Le bosseur Laurent Dumais a subi une légère contusion osseuse au genou gauche à Thaiwoo.

Laurent Dumais voit enfin la lumière au bout du tunnel

MONT-TREMBLANT — L’entraîneur-chef de l’équipe canadienne, Michel Hamelin, l’admet d’emblée, la dernière saison a été difficile chez Ski acro Canada. Dans l’ombre de Mikaël Kingsbury, il surnommait d’ailleurs une partie de l’équipe «la relève en Coupe du monde».

«Ils participaient à des Coupes du monde, mais n’étaient pas en mesure de maximiser leurs performances. C’était tout le contraire sur le circuit école Nor-Am. J’en avais donc beaucoup qui ne performaient pas à leur plein potentiel. Cette année, c’est beaucoup plus constant. Ils progressent de semaine en semaine», a-t-il expliqué, en marge de la Coupe du monde de Mont-Tremblant.

Parmi ceux qui ont retenu l’attention de Hamelin ces derniers mois se trouvent Laurent Dumais, Kerrian Chunlaud et Gabriel Dufresne, qui sont respectivement septième, huitième et 19e au classement général de la Coupe du monde.

Dumais, qui est âgé de seulement 23 ans, fait partie de cette nouvelle génération de bosseurs identifiés par Hamelin qui pourraient causer bien des surprises sur la scène internationale au cours des prochaines saisons.

«Laurent a toujours été là, mais présentement il réussit des top-5. Il accède donc à la super-finale, ce qui signifie qu’il peut potentiellement atteindre le podium», a confié Hamelin.

Mais voilà. Dumais revient de loin. De très loin.

Le bosseur originaire de Québec avait décroché la médaille de bronze devant parents et amis à la Coupe du monde de Val St-Côme à l’hiver 2016. Ski acro Canada croyait alors assister à l’éclosion d’une étoile montante de la discipline, qui pourrait suivre les traces d’un Philippe Marquis ou encore d’un Kingsbury. Mais depuis, plus rien.

Une période difficile à vivre, de l’avis du principal intéressé.

«Beaucoup de gens m’ont parlé de mon podium en 2016, afin de savoir comment je voyais ça, a confié Dumais. Je suis vraiment fier de ce podium-là. Mais finalement, ç’a été un couteau à double tranchant, parce que les gens s’attendaient à ce que je décolle et que j’en obtienne d’autres, et moi aussi d’ailleurs. Sauf qu’après ça, je n’ai réussi que quelques top-10.»

Hamelin s’est risqué à une explication pour justifier cette disette.

«À St-Côme, en 2016, alors qu’il était dirigé par Rob Kober, Laurent a réalisé une descente all-out, sans retenue. Et ç’a passé, s’est rappelé le sympathique homme à la barbe grisonnante. Mais souvent, quand Laurent décide qu’il va tout donner, il donne son 110 %, ce qui signifie qu’il va plus vite qu’à l’entraînement et qu’il commet alors plus d’erreurs. C’est ce qui s’est produit ces dernières années.»

Or, cette année, pour la première fois, Dumais commence à voir la lumière au bout du tunnel. Il a terminé 15e à Ruka, en Finlande, en lever de rideau de la saison, avant de prendre le septième rang en individuel et de s’adjuger la cinquième place en parallèle à Thaiwoo, en Chine, en décembre. Selon Hamelin, le déclic s’est fait en août lors d’une compétition en Australie.

«Je lui ai dit en arrivant là-bas que je voulais qu’il skie à 80 % (de son potentiel). Il m’a répondu: ‘80 %? Pourquoi?’ Mais il l’a fait, ce qui lui a permis d’arriver au quatrième rang, derrière ‘Mik’, Ikuma Horishima et Benjamin Cavet. Bref, les gros noms du sport», a évoqué Hamelin.

«C’est là qu’il a réalisé qu’il pouvait obtenir de bons résultats avec une descente très relaxe. L’objectif, cette saison, c’est donc qu’il ajoute progressivement une petite gear de plus, au fur et à mesure que la saison avancera», a-t-il mentionné.

«La sauce commence à prendre»

Pour sa part, Kingsbury, qui compte 58 victoires et 84 podiums en 102 départs en carrière sur le circuit de la Coupe du monde, voit lui aussi d’un bon oeil la progression de Dumais cette saison. Car depuis le départ à la retraite de Marquis et Marc-Antoine Gagnon, «le King des bosses» se cherche toujours un acolyte.

«Il (Dumais) commence à bâtir sa confiance; il sait où il s’en va. Je suis content pour lui, parce qu’il skie en confiance. Il fait partie des meilleurs au monde. Quand tu commences à skier et que tu ne te poses pas trois ou quatre questions pendant que tu es en piste, c’est là que les résultats arrivent. Je suis certain que ce ne sera pas très long avant qu’on le revoie sur le podium», a dit le bosseur de Deux-Montagnes.

Il reste à voir si Dumais sera, cette fois-ci, à la hauteur des attentes. Mais à l’image de sa nouvelle philosophie, il jure qu’il saura doser ses efforts en 2020.

«Je veux participer au maximum de finales possible, et réussir le plus de top-10, a évoqué Dumais, qui a subi une légère contusion osseuse au genou gauche à Thaiwoo. Mais l’important, d’abord et avant tout, c’est de rester en santé - surtout sur une longue saison comme ça. C’est un marathon, et non un sprint.»

Mais peu importe l’issue du week-end, Hamelin dresse déjà un bilan positif de la restructuration majeure de l’organisation qu’il a pilotée à compter de l’été 2018.

«C’est vraiment une amélioration, à date. En ce moment, je sens que ma formule fonctionne; j’ai de plus en plus de bosseurs dans le top-5.(...) La sauce commence à prendre, et je veux qu’à la fin ce soit la meilleure», a-t-il déclaré, dans son langage coloré habituel.