Nabil Fekir (droite) connaît une histoire embryonnaire avec les Bleus, mais surfe sur une belle dynamique à l’issue de la meilleure saison de sa carrière.

Fekir et Thauvin au Mondial sans Payet

PARIS — Liste des 23, fin du suspense délivrée par Didier Deschamps : Nabil Fekir et Florian Thauvin participeront à la Coupe du monde en Russie avec l’équipe de France contrairement à Dimitri Payet, blessé, ou à Alexandre Lacazette, écarté.

Aux côtés de ces choix forts, annoncés jeudi soir en direct sur TF1, le sélectionneur a réservé à la France du foot deux petites surprises.

La première est grande par la taille : la convocation du milieu récupérateur de Séville Steven N’Zonzi (1,96 m), convoqué une seule fois, en novembre dernier, et qui en éjecte Adrien Rabiot : un sacré désaveu pour le Parisien.

N’Zonzi, spécialiste au poste de milieu défensif axial, « est plus proche du registre de N’Golo Kanté même s’il n’a pas le même gabarit. Je l’ai déjà pris avec moi, il a été intéressant, par rapport à ce qu’il a continué de faire aussi ».

Autre petite sensation : contrairement à la préparation du Mondial-2014 et de l’Euro-2016, Deschamps n’a pas convoqué de réservistes, mais a dressé une liste de onze « suppléants », censés « se tenir prêts » en cas de pépins physiques chez les 23, sans venir à Clairefontaine.

« Je veux aller vraiment sur du qualitatif, je veux vraiment qu’on soit dès le 23 (mai) focalisés sur cette Coupe du monde » pour y affronter l’Australie, le Pérou et le Danemark (les 16, 21 et 26 juin) dans la poule C, a souligné « DD ».

Les 23 heureux élus - sauf Raphaël Varane, excusé pour cause de finale de Ligue des champions avec le Real Madrid le 26 mai - sont attendus dès mercredi midi à Clairefontaine. Le stage de préparation comprendra trois matches amicaux, contre l’Eire le 28 mai au Stade de France, l’Italie le 1er juin à Nice, et les États-Unis le 9 juin à Lyon. Enfin, cap sur la Russie le 10 juin.

Trop de risques avec Payet

Michel Hidalgo, le patron des Bleus romantiques (1976-1984), disait que la confection d’une liste supposait « remue-méninges et crève-cœur » pour un sélectionneur. Jeudi soir, le cœur crevé appartient surtout à Payet, qui semblait en balance avec Fekir et Thauvin.

Le capitaine de Marseille a dû écourter sa finale d’Europa League mercredi (perdue 3-0 face à l’Atlético Madrid), blessé au bout d’une demi-heure. Il est sorti en larmes. Éloquentes.

Son problème musculaire requiert un délai de récupération de « trois semaines » mais aussi « un risque de nouvelle récidive », a exposé Deschamps. « Forcément, ça m’amène à modifier et ça change ce qui pouvait être prévu ».

« Dim », absent du rassemblement de mars sur choix du sélectionneur, avait depuis retrouvé son meilleur niveau. À 31 ans, le héros du premier tour de l’Euro-2016 comptait sur son expérience (37 sélections, 8 buts, 8 passes décisives), sa lecture du jeu et son habileté sur coups de pied arrêtés pour connaître la « dernière étape de (son) aventure avec les Bleus »...

Le malheur de « Dim » fait le bonheur de Thauvin et Fekir : le Marseillais comme le Lyonnais connaissent une histoire embryonnaire avec les Bleus, mais surfent sur une belle dynamique à l’issue de la meilleure saison de leur carrière.

L’autre grand sacrifié est Lacazette, suppléant. L’avant-centre, habituelle doublure d’Olivier Giroud, s’était pourtant signalé avec un doublé contre les champions du monde allemands en novembre à Cologne (2-2). Mais cela n’aura pas suffi, d’autant que Kylian Mbappé est capable de jouer en pointe de l’attaque.

Avec Mendy et Sidibé

Chez les latéraux, Benjamin Mendy et Djibril Sidibé, qui ont un peu rejoué récemment après leur blessure au genou, ont été retenus.

