Antony Auclair vivra une saison tout sauf ordinaire avec ses nouveaux coéquipiers des Buccaneers de Tampa Bay, les joueurs-vedettes Tom Brady et Rob Gronkowski.
Antony Auclair vivra une saison tout sauf ordinaire avec ses nouveaux coéquipiers des Buccaneers de Tampa Bay, les joueurs-vedettes Tom Brady et Rob Gronkowski.

Auclair au pays de Brady et «Gronk»

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
L’ancien du Rouge et Or de l’Université Laval Antony Auclair vivra à partir de dimanche une année hors de l’ordinaire à sa quatrième saison avec les Buccaneers de Tampa Bay de la NFL. Son équipe s’est enrichie de deux nouvelles acquisitions ces derniers mois, et pas les moindres : le quart-arrière vedette Tom Brady et le demi-inséré Rob Gronkowski, deux anciens de la dynastie des Patriots de la Nouvelle-Angleterre.

Brady s’amène en Floride avec ses 541 touchés et près de 75 000 verges accumulées en carrière alors que Gronkowski revient au jeu après une saison sabbatique, lui qui a capté 521 passes pour 7861 verges en carrière.

«Je côtoie “Gronk” tous les jours, on joue à la même position, donc on est dans les mêmes locaux. Il amène vraiment beaucoup d’énergie et de positif dans l’équipe», affirme le footballeur de 27 ans à propos de l’ancien des Pats sorti de sa retraite pour rejoindre son ami Brady à Tampa Bay.

Brady, le leader

Quant à celui que plusieurs considèrent comme le meilleur quart-arrière de l’histoire, Auclair est aussi très impressionné par son attitude. «Tom, la première journée, c’est lui qui est venu me voir. Il connaissait déjà mon nom et je trouve que c’est un signe de leadership incroyable. Aussi, il est très cool et comme Gronk, c’est un grand travaillant», poursuit-il.

En plus de ses talents sur le terrain, Gronkowski apporte un certain état d’esprit qui fait grandement diminuer le stress, selon Auclair. «C’est un gars qui fait tout le temps des jokes et ça relaxe les autres. Il n’y a jamais rien qui le dérange. S’il fait un mauvais jeu, il l’oublie rapidement et il passe au prochain. C’est ce qui fait qu’il est performant tout le temps», analyse-t-il.

Un rôle qui change

Mais l’arrivée d’un Gronkowski dans une équipe a également comme effet de chambouler un peu les stratégies et l’utilisation des joueurs déjà présents. Chez les demis-insérés, O.J. Howard et Cameron Brate, premier et deuxième à cette position chez les Bucs l’an dernier, deviennent le deuxième et le troisième alors qu’Auclair, toujours reconnu pour son excellence au niveau des blocs, glisse quatrième.

«C’est sûr que je n’aurai pas exactement le même rôle, ça change ce que je fais un peu. Je crois que je verrai un peu moins de terrain, car on a trois tight-ends qui sont très bons, à un point tel que ce n’est pas du tout comparable avec les autres équipes de la ligue», concède-t-il, réaliste.

Par contre, il continue toujours à tenter de bonifier toutes les facettes de son jeu et la présence d’un joueur comme Gronkowski dans son entourage ne peut que l’aider sur cet aspect.

«J’essaie toujours d’améliorer la façon de courir mes tracés et d’attraper des ballons et je regarde ce que Gronk fait pour se démarquer. Je veux toujours être le plus complet possible. En même temps, mon rôle principal sera encore de bloquer. Je sais que je ne deviendrai jamais un receveur à la Mike Evans», ajoute-t-il en mentionnant son coéquipier qui pourrait rater le premier match de la saison dimanche contre les Saints de La Nouvelle-Orléans.

Aspirations

Choisis par plusieurs pour terminer à l’une des deux premières places de la division Sud de l’Association nationale depuis l’arrivée de Brady et Gronkowski, les Buccanneers semblent se diriger à tout le moins vers leur première saison gagnante depuis qu’Auclair a joint l’équipe en 2017.

Comme ses coéquipiers, le natif de Notre-Dame-des-Pins refuse cependant de se fier aux prédictions. «Peu importe qui en fait partie, le message qui circule dans l’équipe depuis le début est que cette équipe n’a encore rien gagné, qu’il faudra travailler, mettre les efforts pour y arriver.»

