Jean-Simon Desgagnés a cependant réussi le deuxième chrono le plus rapide sur une course de 5 km sur route.
Jean-Simon Desgagnés a cependant réussi le deuxième chrono le plus rapide sur une course de 5 km sur route.

Athlétisme: à trois secondes du record du 5 km

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Trois petites secondes, voilà ce qui a manqué à Jean-Simon Desgagnés pour inscrire son nom dans le livre des records québécois. Le jeune phénomène du Rouge et Or de l’Université Laval et l’athlète olympique Charles Philibert-Thiboutot ont repoussé leurs limites au maximum, dimanche matin sur le campus, dans leur objectif de battre la marque de 13 minutes et 55 secondes qui datait de 2005.

Sur le coup de 9h, les deux coureurs et deux «lièvres» ont pris le départ sur le parcours conçu par Richard Chouinard, grand nom de l’athlétisme à l’UL et au Québec. Desgagnés a franchi la distance en 13,58.8 tandis que Philibert Thiboutot a suivi avec un temps de 14,08.5.

«Il manquait un miracle ou de la chance pour battre le record, ce n’est pas un moment précis qui a fait la différence. Je ne sais pas où on aurait pu aller chercher les trois secondes qui manquaient. On cherche une raison où il n’y en a pas vraiment», admettait Desgagnés, ravi d’être approché à moins de quatre secondes du record toujours détenu par le Sherbrookois Paul Morrison.

Desgagnés a cependant réussi le deuxième chrono le plus rapide sur une course de 5 km sur route, faisant glisser au troisième rang celui de 14,04 qui appartenait à son partenaire du jour. Les deux coureurs étaient d’avis que le record tombera lorsqu’ils tenteront à nouveau le coup d’ici les prochaines années.

«Avec deux semaines d’entraînement de plus et en me basant sur ce que j’ai fait [dimanche], je pourrais retrancher 30 secondes à mon temps», pensait Philibert-Thiboutot, qui n’a eu que trois semaines d’entraînement pour se préparer à cette chasse au record.

«On regardait ces records au 5000 m et sur 5 km qui dataient de 15 ans et on les trouvait costauds. On se demandait : seront-ils battus un jour ? Après avoir fini à trois secondes, je me dis qu’il est possible de le battre, il n’y a pas de raison pour que ce record soit encore là dans 10 ans», suggérait Desgagnés.

Sur le coup de 8h55, les deux coureurs et deux «lièvres» ont pris le départ sur le parcours conçu par Richard Chouinard, grand nom de l’athlétisme à l’UL et au Québec.

Les deux coureurs s’entraînent déjà ensemble et ils le feront encore au cours des prochains mois. Malgré quelques années d’écart, ils ont le même parcours. Ils ont tous les deux fréquenté la même école secondaire (Séminaire des pères Maristes), le même cégep (Sainte-Foy) et la même université (Laval). Ils ont tour à tour battu le record d’une course annuelle à leur école secondaire.

«Âge pour âge, il est meilleur que moi. L’aspect mental est important pour se rendre au niveau international, il faut être fort comme le roc et être terre à terre, et je pense que Jean-Simon possède ces qualités. On vient du même milieu, il me fait un peu penser à moi quand j’étais plus jeune, j’ai beaucoup d’espoir pour lui», affirmait l’olympien de 29 ans des Jeux de Rio (2016) dont la prochaine mission est d’obtenir sa sélection pour les Jeux de Tokyo (2021) sur 1500 et 5000 mètres.

«Ça ne donne rien d’avoir une avance à 22 ans si je suis pour être encore au même niveau à 27 ans. Oui, c’est bon de faire un temps de 13,58, aujourd’hui à Québec, mais il faut plus que ça au niveau international», disait avec humilité l’athlète natif de Saint-Ferréol-les-Neiges.

La course

En l’absence d’un peloton et de spectateurs pour les encourager, bien que les quelques-uns présents ceux présents ont fait du bruit, Desgagnés et Philibert-Thiboutot n’ont pas couru aussi rapidement que la vitesse souhaitée lors du premier kilomètre, ce qui a amené le plus expérimenté à augmenter le rythme du 2e au 4e kilomètre. Il a payé le prix de cet effort dans les derniers 800 mètres tandis que le plus jeune avait assez de tonus pour filer devant.

