Une centaine de personnes ont assisté à une cérémonie de remise des médailles particulière au Centre national des arts. Christine Girard a pu mettre la main sur deux médailles qu’elle attendait depuis longtemps.

Girard obtient enfin ses médailles olympiques

Ce n’était ni le nid d’oiseau à Pékin, ni les foules importantes et bruyantes de Londres. Mais ça importait peu à Christine Girard, dont le sourire en disait long.

L’haltérophile qui habite maintenant à Gatineau a enfin reçu, lundi, les deux médailles olympiques qui lui ont été décernées dans les derniers mois après la disqualification de ses adversaires des Jeux de 2008 et 2012 pour dopage. Tout ça devant une centaine de personnes, dont ses trois enfants âgés de quatre ans et moins, durant une cérémonie modeste tenue au Centre national des arts (CNA), à Ottawa.

« J’aurais pu choisir de recevoir mes médailles lors des prochains Jeux à Tokyo. Mais je voulais vraiment que ces médailles transmettent un message important aux athlètes ici dans notre pays », a expliqué Girard à sa descente du podium.

« Je veux qu’ils continuent à croire en leur rêve et croire surtout que c’est possible de se rendre au sommet en restant fidèle à nos valeurs et en restant propre. C’est pourquoi j’ai choisi de faire ça ici. »

Le mot « propre » est sorti souvent de sa bouche.

Girard était devenue la première femme canadienne à monter sur un podium olympique en haltérophilie il y a six ans à Londres, gagnant le bronze chez les moins de 63 kg. Une reprise de tests de dopage exigée par le Comité international olympique (CIO) sur plus de 1500 échantillons d’urine des Jeux de 2008 et 2012 a toutefois changé la donne.

Christine Girard

Les deux athlètes ayant terminé devant Girard, Maiya Manez, du Kazakhstan, et Svetlana Tsarukaeva, de la Russie, ont testé positif puis ont été disqualifiés.

Le CIO a confirmé en avril que Christine Girard, qui est originaire de Rouyn-Noranda était dorénavant la nouvelle championne olympique. Il avait confirmé à la fin de 2016 que l’athlète canadienne était la nouvelle médaillée de bronze des Jeux de Pékin où elle avait terminé initialement quatrième.

La principale intéressée l’avoue. Ce bronze s’avère très significatif. Elle lui permet enfin de passer « de l’échec au succès ».

« Parce que les quatre années entre 2008 et 2012 ont été extrêmement difficiles. Je me suis entraînée dans un abri d’auto à peine chauffé. Ce n’était vraiment pas évident. J’ai fait une dépression. J’ai eu cinq entraîneurs différents. Ça n’allait vraiment pas bien », a-t-elle relaté.

« Quand je regarde cette médaille, je repense à comment je suis sentie à l’époque, comme un échec, après avoir terminé quatrième. Je n’aurais pas dû vivre ça. Ça aurait dû être la première médaille du Canada à ces Jeux en 2008. J’aurais eu toute l’attention médiatique. Ça aurait été complètement différent pour moi. »

Girard assure ne pas être rancunière envers ses rivales. Elle dit avoir eu des discussions avec des athlètes dopés dans d’autres pays.

« Je ne crois pas que c’était nécessairement leur décision, mais plutôt celle des personnes autour d’elles, notamment les entraîneurs et responsables des sports. Elles étaient forcées. »

La réparation n’est pas terminée dans son cas. Girard a confirmé qu’elle recevra le boni octroyé par le Canada à ses médaillés olympiques en 2012. Les champions ont reçu à l’époque 20 000 $. Les athlètes terminant deuxièmes et troisièmes ont touché respectivement 15 000 et 10 000 $.

Quant aux médailles remises lundi, une proviendrait du musée du CIO et l’autre a été reproduite, a indiqué l’haltérophile.

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GATINEAU, SON NOUVEAU DOMICILE

Ça bouge dans la vie de la nouvelle championne olympique.

Pourtant, Christine Girard se retrouve à la retraite de la compétition depuis quelques années maintenant. « Trois enfants, c’est du sport », lance la femme âgée de 33 ans, sourire en coin.

C’est sans compter que le clan vient de déménager, passant de Vancouver à Gatineau au milieu de l’été. « Pour se rapprocher de ma famille qui habite en Abitibi. J’ai trois sœurs qui ont aussi des enfants », explique-t-elle.

On devrait la voir sous peu diriger des athlètes dans la capitale nationale. Plus précisément au club JustLift, situé sur l’avenue Churchill, à Ottawa. Un partenariat devrait être officialisé au début de la nouvelle année.

« À Vancouver, je coachais. J’avais mon propre club. J’étais bien établie (...) J’ai appris tellement de choses dans ma carrière d’athlète que je ne peux pas ne pas les partager. J’adore aussi voir l’évolution chez les enfants et les adultes. »

Et il y a un truc que Girard a rapidement mis au clair en riant. Pas question d’un retour à la compétition dans moins de 600 jours à Tokyo. « Après trois césariennes, je ne pense pas que je peux lever autant de poids qu’auparavant ! Je ne peux pas non plus m’imposer la même diète que lors de ma vie d’athlète. Je profite vraiment maintenant de ma vie d’entraîneuse et de maman. »

Christine Girard, qui a publié le livre De la défaite à la victoire plus tôt cette année, pourrait maintenant faire la tournée des écoles afin de raconter son histoire et surtout marteler qu’il est possible de gagner « des médailles propres ».