La combattante Valérie Létourneau était de passage à Ottawa samedi dans le cadre de l’ouverture officielle du nouveau centre d’entraînement Team Bushido.
La combattante Valérie Létourneau était de passage à Ottawa samedi dans le cadre de l’ouverture officielle du nouveau centre d’entraînement Team Bushido.

Arts martiaux mixtes: Valérie Létourneau parle de retraite à Ottawa

Jean-Simon Milette
Jean-Simon Milette
Le Droit
Forte d’une carrière de près de 13 ans, la combattante québécoise d’arts martiaux mixtes (AMM), Valérie Létourneau, se sert maintenant de son talent et de sa renommée pour s'impliquer auprès des jeunes.

Létourneau était de passage dans la capitale, samedi, dans le cadre de l’ouverture officielle du nouveau centre d’entraînement Team Bushido, dans le quartier Nepean, à Ottawa.

Ce nouveau gym d’entraînement d'AMM a été fondé par l’entraîneur ottavien Nabil Khatib, lui-même un ancien combattant en arts martiaux mixtes. Ce dernier a toujours amassé des fonds pour les enfants ayant des besoins spéciaux par le biais d’activités qu’il tient dans ses centres d’entraînements. La soeur de M. Khatib, qui est décédée à l’âge de 19 ans, avait elle-même la trisomie 21. 

«C’est un ami à moi, Anthony Johnson, qui aurait normalement dû être là. Il a eu un contretemps et il ne pouvait pas venir», a confié au Droit la combattante en AMM, Valérie Létourneau. «Je connais Nabil depuis que j’ai 15 ans, on s’est entraîné longtemps ensemble, il m’a littéralement vu grandir à travers ce sport. Quand j’ai appris que c’est son gym qui ouvrait, je n’ai pas hésité à accepter son invitation.»

L’événement de samedi représentait une autre opportunité pour M. Khatib d’amasser des fonds pour cette cause qui lui tient à cœur. Les fonds récoltés lors de l’activité ont été remis à l’organisation des Jeux olympiques spéciaux de l’Ontario.

Six de ces olympiens étaient sur place pour recevoir des précieux conseils de Létourneau. Des séances d’entraînement d’arts martiaux mixtes étaient aussi menées par la combattante présentement classée au 31e rang mondial dans sa catégorie de poids.

«On veut avoir du fun avec eux. On leur montre des trucs, on leur apprend les bases. Moi et Nabil, on leur fait des démonstrations de sparring. L’idée, c’est qu’ils apprennent et qu’ils aient du plaisir à le faire.» 

Pour elle, cette activité se veut une opportunité en or de redonner aux jeunes et d'avoir un impact positif sur leur vie.

«C’est dur pour nos athlètes amateurs en AMM au Canada, c’est sûr que j’aimerais m’investir là-dedans pour essayer de donner de la visibilité au sport. J’ai été la première femme québécoise à devenir pro, donc je me sers de ça pour motiver les jeunes. J’ai aussi commencé à travailler avec des jeunes dans les écoles. Je fais des conférences sur la persévérance et la résilience. Je ne veux pas seulement leur parler d’arts martiaux, je veux les aider à se trouver une passion pour qu’ils croient en leurs rêves.»

«Même si on leur enseigne les arts martiaux mixtes, ça ne veut pas dire qu’ils deviendront des combattants. L’entraînement physique a des bienfaits sur leur vie sociale et familiale. Ça leur permet aussi de mieux se concentrer à l’école. Je sais que les parents sont très occupés, mais c’est important de permettre aux jeunes de faire du sport», conclut-elle.

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La combattante en AMM, Valérie Létourneau

LÉTOURNEAU EN RÉFLEXION

Le dernier combat de Létourneau dans l’octogone remonte à décembre 2018. Incommodée par une blessure à l’épaule depuis plus de 10 ans, elle se doutait bien que sa carrière puisse éventuellement être en péril.

«Durant ce camp d’entraînement-là, je le voyais que l’épaule avait de la misère à suivre. Toute mon équipe le savait. On ajustait les entraînement en conséquence, mais quand c’est rendu qu’il y a à peu près la moitié des entraînements que je ne peux plus faire. J’étais triste, parce que chaque fois que j’allais au gym, je sentais que c’était possible que ce soit la dernière.»

Après avoir consulté un troisième docteur aux cours des dernières semaines, l’athlète montréalaise a dû se rendre à l’évidence que la blessure ne se rétablira jamais à 100%. À 36 ans, elle se voit maintenant confrontée à l’idée de se retirer de la compétition.

«Je n’ai pas d’autre choix que de me retirer. Ce n’est pas de gaieté de cœur, je ne suis pas tannée de le faire. C’est juste que mon corps ne suit plus. Je ne ferme pas la porte, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, mais je pense avoir poussé ma luck au maximum. La douleur se fait ressentir jusque dans mon cou et je ne veux pas me retrouver paralysée non plus.»

Elle cite d’ailleurs l’incident du boxeur montréalais Adonis Stevenson, qui est resté hospitalisé durant plusieurs mois pour traiter un important traumatisme cranio-cérébral subi lors d’un combat, à peine deux semaines avant le dernier passage de Létourneau dans l’octogone.

«Ça m’a beaucoup fait réfléchir, tu ne veux pas te rendre au combat de trop. On en voit de plus en plus au cours des dernières années, des athlètes qui n’ont pas écouté leur corps et qui en ont payé le prix», se remémore-t-elle.