«J’étais confiant de pouvoir battre le record, mais j’avais un peu sous-estimé le parcours. Le faux plat en montant à la fin m’a rentré dans les jambes et je n’ai pas été capable de terminer en force comme je le voulais. J’ai eu trois bonnes semaines d’entraînement, je n’avais pas le momentum de Jean-Simon, qui a couru tout l’été, réalisé des records personnels et qui était à son pic d’entraînement. Je commence à reprendre la forme, je suis quand même satisfait du rythme soutenu que j’avais en mi-course, ça regarde bien. Il n’en manque pas gros pour que ça aille mieux», analysait Philibert-Thiboutot, dont la dernière course officielle remontait à la réalisation du record québécois sur 5000 m en salle à Boston, en décembre dernier.

Malgré quelques années d’écart, Charles Philibert-Thiboutot (à l'avant) et Jean-Simon Desgagnés ont le même parcours. Ils ont tous les deux fréquenté la même école secondaire (Séminaire des pères Maristes), le même cégep (Sainte-Foy) et la même université (Laval). Ils ont tour à tour battu le record d’une course annuelle à leur école secondaire.

«Je dois dire merci à Charles, c’est lui qui a relancé le rythme du 2e au 4e km, je le suivais et je trouvais ça extrêmement difficile. À la fin, ça lui a coûté cher. Dans une journée A+, on aurait fait 13,55, je dirais que c’était une journée A. Il y avait la barrière des 14 minutes, une autre du record de 13,55, mais tout ce qui s’en rapproche, c’est exceptionnel de faire cela», soulignait celui qui espère que les courses de cross country du RSEQ reprendront bientôt. Sinon, il participera à un calendrier civil ou à des courses internes avec le Rouge et Or.

Record ambitieux 

Entraîneur de Charles Philibert-Thiboutot et de l’équipe de cross country du Rouge et Or, Félix-Antoine Lapointe était ravi par la prestation des deux coureurs.

«On savait que c’était un objectif ambitieux, et de s’en rapprocher à 3 secondes, ça prouve que c’était réaliste», notait celui qui est à la tête de l’équipe du Québec.

Il se réjouissait à l’idée de revoir Philibert-Thiboutot en mesure de courir.

«Il fallait le voir comme une occasion de briser la glace. Le simple fait de le revoir sur une ligne de départ, en santé, compétitif, c’est une petite victoire en soi», notait-il à propos de celui qui a eu maille avec les blessures depuis les Jeux olympiques de 2016.

Lapointe pense, lui aussi, que ses deux protégés pourront battre le record du 5 km sur route, éventuellement. «Charles n’était pas à son top, Jean-Simon est encore jeune et il n’est qu’à trois secondes, on va essayer de l’abaisser dans l’avenir.

Normalement, le campus aurait été rempli de coureurs de tous les niveaux et de tous les âges, mais la pandémie a forcé l’annulation à la dernière minute du 10 km de l’Université Laval.

«Dans le contexte actuel, l’université avait plus à perdre qu’à gagner. Je comprends et je suis en accord avec la décision, c’était plus sage de ne pas le tenir. Il était plus sécuritaire de n’avoir que deux coureurs et deux lièvres que 700 personnes sur le parcours… Maintenant, on se croise les doigts pour la décision de lundi du RSEQ. On a tous hâte d’être fixés, on est tanné de l’incertitude», disait-il en parlant des sports d’automne qui connaîtront leur sort, lundi.

Chouinard émotif 

Richard Chouinard était un homme émotif, dimanche matin. Il était content d’avoir fait homologuer le parcours de 5 km, l’an dernier, ce qui a permis cette chasse au record. Il était toutefois peiné de ne pas voir plus de 700 coureurs dans les rues du camp. Il avait surtout une pensée pour Gérard Leclerc, son ami de course à pied et collègue disparu trop rapidement à l’âge de 58 ans, au mois de mars. Samedi, son avis de décès se retrouvait d’ailleurs dans nos pages. Avant la course, Chouinard avait d’ailleurs invité les deux coureurs à s’en inspirer, s’il avait besoin de puiser au fond d’eux-mêmes.

«Charles m’a dit qu’il l’avait fait dans les derniers 500 km. Gérard avait deux passions, l’enseignement des communications et la course à pied. Il était à la fois mon bras droit et mon bras gauche, on faisait tout ensemble. Ça m’a scié les jambes de le voir partir à 58 ans», nous confiait-il.

Pour ce qui est de cette course, il pense que ce n’est qu’une question de temps avant que le record ne tombe. «Je suis certain que si Jean-Simon se reprenait la semaine prochaine, il le battrait, et qu’il irait les trois ou quatre secondes qui lui manquaient», estimait celui qui souhaite la venue d’un vaccin pour que l’événement reprenne ses droits, l’an prochain.