Le Dr Alexis Turgeon a comparé l’état du cerveau du boxeur Adonis Stevenson à celui d’un grave accidenté de la route.

Adonis Stevenson va s'en sortir, mais pas sans séquelles [VIDÉO]

Adonis Stevenson devrait s’en sortir, mais pas sans séquelles.

Voilà un résumé de ce qu’a dit le Dr Alexis Turgeon, mercredi midi, dans son point de presse sur l’état de santé de l’illustre boxeur. Quatre jours que l’ancien champion du monde survit dans un coma artificiel ou «sous sédation contrôlée» à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec, à la suite d’un knock-out subi samedi soir au Centre Vidéotron.

«Je pense qu’il va se sortir de ça. En médecine, on n’a jamais de certitudes à 100%, mais il a beaucoup plus de chances de s’en sortir [que de mourir]», a affirmé le médecin traitant de Stevenson, qui est spécialiste en soins intensifs et anesthésiologiste.

«Mais il a subi un traumatisme crâniocérébral grave et la majorité des gens s’en sortent avec des séquelles. Il est difficile d’avoir une idée de son pronostic pour le moment, mais il est fort possible qu’ils aient des séquelles de tout ça», admet le Dr Turgeon, répétant ensuite qu’il s’avérait «peu probable» que Stevenson s’en sorte sans répercussions sur sa santé.

Le spectre des possibilités s’ouvre alors sur une panoplie de conséquences envisageables. «Avoir des problèmes de maux de tête ou de fatigue toute sa vie, ça fait partie des séquelles possibles. Des séquelles, ça ne veut pas nécessairement dire être un état catastrophique. Mais un traumatisme crâniocérébral grave ne peut pas exclure ça non plus. Ce n’est pas : tu as un problème ou tu ne l’as pas. C’est un éventail de possibilités.»

Opéré dans la nuit de samedi à dimanche par la Dre Tina Thomas, afin de retirer de l’intérieur du crâne un épanchement de sang pour réduire la trop forte pression sur le cerveau, Stevenson repose maintenant encore dans un état «critique», mais «stable».

«Son état nécessite une assistance respiratoire mécanique, une sédation profonde et un monitoring neurologique spécialisé», a énuméré le Dr Turgeon durant sa conférence de presse tenue à la demande des proches du boxeur.

«Phase critique» bientôt terminée

«On arrive à la fin de la phase la plus critique» qui, «on l’espère, sera terminée d’ici la fin de la semaine», poursuit le médecin, qui était lui-même de garde à l’unité des soins intensifs dans la nuit de mardi à mercredi.

Les premiers jours après un tel traumatisme, le personnel médical s’affaire à prévenir l’apparition de lésions additionnelles au cerveau. C’est ce qui occupe l’équipe des soins intensifs de l’Enfant-Jésus depuis l’admission de Stevenson.

«Je ne peux pas vous dire : “On fera ci dans deux jours, ça dans trois jours”. On surveille un ensemble de paramètres et quand on sera satisfait de sa condition, lorsque l’état clinique s’améliore, on peut commencer à diminuer sa médication.

«Il est beaucoup trop tôt pour émettre un pronostic à court, moyen ou long terme, poursuit-il. Et ce qui compte, ce n’est pas d’avoir un pronostic dans deux semaines. L’important, c’est le pronostic dans six mois et dans un an.»

Dr Turgeon assure voir des points encourageants. «Mais quand une personne est sous sédation, on contrôle un peu l’environnement. Quand on sera rendu à sortir de tout ça, c’est là qu’on sera en mesure d’évaluer son état d’ensemble», prévoit-il.

Pas de facteurs aggravants

Sans avoir exploré ce volet en détail, le médecin affirme que l’athlète de 41 ans avait jusqu’à samedi «un cerveau en santé. S’il avait eu quelque chose de très majeur, on l’aurait vu. C’est un jeune, un homme en bonne santé, choses qui peuvent aider dans une situation comme celle-là. Je ne pense pas qu’il ait de facteurs aggravants», indique-t-il.

Le Dr Turgeon compare néanmoins l’état du cerveau d’Adonis Stevenson à celui d’un grave accidenté de la route, l’Enfant-Jésus étant le centre de traumatologie pour tout l’est du Québec. Tous les gros traumatisés crâniocérébraux aboutissent là.

«Une personne qui fait un accident de la route à haute vélocité peut avoir le même type de traumatisme crâniocérébral», compare-t-il, précisant plus d’une fois que pour une même blessure, la réaction du corps et les conséquences s’avèrent différentes pour chaque personne.

«On en a vu des cas comme celui-ci. J’ai aussi vu bien pire dans ma pratique. Mais chaque situation est unique», a-t-il résumé.

Et la possibilité de revoir un jour Stevenson dans un ring de boxe? «Je pense que c’était déjà terminé pour lui», conclut Dr Turgeon.

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«ON N'AIME PAS LE MOT COMA»

Mieux connue et comprise en général, l’expression «coma artificiel» n’est plus utilisée dans le monde médical. «On n’aime pas le mot coma. Ça donne l’impression d’un commutateur qui s’allume et se referme», affirme le DAlexis Turgeon, médecin traitant d’Adonis Stevenson à l’unité des soins intensifs de l’hôpital de l’Enfant-Jésus. «L’état de conscience, c’est un spectre qui part de l’éveil complet jusqu’à un état complètement de non-réponse. Avec tous les traitements qu’on lui donne, une personne ne pourrait pas tolérer tout ça sans sédation ou médication très profonde. La sédation permet de diminuer la consommation d’oxygène du cerveau et de mieux contrôler certains paramètres dans le cerveau qui permettent de prévenir les lésions cérébrales secondaires», explique ce spécialiste des soins intensifs et anesthésiologiste.  

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MIEUX À QUÉBEC QU'À MONTRÉAL

Médecin traitant d’Adonis Stevenson, le DAlexis Turgeon est d’avis que le boxeur est mieux à Québec qu’à Montréal. «Pas parce que c’est Montréal, comprenez-moi bien. Mais parce que c’est là qu’habitent toute sa famille et sa communauté. Les proches sont plus tranquilles ici, ils sont moins nombreux et subissent moins de pression que s’il était hospitalisé où il vit», indique-t-il, ajoutant qu’il serait de toute façon impensable de transférer un traumatisé crâniocérébral grave comme Stevenson.  

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INFORMATION «INEXACTE»

Le service des communications du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec qualifie d’«inexacte» l’information diffusée mercredi matin par le chroniqueur Réjean Tremblay à la radio selon qui Adonis Stevenson serait paralysé du côté droit. Le Dr Alexis Turgeon, médecin traitant du boxeur, en a par ailleurs appelé les médias «à une grande prudence dans la diffusion d’informations médicales ne provenant pas d’une source médicale officielle. Il se dit des choses partout, surtout sur les réseaux sociaux. Et les gens accrochent souvent sur un mot. Puis la famille lit ça et nous arrive avec ça. Mais on leur dit la même chose qu’à vous aujourd’hui. Il est beaucoup trop tôt pour émettre un pronostic à court, moyen ou long terme dans le cas de monsieur Stevenson.»