Borys Minger ressent un sentiment particulier quand il affronte les Ravens.

Classique de la capitale: une rivalité encore féroce

La Classique de la capitale ne s’essouffle pas, même si elle change de domicile pour sa 14e édition.

Plus de 8000 spectateurs sont attendus vendredi en vue du choc annuel entre les équipes de basket-ball universitaire d’Ottawa qui aura lieu cette fois-ci à l’aréna de la Place TD. D’un côté, il y a les Gee Gees. De l’autre, les Ravens.

Autour d’eux ? Des spectateurs affamés, qui semblent toujours en redemander.

L’an dernier, ils étaient 9004 amateurs à assister aux deux parties présentées au Centre Canadian Tire. La première joute opposait les formations féminines. Deux heures plus tard, les équipes masculines se disputaient la victoire.

« Ça ne me surprend pas, laisse tomber l’entraîneur-chef des Gee Gees, James Derouin, au sujet de l’engouement qui demeure autour de cet événement.

«C’est probablement le petit secret sportif ici dans la région. Il y a tellement d’amateurs de basket-ball. Et ça vient de partout. De Hull, Gatineau, Ottawa jusqu’à Smith Falls et les environs.»

Derouin en sait quelque chose. «J’ai eu l’occasion de vivre la première édition. J’étais adjoint à l’époque ici. Rien n’a changé. Ça demeure un rendez-vous très attendu», rappelle-t-il.

La version masculine des Gee Gees avait surpris les puissants Ravens, gagnant 64-62 devant 9730 personnes au domicile des Sénateurs en 2007. Depuis, elle a remporté la Classique de la capitale une seule autre fois.

Six des 13 affrontements se sont décidés par 11 points ou moins.

«Ça devrait être serré encore une fois», prédit Derouin. Les deux clubs ont joué un contre l’autre en décembre. Les Ravens étaient sortis victorieux par le score de 69-65.

«Ça risque d’être une autre partie très défensive durant laquelle les revirements sont nombreux», reconnaît le coach des Gee Gees.

À l’image des années précédentes, les Ravens se pointent avec une fiche parfaite jusqu’ici en saison régulière. Ils ont disputé 19 parties. Ils montrent 19 gains au compteur. Ça leur vaut le premier rang au Top 10, ce classement hebdomadaire des forces en présence au pays publié par USports.

Les Gee Gees, eux, occupent la sixième position avec un dossier de 15-4.

C’est l’inverse chez les femmes. L’Université d’Ottawa est classée deuxième avec 17 victoires en 19 matches. Carleton ne traîne pas trop loin au neuvième rang.

Ce qui ajoute du piquant aux duels cette fois-ci ? Les championnats canadiens universitaires auront lieu à l’aréna de la Place TD du 5 au 8 mars. Le même endroit que la Classique de la capitale.

Un des acteurs principaux de la rivalité entre les deux équipes masculines manquera à l’appel vendredi. Le très coloré Dave Smart ne dirige plus les Ravens, qui ont gagné 14 des 17 derniers titres nationaux. Il a cédé sa place à son ancien adjoint Taffe Charles.

«C’est différent, confie le garde Alain Louis. Taffe est tout aussi compétitif que Dave. Mais il est moins expressif. Il gesticule moins. Il est moins émotif.»

Smart était reconnu pour ses nombreuses interactions avec les officiels. Une partie du spectacle se déroulait sur les lignes de côté avec lui.

À part ça, l’équipe continue de dominer sans lui.

«Dave avait créé une culture et tradition gagnante. Nous n’étions pas sûrs au début comment ça irait avec Taffe, mais la transition s’est bien faite», soutient Alain Louis.

Le mot de la fin au sujet de la Classique de la capitale revient justement au joueur québécois des Ravens.

«J’aime cet événement car tu vois durant cette soirée à quel point le basket a un impact sur notre communauté. Tu retrouves toute sorte de personnes dans les estrades. C’est diversifié.»

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QUAND BORYS AFFRONTE SON AMI ALAIN

Des amis devenus rivaux l’instant d’un soir. Trois joueuses habiles autant sur le bois franc avec un ballon que dans un laboratoire avec des éprouvettes. Sans compter une garde qui revient au bercail au sein de l’alma mater de sa mère.

La prochaine édition de la Classique de la capitale regorge d’histoires intéressantes.

Où commencer? Par une d’amitié liant deux joueurs francophones. Un des Gee Gees, Borys Minger, et un des Ravens, Alain Louis.

Les étudiants-athlètes natifs de deux continents différents ont été colocataires pendant leurs trois ans passés au Cégep de Thetford Mines, jouant au sein de l’équipe de basket-ball de l’endroit.

«Alain, c’est mon frère ! C’est toujours un sentiment particulier d’affronter quelqu’un d’aussi proche, mais ce n’est qu’une motivation d’être meilleur en plus», affirme Minger, originaire de la Guyane française.

Le basket l’a amené au Québec à l’âge de 16 ans. Il s’est joint à une académie de basket dirigée par le Gatinois Igor Rwigema dans la MRC de l’Amiante.

À sa troisième saison chez les Gee Gees, Minger est devenu un des meilleurs joueurs défensifs de la conférence ontarienne. On lui confie la tâche de neutraliser les meilleurs éléments offensifs adverses. Vendredi, il retrouvera Louis sur son chemin.

«Quand je suis sur le terrain contre Borys, l’amitié prend la fenêtre. Nous sommes très compétitifs», note Alain Louis, qui a grandi dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal, avant de poursuivre sa carrière à Thetford Mines.

Avant ce choc entre les amis, il y aura le match opposant les équipes féminines des Gee Gees et des Ravens.

L’Université d’Ottawa aligne trois étudiantes en sciences biomédicales. Alana Renon et Melina De Iulio en sont à leur deuxième année en salle de classe tandis que l’avant Brigitte Lefebvre-Okankwu fait sa troisième année.

Melina De Iulio et Brigitte Lefebvre-Okankwu

«Tu peux passer trois heures pour un cours en laboratoire. Brigitte en a déjà eu un de sept heures», souligne De Iulio.

«Des fois, nous travaillons avec des bactéries. D’autres fois, nous devons purifier des produits chimiques», ajoute Lefebvre-Okankwu, une diplômée du Collège Nouvelles Frontières de Gatineau.

Quant à Tyra Blizzard, elle n’étudie pas en sciences biomédicales, mais vit aussi de beaux moments chez les Gee Gees. Cette dernière a délaissé l’équipe de Windsor afin de disputer sa dernière saison universitaire à l’Université d’Ottawa où sa mère Fabienne a été une joueuse vedette puis entraîneuse.

Encore plus spéciale? Blizzard porte le même numéro 8 que maman l’a fait de 1989 à 1994.

«J’ai joué ma première partie avec l’équipe durant une tournée estivale en Italie. Honnêtement, je n’ai choisi qu’un numéro au hasard. Après l’avoir regardé pendant une minute, ça me semblait familier, affirme la jeune femme, qui goûtera à sa première édition de la Classique de la capitale.

«J’ai pris une photo que j’ai envoyée à mon père en lui demandant si c’était le numéro de ma mère ! C’est pour ça que ça me disait quelque chose. Il y a des photos de ma mère avec ce numéro qui sont accrochées au mur de la maison familiale. Je suis honorée de porter son numéro.»