Surnommé le «Parrain des stades de baseball» par le Sports Business Journal, Earl Santee connaît bien Montréal et il saurait quel stade lui offrir si les Expos devaient revenir.

Les idées du «Parrain des stades de baseball» pour Montréal

Le monde de la construction n’échappe pas aux tendances. Il en va de même pour la construction des stades. Que verrait-on dans un stade de baseball à Montréal si les Expos devaient revenir?

Earl Santee est le cerveau derrière la firme d’architectes Populous, de Kansas City, qu’il a fondée en compagnie de son partenaire Joe Spear. Populous a bâti ou rénové 21 des 30 stades actuels du Baseball majeur. Santee a personnellement signé les plans de 15 d’entre eux. C’est sans compter tous ses projets dans le baseball mineur, la NFL, la Premier League ou des sites de compétitions olympiques.

«J’ai toujours aimé dessiner et créer des choses, a-t-il dit au cours d’un long entretien qu’il a accordé à La Presse canadienne à la fin d’avril. J’ai suivi des cours de dessins dès l’âge de 7 ou 8 ans. J’ai aussi toujours aimé le sport. Une fois que j’ai eu mon diplôme en poche, en 1985, j’ai eu la chance de travailler pour HOK Sports, qui est devenu Populous. Alors j’ai pu regrouper mes deux passions : l’architecture et le sport. Disons que ç’a bien fonctionné jusqu’ici! [...] Si un stade des Majeures a été bâti au cours des 25 dernières années, c’est moi ou un des associés chez Populous qui a signé les plans.»

Le «Parrain des stades de baseball», comme l’a surnommé le Sports Business Journal, connaît bien Montréal et saurait quel stade lui offrir si les Expos devaient revenir.

«Mon histoire avec Montréal remonte à loin. [...] J’entends les propos du commissaire [Rob Manfred] à propos de Montréal. Je pense qu’on attend de pouvoir aider. De pouvoir réaliser ce rêve. C’est ce qu’on fait. Je pense que Montréal est une grande ville. Ce serait super d’avoir une autre équipe canadienne.»

Présents, mais pas assis

En matière de tendances, personne n’est mieux placé que Santee pour expliquer ce qui a la cote dans les nouveaux stades.

«Je dirais qu’au cours des cinq ou six dernières années, au niveau du design, nous avons vraiment dû intégrer les stades à leur communauté, et vice-versa, souligne-t-il. Ce que ça veut dire, c’est que nous avons eu beaucoup de plans de développement mixtes, qui touchent autre chose qu’un stade exclusivement. Les stades s’intègrent maintenant dans une expérience globale. D’aller au match demeure l’expérience la plus importante pour nous, mais de se rendre au stade fait maintenant partie d’un tout sur lequel nous devons travailler.»

Ce qu’il remarque de plus en plus, c’est que pour certaines personnes, l’expérience optimale signifie de ne pas demeurer assis pendant toute la durée d’une rencontre.

«Au cours des trois dernières années, l’attention a été portée sur la création d’expériences à l’intérieur des stades. Nous sommes passés d’une expérience assise à des expériences plus sociales, toujours à l’intérieur de la bâtisse. Alors vous pouvez avoir un stade de 32 000 sièges, mais dont la capacité totale est de 40 000 personnes. C’est le plus grand changement à notre industrie depuis trois ou quatre ans. De vivre une expérience sociale est ce qui est le plus visé par notre société de nos jours et les stades n’y échappent pas. [...] Nous devons donc penser à la façon dont nous pouvons procurer à ces gens une expérience unique qu’ils ne pourront pas vivre chez eux, ou nulle part ailleurs dans la communauté.»

Chaque stade doit également être au diapason de la communauté dans laquelle il sera implanté.

«Nous utilisons des méthodes d’analyse de données très approfondies dans chacune des communautés où nous construisons nos stades. Nous y passons du temps, découvrons comment les gens y vivent, quels sont les endroits qu’ils fréquentent et nous tentons de trouver une façon d’inclure ce que les gens aiment dans nos ouvrages», indique Santee, qui effectue plusieurs séjours dans les villes où il installe un stade afin de sentir le pouls, de s’imprégner de son énergie.

«Nous avons des employés qui ne font que de l’analyse de données en lien avec le sport spectacle et le marketing. Nous tenons des groupes de réflexion afin de répondre aux besoins du plus grand nombre de gens, en fonction de leur situation personnelle, de leurs revenus, de leurs intérêts. Une fois ces données compilées, nous présentons trois ou quatre options et les englobons dans la planification du stade. Nous devons être exceptionnellement à l’affût des centres d’intérêt d’une communauté, car ces gens nous disent : “Voici ce que nous voulons”. Notre travail, c’est de le leur donner.

«Les plus jeunes générations, les baby-boomers ainsi que les avancées technologiques du côté de la télévision nous forcent à offrir ces expériences uniques. Avec les télévisions de 70 pouces en résolution 4K, certains préfèrent regarder les matchs chez eux. Notre société est rendue une junkie des expériences. C’est pourquoi il est si important de lier l’expérience que vous vivez en route vers le stade avec celle que vous vivrez dans celui-ci.

«On ne peut plus ne donner qu’une source de divertissement aux gens, vous devez leur en donner plusieurs. C’est en partie générationnel, c’est lié à l’âge des clients. Une part est aussi liée aux revenus disponibles. Mais c’est aussi en lien avec la situation familiale des gens : qu’ils soient célibataires, mariés, avec ou sans enfant, etc. De nos jours, on doit construire des stades qui répondent aux besoins de tout le monde, en même temps. On ne peut laisser un groupe, voire un seul individu, exclu de l’équation. C’est une création qui est extrêmement inclusive. On ne peut laisser personne à l’écart.»

Intégration physique

Les nouveaux projets de Populous mettent également l’accent sur l’intégration physique des stades à leur entourage. L’époque des stades en emporte-pièce (cookie cutter), de structures installées au milieu d’un vaste stationnement, est révolue. Les stades doivent maintenant s’insérer dans les lieux existants, ou encore ils font partie d’un nouvel ensemble développé autour de ceux-ci, comme le SunTrust Park d’Atlanta, pièce maîtresse du quartier The Battery, dernière réalisation du groupe.

«Nous faisons beaucoup de restaurants et de bars, de commerces adjacents aux stades. Mais les clubs veulent maintenant les intégrer à leur stade. En plus d’aider à l’intégration du stade dans le quartier, ces commerces peuvent donc servir les clients qui sont dans le stade comme ceux qui ne le sont pas. Parmi les autres tendances, il faut lier les stades aux grands projets, aux grands ouvrages qui les entourent, que ce soient des hôtels, des centres de congrès ou un autre stade. On tente de trouver des synergies entre ces sites, des façons de les relier. Imaginez un haltère : nous imaginons la barre reliant les deux poids.»

C’est notamment ce qui a fait la renommée de l’Oriole Park at Camden Yards, où le stade utilise le vieil entrepôt de la B & O Railroad comme élément principal de décor. Ce stade, bâti en 1992, a lancé la mode des stades «à l’ancienne» et fait la renommée de HOK Sports. C’est cette carte de visite qui a mené aux autres projets du groupe dans la MLB.