Philippe Marquis

Le bosseur Philippe Marquis tourne la page

MONTRÉAL — Après plus d’une décennie au sein de l’équipe canadienne, le bosseur Philippe Marquis tourne la page. S’il planifie sa retraite sportive depuis plus d’un an, ce n’est pas sans un petit pincement au cœur qu’il renonce à son statut d’athlète de pointe.

Au lendemain d’un rassemblement intime en son honneur à la station touristique Stoneham, là où tout a commencé pour lui, le vétéran de 29 ans a livré ses états d’âme en répondant à quelques questions qui permettent de revenir sur quelques épisodes de sa carrière.

Q: Parmi tous les bons moments de ta carrière, quel souvenir affectionnes-tu le plus ?

R: Il va de soi que mes deux participations olympiques, à Sotchi en 2014 et à PyeongChang en 2018, se sont révélées des événements extraodinaires sur toute la ligne. Mais tout a commencé en 2010 quand j’ai assisté aux Jeux olympiques de Vancouver comme spectateur pour assister aux performances de mon frère, Vincent, qui a terminé quatrième. C’est un moment très fort parce qu’il a eu un impact important sur ma carrière. Ça m’a énormément inspiré de voir la façon dont Vincent a géré cet événement. Le déclic s’est fait ce jour-là, à savoir que je voulais moi aussi un jour parvenir aux Olympiques. Un autre beau moment que je ne peux passer sous silence, c’est notre balayage aux Mondiaux, Mikaël (Kingsbury), moi et Marc-Antoine Gagnon, en 2015 à Kreichberg, en Autriche. C’est vraiment un podium de rêve. Je partageais le podium avec deux de mes meilleurs chums et on le faisait aux Championnats du monde. C’est gravé dans ma tête pour très, très longtemps.

Q: Quel a été ton moment le plus difficile à traverser ?

R: L’épreuve la plus difficile, c’est sans contredit les Jeux olympiques de 2018 (ndlr: il a été victime d’une grave blessure au genou droit à un mois de l’événement). On dit souvent que c’est dans les pires moments qu’on parvient à se connaître comme personne. J’y ai vécu mon plus gros test physique et mental. J’ai pris part à la compétition sur une jambe. C’est très difficile à accepter quand tu as travaillé pendant toute ta carrière pour ce moment et que tu sais ne pas être à 100 %.

Q: Au fil de ta carrière, tu as côtoyé deux des meilleurs bosseurs de l’histoire. Alors, qui est le meilleur pour toi, Alexandre Bilodeau ou Mikaël Kingsbury ?

R: C’est tellement difficile de départager des légendes, peu importe le sport. N’empêche que sur papier, Mikaël a vraiment battu tous les records. C’est un athlète très discipliné, un passionné. Il s’investit beaucoup dans le sport et il est très abordable. C’est ce que je trouve génial chez lui, il est près des jeunes, de son sport, de ses adversaires, de la communauté du freestyle. Il repousse constamment les limites de son sport, comme au Japon en fin de saison, quand il a réussi une manœuvre jamais réalisée en compétition – un « cork 1440 ». Il ressort du lot des grands champions, mais c’est une opinion personnelle.

Q: Quelle a été ta piste préférée ?

R: En termes de défi et de satisfaction personnelle, c’est Deer Valley – dans l’Utah, site des Championnats du monde cette année. C’est le test ultime pour les meilleurs skieurs de bosses. Quand tu as une bonne journée sur cette piste, il n’y a pas de meilleure sensation. Mikaël et moi, on fait souvent allusion à cette piste comme le Super Bowl du ski acrobatique. C’est la piste la plus difficile, la compétition a lieu le soir sous les projecteurs, la foule est toujours nombreuse. C’est toujours un événement très spécial. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai poursuivi la compétition cette année. J’avais cet esprit de vengeance après m’être blessé sur cette piste avant les Jeux olympiques de 2018.

Q: Quels sont tes projets maintenant ?

R: J’aimerais redonner à mon sport et aider la prochaine génération de skieurs, de préférence au sein de Ski acro Canada. J’ai une belle complicité avec les jeunes. D’ailleurs, depuis sept ou huit ans, j’entraîne des jeunes lors de camps d’été. J’ai également d’autres projets, avec la commission des athlètes du Comité olympique canadien. J’ai aussi une certaine attirance pour les médias. Et il me reste aussi à compléter mes études en administration. Ce ne sont pas les projets qui me manquent.