La Coupe Ryder fonctionne avec un modèle économique particulier qui laisse peu d’argent aux joueurs et à l’organisation, contrairement au modèle américain où tout est centré sur les commandites.

À qui profite la Coupe Ryder?

SAINT-QUENTIN-EN-YVELINES — Pas d’argent pour les joueurs, ni pour la Fédération française de golf (FFG), mais beaucoup pour le promoteur et les détenteurs de droits : la Ryder Cup, dont l’édition 2018 vient de s’achever dimanche, fonctionne avec un modèle économique bien particulier.

Pour l’European Tour (EPGA), qui cultive une certaine opacité sur les questions financières, l’évènement biennal, qui a lieu en alternance aux États-Unis et sur le Vieux Continent, est le pilier financier sur lequel repose notamment la vingtaine de tournois de son circuit principal.

Les bénéfices issus de l’organisation d’une Coupe Ryder en Europe – espérés par les organisateurs à une quarantaine de millions d’euros pour l’édition 2018 – sont répartis comme suit : « 60 % pour l’European Tour, 20 % pour le PGA de Grande-Bretagne et d’Irlande et 20 % pour les autres PGA d’Europe », précise un porte-parole de l’EPGA.

L’argent de la Coupe Ryder est essentiel pour le Tour européen puisque, contrairement à son homologue américain, ses commanditaires sont moins généreux dans leurs dotations. « Une édition aux États-Unis les maintient juste à flot, et les années sans Coupe Ryder sont déficitaires », explique un directeur de tournoi.

En 2010, la Coupe Ryder au pays de Galles a assuré à l’EPGA un bénéfice avant impôts de presque 30 millions $, mais l’année suivante, l’organisme à but non lucratif est passé dans le rouge, d’environ 4,5 millions $. Dans ces conditions, il n’y a pas de petites économies.

L’EPGA s’appuie sur des centaines de bénévoles, qui paient leur déplacement et leur hébergement pour le plaisir d’approcher les vedettes de la petite balle blanche.

Produits dérivés

« Notre seule compensation, c’est la nourriture et elle est infecte ici », regrettait dimanche lors de la Coupe Ryder 2018 une volontaire danoise, déjà présente à l’épreuve de golf de Rio 2016.

Un avis unanimement partagé, qui trouve son explication dans le recours, sur tout le site du Golf National, à des entreprises de restauration britanniques par l’EPGA, désireux de garder la haute main sur tout, prises électriques comprises.

Par ailleurs, 4750 m2 au total étaient dédiés aux produits dérivés, soit 35 % de plus qu’en 2014.

« Avec le temps très froid le matin, on a vendu plus de survêtements (à 240 $) que de T-shirts (à 75 $) », explique Laura, une vendeuse.

Énormément de fans optent pour une casquette, moyen de montrer ensuite dans son club qu’on a été de la fête.

Pour l’édition 2018, les estimations prévoient des retombées économiques directes de l’ordre de 230 millions $ et indirectes à hauteur de 335 millions $.

« La Coupe Ryder, c’est aussi le choc entre les deux plus grandes puissances économiques mondiales », souligne Jean-Michel Fourgous, président de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines.

L’occasion pour cet ensemble de communes, partie prenante du réseau d’entreprises Paris-Saclay, de développer à l’international son rayonnement et son attractivité.

« SQY » disposait de son espace dans les immenses loges construites pour la Coupe Ryder.

Le golf est un sport associé aux affaires, et de nombreux contacts  se sont noués, ou signés, cette semaine à Saint-Quentin-en-Yvelines.

Il y avait quatre partenaires officiels principaux pour cette première en France : l’horloger Rolex, la compagnie aérienne Emirates, le constructeur automobile BMW et le groupe financier Aberdeen Standard.

Moins de candidats en Europe

Pour la photo d’équipe, les joueurs commandités par Omega ont toutefois obtenu de garder leur montre.

Comme la billeterie, les droits TV sont essentiels. À ce sujet, la chaîne américaine NBC a provoqué l’ire de ses téléspectateurs en abusant des annonces ce week-end.

Du côté des joueurs, logés au luxueux hôtel Trianon de Versailles, on est officiellement là seulement pour la gloire.

Lors d’une édition à domicile, chaque joueur américain reçoit 200 000 $, redistribués ensuite à parts égales entre un organisme caritatif de leur choix et un programme de développement du golf.

Pour les capitaines, pas de rémunération non plus, mais ce poste peut rapporter environ un million d’euros au gagnant. Jim Furyk et Thomas Björn auraient touché 75 000 $ chacun pour apparaître dans une annonce pour Aberdeen Standard. Les heureux élus donnent aussi des conférences très bien rémunérées, certaines durant la semaine de la Coupe Ryder.

Quant à la FFG, elle espère rentrer dans ses frais. Elle a augmenté le prix des licences (4 $ en plus pendant 13 ans) et fait appel à 16 sociétés et à des subventions publiques pour financer son budget d’organisation de 62 millions $.

Les conditions draconiennes imposées par l’EPGA font qu’en Europe les candidats se bousculent moins alors qu’aux États-Unis l’édition 2032 est déjà prévue à San Francisco.

Ainsi, c’est grâce à une riche famille italienne, qui prend en charge l’essentiel des 235 millions $ de dépenses, que Rome accueillera pour la première fois la Coupe Ryder dans quatre ans.