Phillippe Aumont exhibe toute sa satisfaction après avoir mis fin à la huitième manche de la demi-finale des Jeux panaméricains contre Porto Rico en 2015. Avec les buts remplis après deux retraits, il a retiré son dernier frappeur sur des prises pour sortir indemne de sa première impasse du match.
Phillippe Aumont exhibe toute sa satisfaction après avoir mis fin à la huitième manche de la demi-finale des Jeux panaméricains contre Porto Rico en 2015. Avec les buts remplis après deux retraits, il a retiré son dernier frappeur sur des prises pour sortir indemne de sa première impasse du match.

Aumont espère avoir ouvert le chemin

Le baseball majeur rassemble les meilleurs joueurs parmi toutes les puissances au monde.

Pendant un moment, entre 2012 et 2015, Phillippe Aumont a fait partie de ce cercle restreint.

La porte des grandes ligues s’est ouverte au grand droitier de 6’7’’ quand il a été choisi au 11e rang de la première ronde par les Mariners de Seattle en 2007.

Le 23 août 2012, il a réalisé un exploit inédit pour un Gatinois en effectuant sa première présence dans le show. Devant 41 972 spectateurs au Citizens Bank Park de Philadelphie, il est grimpé sur la butte du monticule en huitième manche d’un match contre les Reds de Cincinnati. Les visiteurs menaient 3-2.

Quand l’annonceur maison a prononcé son nom, il avait les jambes molles comme de la guenille.

« J’étais engourdi. Après cinq ans à bûcher dans les ligues mineures, j’étais rendu sur la plus grande scène du baseball. Je ne sentais plus rien. Physiquement, j’étais là. Mentalement, je n’y étais presque pas ! J’avais tellement d’adrénaline que je ne contrôlais presque rien. Mon bras allait plus vite que je pensais qu’il pouvait aller. J’étais sur le pilote automatique. Je ne faisais que lancer la balle. »

Le Gatinois a retiré le premier frappeur sur un roulant à l’arrêt-court. Le deuxième frappeur a cogné un ballon au champ centre. Il a donné une passe gratuite après un compte complet à Miguel Cairo et il a mis fin à la manche en retirant Wilson Valdez sur un amorti-élancé. Sa première sortie venait d’être une réussite. Les Phillies ont marqué un point en fin de huitième manche et ils ont gagné le match 4-3 en manches supplémentaires.

« J’avais besoin que la manche finisse. Il ne manquait que mon relais au premier but. Il y avait plus de 40 000 personnes dans le stade et des millions qui regardaient à la télévision. La pression était en train de monter ! Il y avait de l’adrénaline, mais de l’anxiété aussi. »

Phillippe Aumont a participé à 45 autres matches avec les Phillies au fil des ans. Il a remporté un match avec eux en plus d’en protéger deux autres. En tout, il a lancé 43 manches et deux tiers.

Il y a deux semaines, alors qu’un retour dans les Ligues majeures était à sa portée dans l’organisation des Blue Jays de Toronto, il a fait volte-face en annonçant sa retraite du baseball pour se concentrer sur sa deuxième carrière à l’âge de 31 ans.

« Je ne regrette rien, assure le nouveau serriculteur. Je n’ai peut-être pas eu la carrière projetée en fonction de ma sélection de première ronde, mais au baseball professionnel, l’encadrement est extrêmement important et j’en ai manqué des petits bouts. Il n’y a personne à blâmer. J’ai juste manqué un peu de ressources dans mon développement. J’avais des outils, mais il m’en manquait quelques-uns. Quand même, la Major League Baseball (MLB) réunit les meilleurs dans le monde et pendant un certain temps, j’ai fait partie de ça. J’avais le même uniforme que Ryan Howard et Roy Halladay. Je jouais dans la même ligue que Vladimir Guerrero. Personne ne pourra m’enlever ça. »

Aumont est allé là où personne n’était allé à Gatineau. Avant lui, Yan Lachapelle avait joué pendant quelques saisons dans les filiales des Blue Jays, mais il s’était arrêté au niveau « A fort ».

Le 16 juin 2019, Phillippe Aumont a lancé un match complet où il n’a alloué qu’un coup sûr à Cuba dans une victoire de 5-0 des Champions d’Ottawa. Après le dernier retrait, il a pointé vers le ciel pour honorer son frère Marc, décédé subitement quelques jours plus tôt.

Héritage

Quand on lui demande ce qu’il voudrait que les gens retiennent de ce qu’il a accompli, Aumont hausse les épaules. En véritable « gentil géant », il a fait preuve d’humilité.

« Je n’ai jamais joué au baseball pour la reconnaissance, pour la gloire ou pour devenir célèbre. Je déteste ça. Ce n’est pas moi. Si j’ai pu servir d’inspiration à ceux qui voudraient faire carrière dans le baseball professionnel, tant mieux. J’espère qu’il y en aura d’autres dans la région. Je serai toujours là pour aider. Je l’ai fait. Alors, c’est possible. »

S’il a appris quelque chose dans la jungle qui mène aux grandes ligues, Aumont retient la plus importante leçon de toutes.

« Tu dois bûcher fort dans les ligues mineures pour accéder aux majeures, mais c’est encore plus difficile d’y rester. Le travail acharné dans les mineures te prépare à pouvoir y rester, mais il n’y a qu’un groupe sélect qui y parvient. Je n’ai pas été capable de rester. J’ai peut-être atteint ma limite. Je n’ai pas trouvé le déclic. Je l’avais peut-être cette fois-ci. On ne le saura jamais. »

Équipe Canada

Phillippe Aumont peut être fier de sa feuille de route au baseball professionnel, mais il dit avoir savouré ses meilleurs moments en carrière avec l’équipe nationale du Canada, avec laquelle il a notamment remporté une médaille d’or aux Jeux panaméricains en 2015.

« Mon plus gros fun dans le baseball, ç’a été avec Équipe Canada. J’ai dominé à ce niveau parce que je me sentais à ma place et parce que nous voulions gagner en équipe. Chez les pros, tu dois te battre tous les jours contre tes coéquipiers pour faire ta place. Tu dois être arrogant. Tu dois tasser quelqu’un qui est à côté de toi. Je ne suis pas méchant. C’est comme si tu devais apprendre à pousser quelqu’un devant un autobus sans craindre qu’il se fasse passer dessus. Ton coéquipier a une famille. Tu peux lui faire perdre son job. Je trouvais ça lourd. »

Le Gatinois a aussi eu l’occasion de terminer sa carrière devant les siens avec les Champions d’Ottawa. Sous leurs yeux, il a réussi un match sans point ni coup sûr contre la République dominicaine. Il a aussi blanchi Cuba dans un match complet quelques jours après le décès de son frère, en juin 2019. La même année, il été le lanceur par excellence dans la Ligue Can-Am.

C’est ce qu’on appelle « finir en beauté».