Serena Williams n’a joué qu’un seul match depuis un an, qu’elle a perdu au tournoi d’Abou Dhabi en décembre dernier face à la Lettone Jelena Ostapenko.

À 36 ans, Serena Williams peut-elle revenir au sommet?

PARIS — Serena Williams doit reprendre la raquette cette fin de semaine lors de la Coupe Fed après une année sans compétition pour donner naissance à son premier enfant. À 36 ans, a-t-elle les moyens de tutoyer de nouveau les sommets? Éléments de réponse avec son entraîneur Patrick Mouratoglou et Stéphanie Nguyen, médecin de l’équipe de France féminine de tennis.

Comment a été sa préparation?

Les complications survenues le lendemain de la naissance de sa fille Alexis Olympia, née le 1er septembre, ont ralenti la reprise de l’ex-no 1 mondiale. Difficultés respiratoires en raison de la présence de caillots de sang dans les poumons, cicatrice de césarienne rouverte, puis six semaines alitée : c’est ce qu’elle avait enduré, selon ses explications au magazine Vogue, en janvier. Elle n’a donc pu reprendre le sport qu’en novembre. «Elle a fait un travail de remise en forme progressif par paliers. Le tennis a été repris immédiatement, mais à très petites doses et sans déplacements dans un premier temps», détaille Mouratoglou. En parallèle, elle a suivi «un programme de préparation physique complet» adapté au contexte.

À quel niveau se situe-t-elle?

«C’est une excellente question», répond son entraîneur, qui ne l’a pas vu à l’œuvre et ne la rejoindra que «d’ici une semaine pour effectuer un bloc d’entraînement en vue des tournois d’Indian Wells et de Miami» (7 au 31 mars). Elle a déjà rejoué depuis son accouchement, mais dans le cadre d’un match au tournoi de démonstration, fin décembre à Abou Dhabi, contre la Lettone Jelena Ostapenko. Battue en deux sets par la championne de Roland-­Garros, Williams s’était rassurée sur son niveau, mais sa forme était loin d’être optimale. «Elle ne sera pas forcément à 100 % de ses capacités physiques. Mais si le suivi a été très pointu, elle peut être à 80 ou 90 %», estime Stéphanie Nguyen.

Pourquoi la Coupe Fed?

L’Américaine n’a plus joué dans ce tournoi par équipes depuis 2015, un match de barrage remporté face à l’Italie. Après le titre glané en 1999, l’année de ses débuts dans la compétition, la Coupe Fed n’a plus guère fait partie de ses priorités. Elle n’a ainsi participé qu’à cinq des 18 dernières campagnes. «En 2018, compte tenu du contexte, s’aligner en Coupe Fed fait plus de sens», commente son entraîneur. «C’est une occasion de se retrouver dans une super ambiance avec les autres joueuses américaines, de s’entraîner avec elles, de faire des matchs d’entraînement, et éventuellement d’être alignée en simple ou en double en fonction de son état de forme.»

Le record de Margaret Court

Il ne manque que deux titres majeurs à l’Américaine pour dépasser l’Australienne (24). Possible après un accouchement? Court, elle-même, en avait gagné trois en 1973 après une naissance, tout comme la Belge Kim Clijsters, dans un passé bien plus récent. L’Australienne Evonne Goolagong avait gagné Wimbledon en 1980. Mais elles avaient toutes plusieurs années de moins que Serena Williams, qui fêtera ses 37 ans en septembre. L’âge n’est pas un handicap, selon son entraîneur. «Ses seules limites sont une éventuelle lassitude un jour, le jour où elle décidera que c’est le moment de tirer sa révérence», estime-t-il. «Psychologiquement, un accouchement peut rendre une sportive plus forte», fait remarquer Stéphanie Nguyen, qui a suivi des mamans judokates. «Avec les moyens dont dispose Serena Williams et son mental de championne, cela me paraît tout à fait envisageable qu’elle rejoue à son meilleur niveau.»