Jeudi, l’ancien du Rouge et Or Antony Auclair était de passage au PEPS pour la première fois depuis plusieurs mois.

Auclair satisfait de sa première saison à Tampa

«Les gars me posaient toutes sortes de questions. Est-ce qu’on a Noël, est-ce qu’on a l’Halloween au Canada? Je répondais que comme on est plus proche du pôle Nord, bien sûr qu’on fête Noël...»

Le choc thermique a été saisissant pour Antony Auclair depuis son retour à Québec. Autant il a eu de la misère à s’acclimater à la chaleur tropicale de Tampa Bay, dès le camp du mois d’août, autant le retour au froid québécois début janvier a surpris l’ailier rapproché des Buccaneers et ancien joueur du Rouge et Or de l’Université Laval.

«J’ai envoyé quelques vidéos à mes coéquipiers et ça ne leur tente pas trop de venir me visiter en ce moment. Peut-être cet été!» s’est exclamé le numéro 82 des Bucs, jeudi matin, en faisant le bilan de sa première saison dans la NFL avec les médias de Québec.

Il retrouvait pour l’occasion les locaux de son alma mater et l’entraînement en salle, lui qui n’avait pas mis les pieds au PEPS depuis plusieurs mois. Pas même dans les trois dernières semaines, même s’il est rentré à la maison peu après le dernier match des Bucs, le 31 décembre. Besoin de s’isoler, de décrocher du foot.

Outre la température floridienne, le Beauceron de 24 ans a dû s’adapter à une multitude de facteurs. Règles du football à quatre essais, nouveau livre de jeux, jeu plus rapide et langue anglaise à manier dans les conversations quotidiennes. «Ç’a été facilité par les joueurs autour de moi, qui sont devenus de bons amis. Au début, ils riaient de mon accent et ça me fâchait, mais c’est une façon de se rapprocher de toi», dit-il.

Le colosse de 6’5” et de 256 livres estime s’en être plus que bien sorti, à la fois dans les vestiaires et sur le terrain. On l’a utilisé dans 8 des 16 matchs de l’équipe, dont les sept derniers, où il a été partant à trois reprises et a capté deux passes pour 25 verges de gains au total.

«Mon premier objectif était de trouver une équipe, ensuite de faire l’équipe, puis de jouer un match et de capter une passe. Faire la NFL est un bon objectif, mais une fois que tu es dans la NFL, c’est quoi l’objectif? Ça s’enchaîne et tu veux toujours en faire plus. Je ne suis jamais satisfait de ce que j’ai et je me fixe d’autres buts. Une saison de 10 à 15 attrapés serait une bonne saison pour moi. Mais je veux aussi aider plus comme leader, être constant dans mes blocs et aider les Bucs à gagner», affirme Auclair.

Pas habitué de perdre

Car les Buccaneers n’ont pas connu les succès escomptés sur le terrain, en 2017. À sa deuxième saison sous l’égide de l’entraîneur-chef Dirk Koetter, l’équipe a montré une fiche déficitaire de 5-11. Sept revers ont été encaissés par un écart d’une possession de ballon, dont quatre de suite en décembre. Quatre défaites sur 11 par un coup de pied, soit trois points.

«J’en parlais avec O.J. On n’est pas habitués de perdre, nous autres», reconnaît Auclair qui, durant ses quatre ans à l’Université Laval, n’a perdu que cinq fois en 44 matchs et soulevé deux Coupes Vanier. O.J. Howard, l’autre ailier rapproché recrue des Bucs, leur premier choix au repêchage en 2017, a aussi gagné un championnat national avec Alabama, au terme de la campagne 2015.

«Malgré les défaites, on a un bon club. Mais tu apprends à connaître tes coéquipiers, là-dedans, tu vois comment ils réagissent. C’est souvent positif, mais ça peut être négatif. Tu essaies de garder les valeurs que tu as apprises à Laval ou à Alabama. C’est difficile de perdre et c’est à ce moment-là que tu vois les meneurs dans l’équipe qui se lèvent et, à la fin de la saison, c’était souvent des recrues», fait valoir celui qui se réjouit d’avoir conclu sur une bonne note avec une victoire contre les Saints.

Objectif zone des buts

À quand son premier touché? À la porte des buts adverses, il y a toujours un jeu dessiné pour une passe au 82. Le ballon n’est juste pas encore venu. Ses collègues de position Howard et Cameron Brate en ont réussi six chacun, cette saison.

«Même qu’une fois, on a fait une passe pour un touché à un joueur de ligne offensive, Leonard Wester. Je suis allé le voir pour lui dire que j’étais content pour lui, mais que j’étais fâché qu’il ait eu un touché avant moi!» rigole Auclair, qui dit s’identifier à un gars comme Wester, sorti d’un programme de troisième division aux États-Unis, Missouri Western State. 

Pour un, Brate aime bien tirer la pipe au Québécois à propos du nom Rouge et Or, soulignant comment il est incongru de nommer un club par rapport à de simples couleurs. Le produit de l’Université Harvard n’est toutefois pas sans savoir qu’aussi prestigieux que puisse s’avérer le Crimson, il s’agit aussi d’une couleur, pourpre, ou plus précisément cramoisi. «On s’écœure avec ça», lâche Auclair, sourire en coin.