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L'INCONNUE DES STADES VIDES

S’il y a un aspect des mesures pour faire face à la pandémie de COVID-19 sur lequel Antony Auclair s’interroge, c’est l’impact des gradins vides sur les parties normalement disputées dans des stades géants remplis de partisans bruyants.

Lors de son entretien avec Le Soleil jeudi, Auclair se préparait à jeter un œil au match entre les Texans de Houston et les Chiefs de Kansas City qui a lancé officiellement la saison 2020 de la NFL.

«Je ne suis normalement pas le genre à suivre tous les matchs de la NFL, car j’aime bien penser à autre chose aussi! Cependant, cette année j’ai bien hâte de voir ce que ça fera de ne pas avoir les fans dans les estrades. Tu sais, on passera de près de 90 000 personnes dans le stade à zéro!», illustre-t-il.

Partisans virtuels

Comme plusieurs, Auclair a entendu dire que les équipes tenteraient de «reproduire» le bruit fait par les partisans, mais ne sait pas encore comment tout ça sera perçu sur le terrain.

«Dans les différentes ligues, ils essaient des choses. Moi, j’aime bien ce que j’ai vu au basketball alors qu’ils mettent des partisans sur [le site de vidéoconférence] Zoom. Mais bon, on ne les entend pas, ces gens-là!»

Également, en l’absence d’un calendrier présaison, les équipes de la NFL ont tenu des camps d’entraînement différents cette année.

«Non seulement on avait plus d’entraînement qu’à l’habitude, mais on avait certaines pratiques live avec des situations de matchs où on se plaquait aussi, quelque chose qu’on ne voit normalement pas à l’entraînement. C’est rare qu’on se plaque et qu’on s’envoie au sol entre coéquipiers.»

Mesures strictes

D’ailleurs, Auclair avoue qu’il ne sait pas beaucoup ce qui se passe à l’extérieur du complexe d’entraînement des Bucs tellement les mesures de sécurité sont strictes autour des joueurs.

«On est vraiment isolés, on n’a pas le droit de faire quoi que ce soit à l’extérieur de l’équipe. On ne peut pas aller au bar ni au restaurant et on a un protocole très sévère à suivre», explique-t-il, indiquant au passage que ces mesures ont permis à la NFL d’éviter jusqu’à maintenant une escalade des cas.

En effet, selon les chiffres fournis par la NFL le 1er septembre, seulement quatre joueurs et six membres du personnel des équipes ont reçu un test positif à la COVID-19 sur 58 621 tests administrés à 2747 joueurs et 5992 membres du personnel.

«Ici, personne n’a attrapé le virus! On se fait tester chaque jour, on doit porter le masque, on a une puce qui vibre quand on s’approche trop de quelqu’un et qui dit aussi avec qui on se tient le plus. Comme ça, si on attrape le virus, ce sera plus facile de savoir qui on a côtoyé», indique Auclair.

Pas de pause

Par ailleurs, l’ancien du Rouge et Or avoue qu’il a considéré la possibilité d’imiter Laurent Duvernay-Tardif et de prendre une pause de football cette saison comme le permet l’entente intervenue entre les joueurs et les propriétaires.

«Oui, j’y ai pensé, car c’est difficile de ne pas voir sa famille du tout pendant presque un an. Je t’avoue que ça me jouait dans la tête, mais, en même temps, je ne me voyais pas quitter l’équipe. Je voulais pouvoir aider les Buccaneers sur le terrain», explique-t-il.

Il est en effet bien difficile pour un joueur comme lui, dont la famille est au Canada, de recevoir des visites de ses proches pendant que la frontière canado-américaine est fermée. «Les autres peuvent avoir des visites si les membres de leurs familles se font tester avant», explique-t-il.

Auclair a déclaré n’être pas du tout surpris du choix de Duvernay-Tardif de prendre une pause après avoir gagné le Super Bowl. «C’est une bonne décision de sa part. Il a vu tout ce qu’il apporte au niveau des CHSLD au Québec, il est médecin et c’est dans ses valeurs de vouloir aider les gens.»

Parlant de Super Bowl, Auclair ne s’avance pas à prédire si ce match habituellement à très grand déploiement sera lui aussi disputé... devant des gradins vides en 2021. 

«On est tous dans le même bateau : on ne connaît pas l’avenir et il peut se passer beaucoup de choses d’ici le 7 février. On le voit au basket, où la NBA disputera une finale sans partisans, et on le voit dans d’autres sports aussi. Ce qui pourrait avantager la NFL, c’est que notre saison se termine plus tard.» Ian Bussières