Le fait marquant dans ce secteur est la présence du jeune arrière gauche Lucas Hernandez, appelé une seule fois (en mars), au détriment de Lucas Digne, pourtant grand habitué des listes depuis 2014. À droite, le jeune Benjamin Pavard a remporté le match face à l’expérimenté Mathieu Debuchy.

Après le forfait de Laurent Koscielny (rupture d’un tendon d’Achille début mai), la quatrième place de défenseur central était vacante. C’est sans surprise Adil Rami qui l’occupera. L’expérimenté Marseillais de 32 ans, ambianceur hors pair, avait déjà pris le wagon bleu in extremis avant l’Euro-2016.

Enfin, la quinzaine d’éléments qui font partie du noyau plus ou moins dur du groupe complètent sans surprise la liste : les trois gardiens (le capitaine Lloris et ses doublures Mandanda et Areola), les trois défenseurs centraux (Varane, Umtiti, Kimpembe), les cinq milieux (Kanté, Lemar, Matuidi, Pogba, Tolisso) et les quatre attaquants (Dembélé, Giroud, Griezmann, Mbappé).

Les suppléants sont Ben Yedder, Coman, Costil, Debuchy, Digne, Lacazette, Martial, Rabiot, Sakho, Sissoko et Zouma.

Le passé le montre : les 23 convoqués sont rarement les 23 présents en phase finale. En 2014 comme en 2016, trois des appelés avaient dû déclarer forfait avant le tournoi. La roulette russe est lancée...

SOUTHGATE DÉFEND SON PARI DE LA JEUNESSE

LONDRES — Le sélectionneur de l’Angleterre Gareth Southgate a défendu jeudi sa sélection pour la Coupe du monde en Russie (14 juin-15 juillet) axée sur la jeunesse, assurant avoir « choisi des jeunes joueurs parce qu’ils sont les meilleurs ».

« Nous ne choisissons pas des jeunes joueurs parce que nous essayons de gagner du temps, nous choisissons des jeunes joueurs parce que nous croyons qu’ils sont les meilleurs », a déclaré Southgate en conférence de presse à Wembley.

« C’est peut-être courageux de prendre des joueurs sans beaucoup de sélections, mais nous devons avoir foi en eux. Nous savons que nous n’avons pas le même nombre de sélections que l’Allemagne, l’Espagne ou le Brésil, mais c’est là où nous en sommes », a-t-il ajouté.

« Ils manquent d’expérience dans les grands matches. Mais comment vont-ils l’obtenir ? Je ne vais pas mettre des limites à ce qu’ils pensent pouvoir réussir », a plaidé l’ancien entraîneur de Middlesbrough.

De nombreuses personnalités du football anglais, avec en figure de proue l’ancien attaquant Gary Lineker, ont plaidé pour « renoncer » à tout espoir de bien figurer en Russie, pour plutôt aguerrir une jeune équipe d’Angleterre en vue des compétitions futures.

« Je ne pense pas que lorsque vous êtes l’Angleterre, vous pouvez renoncer à une compétition », a-t-il expliqué, arguant qu’il avait refusé de sélectionner les encore plus jeunes pépites Ryan Sessegnon (17 ans) et Jadon Sancho (18 ans), qui évoluent respectivement à Fulham (D2) et au Borussia Dortmund.

Réservoir limité

Southgate a aussi avancé que son choix de se tourner vers la jeunesse était aussi une conséquence du relativement petit nombre de joueurs anglais évoluant en Premier League.

« Nous choisissons parmi 33% (des joueurs) du championnat, ce qui est une situation assez unique. Mais il y a de l’enthousiasme dans la direction que nous prenons », a-t-il insisté.

L’ancien manager des moins de 20 ans anglais a sélectionné un groupe de 23 avec une moyenne de 19 sélections par joueur, pour une moyenne d’âge de 26 ans.

L’Angleterre disputera deux matches de préparation contre le Nigeria (2 juin) et le Costa Rica (7 juin) avant de s’envoler pour la Russie. Elle y affrontera le Panama, la Tunisie et la Belgique dans le groupe G de la première phase.