S’il avait lui-même beaucoup de misère à s’imaginer disputer un seul match dans la NFL il y a quelques mois, le natif de Notre-Dame-des-Pins détient aujourd’hui toutes les clés de cet univers unique. Son contrat actuel est y encore bon pour deux ans, bien que sans garantie. Le premier retour à Tampa est pour avril.

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UN CV ENRICHI, CROIT CONSTANTIN

Plus que de mériter une place dans l’alignement des Buccaneers de Tampa Bay, Glen Constantin estime que son ex-protégé Antony Auclair s’est fait un nid durable dans la NFL, cette saison.

«Je n’ai jamais vu autant de parties des Buccaneers de ma vie!» lance l’entraîneur-chef du Rouge et Or et coach le plus décoré de l’histoire du football universitaire canadien. Avec Justin Ethier et Mathieu Bertrand, aussi entraîneurs au sein du club de foot de l’Université Laval, Constantin a assisté au point de presse d’Auclair, jeudi, au PEPS.

«Je suis content de le voir jouer et progresser. Au camp, le coach de position est toujours élogieux envers ses joueurs et ç’avait été le cas avec Antony. Mais là, quand tu vois qu’il joue, qu’ils ont confiance en lui, c’est de bon augure», indique Constantin.

De bon augure aussi pour Auclair : le retour à Tampa pour la saison 2018 de l’entraîneur-chef Dirk Koetter, du coordonnateur offensif Todd Monken et de l’entraîneur des ailiers rapprochés Ben Steele. Pas de doute.

Mais Constantin insiste sur le fait que le Beauceron de 24 ans a dorénavant un curriculum vitæ bien garni de huit matchs réguliers dans la NFL plus quatre matchs présaison à montrer aux 31 autres formations du plus important circuit de football au monde, au besoin.

L’entraîneur du Rouge et Or, Glen Constantin, a beaucoup aimé la progression constante d’Antony Auclair à sa première saison dans la NFL, au cours de laquelle il a disputé huit rencontres du calendrier régulier.

«Je parlais avec le gars des Chiefs de Kansas City pendant le camp d’entraînement et il me disait : “On l’a vu jouer, il progresse, il nous aurait aidés.” Les matchs sont distribués partout dans la ligue. Ton CV, c’est ton film! Là, son CV a grandi beaucoup cette année. La meilleure chose pour lui est de rester à Tampa Bay, mais il a eu plus de visibilité et il y a plus d’intéressés», analyse le coach.

Continuer à progresser

Et les gens des Bucs l’ont aussi compris. Tellement qu’ils ont sacrifié un ailier rapproché plus expérimenté que lui en cours de saison à deux reprises, d’abord Alan Cross puis le vétéran de sept saisons Luke Stocker.

«C’est bien de voir qu’il est heureux, mais pas satisfait», affirme Constantin. «Antony peut encore s’améliorer et en est conscient. Dans le sport professionnel, et encore plus dans le football de la NFL, ce n’est pas ce que tu as fait l’an passé qui compte, mais plutôt ce que tu vas faire maintenant et dans le prochain match.

«Il doit prendre confiance en ce qu’il a fait et continuer de progresser et s’améliorer. Il a vu d’autres joueurs se faire retrancher pendant la saison. C’est une business et tant que ta cote est en hausse, tu vas rester. Il a bien saisi tout ça.»

Après s’être rendu à Tampa en août pour assister au camp d’entraînement des Bucs, Constantin est demeuré en contact avec Auclair durant la saison. Un texto d’encouragement par ci, un message de correction pour tel bloc par là.

«J’ai juste eu la vision, il y a cinq ans, de prendre un quart-arrière et de le changer en ailier rapproché. Le reste lui appartient. Ces gars-là sont rares!» insiste Constantin. «Ça ne deviendra jamais notre marque de commerce chez le Rouge et Or d’envoyer des joueurs dans la NFL. Je leur promets juste de jouer du bon football et d’obtenir un diplôme de qualité», termine celui qui disputera cet automne sa 18e saison à la barre du club chouchou de l’UL. Auclair est le premier joueur issu du programme à atteindre la NFL.

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ANTONY AUCLAIR EN QUATRE ESSAIS

1. Préférence aux Eagles

S’il évite de prédire un pointage précis, Antony Auclair aimerait voir les Eagles de Philadelphie gagner le Super Bowl, le 4 février. «C’était mon équipe quand j’étais jeune et je suis content de les voir là», indique celui qui dit s’améliorer comme joueur en regardant les matchs éliminatoires.

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2. Un grand soulagement

Le retour de Dirk Koetter et de son personnel d’entraîneurs à la tête des Bucs pour 2018 lui procure un «énorme soulagement». «Ils m’ont donné ma chance dans la NFL, c’est leur livre de jeux dans lequel j’entre. Ils me connaissent. Devoir changer déjà à ma deuxième année me procurait un petit stress.»

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3. Impressionnant Jordan

Sans hésiter, Antony Auclair nomme Cameron Jordan comme le joueur adverse l’ayant le plus impressionné, à sa première saison dans la NFL. L’ailier défensif de huit saisons des Saints de La Nouvelle-Orléans vient d’être sélectionné pour son troisième Pro Bowl.

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4. Un mot : progression

Antony Auclair résume sa première saison dans la NFL par un mot : progression. «J’ai été patient et les coachs ont aussi été patients avec moi. Il s’agissait d’appliquer en situation de match ce que j’apprenais à l’entraînement. Rendu à la fin de la saison, c’était un autre monde.»