Félix Auger-Aliassime

Berceau du hockey, le Canada produit désormais des joueurs de tennis

ROME — C’est typiquement canadien: Denis Shapovalov, Félix Auger-Aliassime et Bianca Andreescu sont des enfants d’immigrés.

Ce qui l’est moins, c’est qu’ils ont simultanément réussi à se hisser parmi l’élite mondiale du tennis - et qu’ils seront tous les trois à surveiller aux Internationaux de France qui se mettent en branle dimanche.

Shapovalov, âgé de 20 ans, s’est fait remarquer sur la scène du tennis il y a quelques années lorsqu’il a défait Rafael Nadal à la Coupe Rogers. Il occupe maintenant le 23e rang au classement ATP.

Auger-Aliassime, âgé de 18 ans, a amorcé sa percée au début de cette année lorsqu’il a atteint la finale de l’omnium de Rio disputé sur terre battue.

Puis, la montée en puissance des joueurs canadiens s’est accélérée en mars lorsque Andreescu, qui a également 18 ans, a vaincu cinq têtes de série et remporté le tournoi d’Indian Wells, en Californie, après avoir bénéficié d’une invitation; et Shapovalov et Auger-Aliassime - passé par les qualifications - ont atteint les demi-finales de l’omnium de Miami.

«J’ai grandi avec Félix et Bianca et, de voir où nous en sommes arrivés, de voir Bianca gagner un tournoi de la série Masters, c’est étourdissant, a déclaré Shapovalov lors d’une récente entrevue.

«Vous prenez le Canada et vous vous dites, ‘Hockey, hockey, hockey’. Et ne vous méprenez pas. J’aime le hockey. J’aime les Maple Leafs de Toronto, a-t-il poursuivi. Mais il est formidable de voir que maintenant, les gens se disent: ‘Oh, vous pouvez aussi jouer au tennis au Canada.’»

Denis Shapovalov

Bien que le Canada n’a pas toujours été connu comme une puissance au tennis, il a produit d’autres grands joueurs ces dernières années. Eugénie Bouchard (2014) et Milos Raonic (2016) ont été les deux premiers finalistes du pays en Grand Chelem, les deux à Wimbledon. Daniel Nestor a complété un Grand Chelem en carrière en double en 2008 et Vasek Pospisil a remporté un titre en double à Wimbledon en 2014.

«De toute évidence, ils nous ont inspirés et nous ont ouvert la voie, a reconnu Shapovalov. C’est comme si un Canadien se fait remarquer chaque semaine.»

Auger-Aliassime, 28e joueur mondial, et Andreescu, qui occupe le 22e rang, revendiquent le meilleur classement de leur carrière cette semaine.

Shapovalov est né en Israël après le déménagement de ses parents de Russie. La famille s’est ensuite installée dans la région de Toronto avant que Shapovalov ait un an.

Le père d’Auger-Aliassime est originaire du Togo et les parents d’Andreescu sont de Roumanie.

«Je pense que ce qui est formidable au Canada, c’est que tout le monde dit que les gens sont tellement gentils et amicaux. Mais je pense que c’est parce que tout le monde vient d’un peu partout. Nous sommes tolérants, a souligné Shapovalov.

«Nous nous sommes tous retrouvés au même endroit, avec des parcours différents et des familles différentes. Tout ça comme nation est incroyable. Nous avons tous un parcours et maintenant, nous jouons tous pour le même pays et nous sommes tous si fiers. C’est une incroyable histoire.»

Le programme national de développement du Canada a grandement contribué à façonner leur jeu.

«Ils ont tous leur propre style. Ils ne frappent pas la balle de la même manière, a déclaré l’entraîneur Nick Bollettieri, membre du Temple de la renommée du tennis. Et cela signifie qu’il y a un très bon encadrement. Parce que vous respectez le style et la mentalité du joueur.»

Andreescu a été incommodée par une blessure à l’épaule depuis sa victoire à Miami. Mais elle s’est entraînée à l’académie de Rafael Nadal en Espagne.

«Ç’a été une bonne période pour moi, car je travaille beaucoup sur ma condition physique, ce qui est très important pour la saison sur terre battue. Je suis donc vraiment impatiente de voir ce que je peux faire à Roland-Garros, a-t-elle confié. La terre battue est l’une de mes surfaces préférées.»

Bianca Andreescu

Shapovalov a dormi dans le sous-sol de la maison d’Auger-Aliassime lors de son séjour à Montréal il y a quelques années. Ils sont récemment allés voir ensemble le dernier film des Avengers lors d’un tournoi en Espagne.

«Nous tentons de passer le plus de temps possible ensemble, a déclaré Shapovalov. Nous nous comprenons si bien.»

Le hockey, cependant, demeure une pomme de discorde pour les deux joueurs. C’est que Shapovalov est un partisan des Maple Leafs alors qu’Auger-Aliassime soutient le Canadien de Montréal.

«C’est difficile parce qu’il est un fan du Tricolore, a avoué Shapovalov. Au moins, nous avons le basketball en commun. Nous avons une seule équipe au Canada. Nous sommes tous les deux des amateurs des Raptors.»

Une autre chose que les jeunes Canadiens ont en commun: accélérer les succès sur les courts de tennis.