale, les sports étudiants gérés par le Réseau du sport du Québec (RSEQ) sont encore dans le néant. En ce sens, un message du recteur de l’Université de Montréal publié vendredi soir a jeté une douche froide sur ceux et celles qui se croisaient les doigts afin que les sports universitaires puissent amorcer un semblant de saison, à l’automne.

Le recteur Guy Breton a en effet précisé que les cours dispensés par l’institution d’enseignement universitaire montréalais le seront en grande majorité à distance, afin de limiter « au strict nécessaire » la présence d’étudiants et d’employés sur le campus de l’Université de Montréal, a rapporté La Presse, vendredi.

Et qui dit absence d’étudiants sur les campus, dit aussi fort probablement absence d’étudiants-athlètes.

« On sait que pour l’instant, le sport étudiant n’est pas une priorité pour le monde de l’enseignement et on le comprend parfaitement. Voilà pourquoi on travaille sur plusieurs scénarios possibles pour l’automne prochain. Une saison réduite, pas de saison du tout, ou la mise sur pied d’un réseau de sports de type parascolaires. On est prêt à épauler les institutions qui voudront démarrer une pratique sportive, que ce soit du parascolaire, des ligues de mise en forme, peu importe », a dit le directeur général du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) Gustave Roel.


Tous les scénarios étudiés

L’organisme est responsable de la gestion du sport scolaire au Québec, du niveau secondaire jusqu’au niveau universitaire, ce qui représente quelque 220 000 jeunes à travers le Québec, dont 7000 dans les Cantons-de-l’Est.

Trois paliers différents, avec des réalités bien différentes; mais un seul et même domaine qui les unit tous. L’incertitude pour l’automne prochain, à la rentrée des classes.

« On travaille sur un scénario de retour possible après les Fêtes, en janvier ou février, et sur un scénario de début en septembre, avec des matchs à huis clos. Un autre scénario prévoit des saisons raccourcies. Tout est sur la table », a lancé M. Roel.

Difficile, à l’heure actuelle, d’entrevoir le début à temps d’une saison universitaire au football, au rugby et au soccer, par exemple. Tout rassemblement a été interdit jusqu’au 31 août prochain. De même, la distanciation de deux mètres, toujours effective, serait ardue à respecter. Ce serait aussi le cas en athlétisme, par exemple.

Des sports comme le tennis, le badminton, ou même le volleyball, pourraient s’en tirer un peu mieux. Les deux premiers sports sont des disciplines individuelles, alors que la saison de volleyball s’amorce généralement vers la fin octobre.

Et puisque plusieurs équipes universitaires proviennent de Montréal, où le déconfinement a récemment été retardé, est-ce que des affrontements entre les formations du reste du Québec et ceux de la métropole sont envisageables?

« À Montréal et Québec, les étudiants sont en majorité présents dans les villes. Là où ça pourrait avoir un impact, c’est surtout en région, où il y a une majorité d’étudiants qui doivent se déplacer pour assister aux cours et pour étudier. Ceux qui viennent de l’extérieur, vont-ils vouloir dépenser un 10 000 $, 15 000 $ en loyer, juste pour faire du sport? L’impact il est là. 


Une décision trop hâtive?

Ainsi, la décision annoncée par l’Université de Montréal en a fait sourciller plusieurs.

Est-ce que l’Université de Montréal a agi trop vite, vendredi?

« Non, ils prennent des décisions en fonction des orientations pour les étudiants. L’important, présentement, c’est le volet étude. Ça ne veut pas dire que ça va avoir une conséquence pour le sport étudiant, mais oui, ça peut en avoir. Pour ce volet-là, celui de la présence d’étudiants-athlètes, la décision n’a pas été prise. Mais c’est certain que le fait de ne pas avoir d’étudiants sur les campus, c’est un gros défi additionnel pour l’organisation des sports », a concédé Gustave Roel.

La disponibilité des terrains et des gymnases, entre autres, n’est pas encore définie.

« On a entendu que d’autres universités dans le contexte actuel songent à transformer des gymnases en salle de cours de rattrapage. Alors que d’autres songeraient à y installer leurs équipements sportifs de leurs salles d’entraînement, pour ainsi pouvoir respecter le deux mètres. Si c’est ça, ça veut dire que les gymnases ne sont plus disponibles. La plupart des fédérations sportives ont déposé leur plan de déploiement, et d’autres vont le faire prochainement. Il n’y a rien de confirmé, parce que tous ces plans-là doivent être autorisés par la Santé publique. Et à la lumière de ce que l’on expérimente depuis quelques semaines, ce qui est autorisé aujourd’hui peut être refusé le lendemain », s’est désolé M. Roel.


Conséquences financières à prévoir

Un retard ou pire, une annulation de l’offre sportive universitaire pourrait avoir d’importantes conséquences pour ces programmes sportifs, qui misent énormément sur l’autofinancement et la commandite privée.

Des matchs à huis clos deviennent en ce sens pas mal moins intéressants pour un partenaire privé qui souhaite exposer sa marque ou ses produits.

Est-ce le début de la fin pour le sport étudiant à l’université? Est-ce que les universités auront les moyens de poursuivre leur implication?

« Il y aura des impacts, c’est clair. Une saison de football sans les revenus de la billetterie, ou des commanditaires, c’est très difficile. En même temps, il faut être réalistes; comment des partenaires financiers pourraient continuer à financer le RSEQ s’il n’y a pas possibilité de retour? Comme TVA Sports, qui devra peut-être se repositionner s’il n’y a pas de football à l’automne. »

« Aussi, il ne faut pas oublier que la plupart des universités n’ont pu tenir leurs activités de financements annuelles, qui se déroulent habituellement en mai ou juin. Ça amène une grande déstabilisation », a indiqué Gustave Roel.

« Également, il pourrait y avoir des limitations de rencontres exigées par les assurances des universités, des contraintes importantes. Comment les assureurs d’institutions provenant de régions où les taux de contamination sont plus bas, ou très faibles, vont accepter que des équipes se déplacent vers une région où les taux sont plus élevés? Ça va avoir un impact, ça fait partie de tous les enjeux que l’on doit analyser. Une université va-t-elle vouloir envoyer un entraîneur, un joueur, du personnel, dans une zone plus à risque? » s’est demandé M. Roel.


La santé, la priorité

Ce dernier précise que la reprise des activités scolaires, prévue à l’automne, ne veut donc pas dire de facto une réouverture des établissements d’enseignement.

« La priorité, c’est la santé des jeunes. Voilà pourquoi on a été proactifs, rapidement, en annulant toutes nos activités jusqu’au 30 juin. Le sport étudiant va repartir quand ce sera sécuritaire. La différence entre nous et le sport associatif, c’est que nous, c’est l’étudiant qui est au centre des préoccupations. Le sport c’est le moyen qu’on prône pour que les jeunes finissent avec un diplôme. L’objectif premier, c’est l’école. Le questionnement du retour est très présent, pour les trois secteurs. Comment l’école va accueillir les nouveaux étudiants, est-ce qu’il y aura de la place pour du sport de compétition? Je sais que le réseau scolaire (secondaire) regarde actuellement des activités de type parascolaire pendant un certain temps. »

« Comment alors pourrait-on faire du sport compétitif dans ces conditions, surtout des sports d’équipe? Même si on veut rester très positifs, il faut rester réalistes. »