L’arbitre de soccer gatinois, Mathieu Souaré, travaille dans la bulle de la Première Ligue Canadienne depuis deux semaines à Charlottetown.
L’arbitre de soccer gatinois, Mathieu Souaré, travaille dans la bulle de la Première Ligue Canadienne depuis deux semaines à Charlottetown.

Arbitrer dans une bulle

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
Pas de spectateurs, pas de huées. Pas de commentaires désobligeants qui proviennent des gradins.

Fini les « t’es pourri », « t’es aveugle » ou « t’es un vendu » bien sentis d’un amateur éméché ou tout simplement dénué de classe.

Bienvenue dans la vie d’arbitre dans la bulle de la Ligue nationale de hockey (LNH) et de la Première ligue canadienne de soccer (CPL). Deux circuits qui misent chacun en ce moment sur un arbitre gatinois pour leurs parties disputées à huis clos.

Francis Charron, 36 ans, a déjà été affecté à dix parties éliminatoires de la LNH dans la bulle de Toronto. Il était notamment en service mercredi lors du match opposant les Flyers de Philadelphie d’Alain Vigneault et les Islanders de New York de Jean-Gabriel Pageau.

Quant à Mathieu Souaré, 33 ans, il a été l’officiel en chef lors du premier match de l’Atlético d’Ottawa à Charlottetown, qui accueille le tournoi de la CPL. « C’est particulier d’arbitrer dans un environnement où il n’y a aucun partisan. Ça change la dynamique », avoue Souaré, qui se trouve dans la bulle de l’Île-du-Prince-Édouard depuis déjà plus de deux semaines.

« Maintenant, on entend toutes les paroles et réactions qui proviennent du banc des joueurs. Elles sont amplifiées puisque c’est silencieux dans le stade, il n’y a pas de bruit de foule. »

Souaré insiste sur une chose. Ça n’influence en rien ses décisions.

L’entrée protocolaire a changé pour les matches de la CPL. La traditionnelle poignée de main a pris le bord.

Ce que l’arbitre de soccer a trouvé le plus difficile à son arrivée dans la bulle ? Ce n’était pas d’être confiné à certains endroits, dont l’hôtel, mais plutôt de renouer avec l’action sur le terrain.

« Pour moi, ça faisait 10 mois que j’étais inactif. Mon dernier match officiel remontait en septembre. Il faut que tu retrouves tes repères assez vite sur le terrain », note-t-il.

Surtout que Souaré a reçu l’appel de la CPL, une semaine avant le départ vers les Maritimes. Initialement, il ne devait pas être en service pour le tournoi en raison de ses disponibilités, lui qui travaille maintenant à la Ville de Montréal. Ce dernier avait participé à un camp annuel de Soccer Canada en mars, tout juste avant que la pandémie frappe. Il se plaît en ce moment dans cette aventure où il partage son quotidien avec 15 autres officiels canadiens. « C’est sûr que c’est particulier de se retrouver dans une bulle. La seule sortie permise, c’est d’aller au terrain pour nos entraînements ou nos matches qui nous sont assignés, relate-t-il.

«Ça te donne un horaire chargé. Tu n’as pas le temps de t’emmerder. Tu peux aussi bouger même si tu es confiné. Tu as des heures réservées à la piscine. Nous sommes 16 officiels. Veut veut pas, une proximité se crée entre nous. Il y a quand même une bonne ambiance et ça garde tout le monde de bonne humeur.»

Mathieu Souaré fait partie des arbitres du programme de Soccer Canada depuis deux ans. Quant à Charron, il a fêté ses 10 ans de travail dans le circuit Bettman.

Le Gatinois Francis Charron Arbitre LNH Etienne Ranger LeDroit

Ce dernier a effectué ses débuts dans la LNH en avril 2010. Il a franchi le cap des 600 matches en carrière plus tôt dans la semaine.

La LNH ne permet toutefois pas à ses officiels de participer à des entrevues avec les médias depuis la reprise des activités. Elle a décliné la demande du Droit.

«Nous préférons que Francis se concentre sur son travail», a expliqué une porte-parole.

Ce qu’on sait ? La LNH aime le travail de Charron jusqu’ici. Il a formé un duo avec Chris Lee depuis le début des éliminatoires.

Reste à voir s’il sera en service lors des finales de conférence qui seront tenues dans la ville bulle d’Edmonton.

Son travail est suivi par Mathieu Souaré. En fait, les deux arbitres gatinois issus de deux sports différents se connaissent.

«Peut-être que Francis ne s’en souviendra pas, mais on s’est connu via d’autres amis que nous avons en commun. Il était déjà arbitre dans la ligue américaine. Moi, je faisais alors mes débuts au niveau provincial. J’ai continué à suivre son parcours, surtout que l’Outaouais, ce n’est pas gros pour ceux qui se démarquent comme officiel majeur dans le sport professionnel.»

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Mathieu Souaré

LE GARDIEN QUI A PRÉFÉRÉ LE SIFFLET

Avant de prendre à temps plein le sifflet d’arbitre, Mathieu Souaré s’avérait un des plus beaux espoirs de l’Outaouais devant le filet.

Le gardien aux racines sénégalaises et québécoises a grandi à Hull. Il a étudié à l’école secondaire de l’Île.

Sur le gazon, il a brillé dans l’uniforme du FC Outaouais, dont l’édition 2002 chez les U15 avait surpris en remportant le championnat de la Ligue de soccer élite du Québec (LSEQ).

« J’ai gravi les échelons comme joueur au niveau national. J’ai fait partie de la sélection canadienne. J’ai intégré le programme national de 2002 à 2006. Je m’entraînais au centre national de haute performance à Montréal. »

Le Canada l’a même amené avec lui en Europe, plus précisément en Autriche et en Slovaquie, au printemps 2003, au sein de la formation des moins de 16 ans. L’Impact de Montréal l’avait invité à quelques-unes de ses séances d’entraînement à l’époque.

En parallèle, Souaré arbitrait « ici et là ».

« J’avais commencé autour de l’âge de 12 ans. Ça sonne un peu cliché, mais c’était une belle façon de faire un peu d’argent sur le côté », se rappelle-t-il.

« J’ai essayé le coaching un peu, mais ce n’était pas ma branche. »

En 2017, Souaré était fêté lors du Tapis rouge du soccer québécois. Il avait été choisi arbitre par excellence dans la Première Ligue de soccer du Québec.

L’année suivante, Soccer Canada l’a recruté. Il a effectué ses débuts à la Place TD lors d’un match de la USL opposant le Fury au Red Bull de New York II.

« C’était vraiment différent de faire un match au stade Mont-Bleu ou au parc du Ruisseau, lance-t-il.

«C’était gratifiant d’atteindre ce niveau. Je me souviens d’avoir donné un carton rouge durant ce premier match professionnel.»

Mathieu Souaré aimerait éventuellement faire le saut dans la MLS et travailler lors de parties internationales. Il a une pensée pour ses parents Monique et Seny.

«Ils ont toujours soutenu ma sœur (Anabel) et moi au soccer. Ils étaient très impliqués dans l’Association de soccer de Hull comme bénévoles. Ils prenaient les commandes pour les uniformes. Je me souviens de passer des journées avec mes parents aux Galeries de Hull pour ramasser des inscriptions. Mon père a aussi été entraîneur.»