Le Sud-Coréen Duckhee Lee doit communiquer en lisant sur les lèvres et les gestes de son entraîneur. Le voici au parc de l’île après sa défaite en quarts de finale vendredi.

Duckhee Lee, 11 fois champion... et sourd

Quand il a éliminé Alexis Galarneau jeudi soir au Challenger Banque Nationale de Gatineau, Duckhee Lee ne s’était jamais rendu compte à quel point la foule s’époumonait pour le favori local.

Il aurait été hué que le Sud-Coréen ne l’aurait jamais su.

La raison est simple. Depuis qu’il est né, l’athlète de 21 ans n’entend pas le moindre son ! Malgré ce sévère handicap, Duckhee Lee arrive à vivre pleinement de son sport. Il est actuellement classé 213e au monde, mais il s’était déjà hissé au 130e rang mondial en 2017.

Au service, il n’entend jamais la frappe de son adversaire. Il ne capte pas les sons des rebonds pour décider s’il doit s’ajuster avec un coup droit ou un revers. Pour rivaliser avec les meilleurs au monde, il se fit à sa raquette bien sûr, mais surtout à ses yeux ainsi qu’à son instinct.

Dans un entretien avec France Info en 2018 juste avant les qualifications à Roland-Garros, Lee avait indiqué que son handicap ne lui causait pas de souci. Très jeune, il a appris à lire sur les lèvres pour communiquer.

« Je suis né sourd. Je n’ai jamais entendu de sons de ma vie. Je n’entends pas les décisions des arbitres et des juges de touche. Parce que je n’entends rien, ça me permet de rester concentré sur ma partie. Je compense par ma perception visuelle. »

À Gatineau, où il s’est incliné devant l’Austalien Jason Kubler en quarts de finale vendredi, Lee et son entourage n’étaient pas assez à l’aise pour accorder une entrevue en anglais, mais à France Info, le grand Rafael Nadal avait été élogieux envers le joueur privé de son sens de l’ouïe.

« J’ai déjà partagé un entraînement avec lui. Nos efforts (les autres joueurs) sont minimes par rapport aux siens », avait-il dit.

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Ancien troisième joueur mondial chez les juniors, Lee a gagné 11 tournois ITF en carrière, mais il n’a pas encore gagné un Challenger.

Jorge Fernandez entraîne sa fille Leylah au tennis. Il est inspiré par l’histoire de Lee.

« J’aimerais bien vous dire que c’est impossible de réussir avec ce handicap, mais ce n’est pas vrai. Nous en avons la preuve. Dans le sport, il y a des gens qui courent des ultra-marathons. Il y a des gens qui font de l’escalade de rochers sans corde de sécurité. Si tu as de la passion, il n’y a aucune limite. Les gens me disaient que Leylah ne gagnerait jamais un match au niveau international junior parce qu’elle était trop petite. Ils ont dit la même chose chez les professionnelles... C’est la beauté du sport. Pour la personne qui déjoue les pronostics, les limites n’existent pas. »

Pour Jorge Fernandez, Lee est doté d’un talent incroyable pour réussir ce qui semblerait impossible aux autres.

« N’importe qui d’autre serait porté à abandonner. Ils ne vont même pas essayer. Mais lui, il a développé d’autres aptitudes au fil des ans. Il voit la balle un peu mieux. Ce sont des choses que nous faisons naturellement sans nous en rendre compte. Quand j’enseigne le tennis, je demande d’écouter les sons de la balle. Le son va te dire si la balle va vite ou non. Si tu as du temps pour réagir ou non. »

Quelque peu mal à l’aise quand il lève les yeux pour voir des applaudissements, Lee ne demanderait qu’une chose.

« J’espère que les amateurs de tennis vont me reconnaître pour être Duckhee Lee, le joueur de tennis plutôt que le joueur qui a un problème d’ouïe. »