Lundi matin, André Tourigny avait reçu 66 textos, 42 messages sur Facebook et 20 autres sur Messenger qu’il n’avait pas pris la peine d’ouvrir parce qu’il n’avait pas encore le cœur d’y répondre.

Tourigny encore sous le choc de la défaite des 67's

Moins de 18 heures après l’élimination des 67’s d’Ottawa, André Tourigny et son adjoint Mario Duhamel étaient de retour à la Place TD lundi matin.

Les lieux étaient déserts. Les joueurs avaient obtenu congé pour décompresser et se remettre de leurs émotions. Les champions du trophée Bobby-Orr viendront vider leurs casiers mercredi.

Seuls dans le bureau des entraîneurs, les deux amis étaient encore sous le choc et la plaie encore trop vive pour identifier la cause d’un échec qui semblait improbable sept jours plus tôt avec une avance de 2-0 dans la finale de la Ligue de l’Ontario (LHO).

« Je n’ai pas de réponse encore, a avancé Tourigny, déboussolé. À part le troisième match, je n’ai pas trouvé que nous avons mal joué. C’est juste que Guelph était encore meilleur que nous... À 2-0 dimanche, nous avons raté deux filets ouverts. Puis, les officiels ont manqué un dégagement, qui a fini par nous coûter une punition. Le Storm a compté là-dessus. Ça commençait à faire plusieurs choses qui ne tournaient pas en notre faveur, puis quand le vent s’est levé, il poussait de l’autre bord. C’est dur de l’arrêter dans ce temps-là... »

Plus expérimenté avec 15 joueurs qui ont participé à des camps de la LNH, dont cinq qui ont participé au dernier Championnat mondial junior (CMJ), le Storm de Guelph n’a jamais bronché après avoir perdu les deux premiers duels de la finale. Pourquoi aurait-il abdiqué ? Gros acheteur à la date limite des transactions, il avait pris le huitième rang du classement général de la LHO derrière Sudbury (7e) et Oshawa (6e), deux clubs que les 67’s avaient balayés, mais il venait de compléter des remontées spectaculaires contre London (2e) et Saginaw (3e).

Il reste que pendant trois rondes et demie, les 67’s ont donné l’impression d’avoir un club invincible. Ils avaient percé les deux meilleurs gardiens de la ligue en Ukko-Pekka Luukkonen et Kyle Keyser. Chez le Storm, Anthony Popovich ne jouissait pas du même statut. Pourtant, les 67’s n’ont pas su en profiter. Serait-ce la blessure de Michael DiPietro qui a fait basculer la série ?

André Tourigny n’était pas prêt à aller jusque-là.

« Chez nous, tout le monde savait que Mikey était un excellent gardien, mais nous avions la même confiance envers Cédrick Andrée. La différence, c’est que Mikey pouvait jouer dans la tête des meilleurs joueurs du Storm qui ont joué avec lui au CMJ. Pour eux, juste sa réputation était intimidante. Contre lui, ils hésitaient à prendre des tirs. Ils attendaient d’avoir l’occasion parfaite. Cédrick a été nerveux à ses deux premiers matches à Guelph, mais il a été bon dans les cinquième et sixième matches. Il n’est nullement responsable de notre dégringolade. »

Au-delà du talent, de l’expérience et de l’imposante présence physique du Storm, Tourigny finit par dire que l’incapacité de son club à freiner le premier trio de Nick Suzuki, Isaac Ratcliffe et MacKenzie Entwistle a couru à sa perte.

« Nous n’avons pas été capables d’arrêter leur grosse ligne. Même en jouant bien contre ce trio, nous n’arrivions pas à aller chercher du momentum. Chaque fois que nous faisions un ou deux pas de l’avant contre eux, ils nous faisaient faire un pas en arrière pour couper tout le momentum acquis. »

Comme en 2008 où ses Huskies de Rouyn-Noranda avaient perdu en finale contre les Olympiques de Gatineau après avoir balayé leurs trois premières séries, Tourigny a encore été victime du joueur le plus utile des séries. En 2008, c’était Claude Giroux. En 2019, ce fut Nick Suzuki. Mais les comparaisons s’arrêtent là pour Tourigny.

« En 2008, nous avions gagné 12 matches de suite sans vraiment bien jouer. Nous avions des failles. Cette année, nous avions bien joué pour atteindre la finale. Et Claude Giroux était encore meilleur que Suzuki. Il faisait réellement la différence à lui seul. Suzuki, quand nous arrivions à l’arrêter, d’autres prenaient le relais. »

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ROSSI A LE POTENTIEL D'IMITER SUZUKI

Contrairement aux IceDogs du Niagara, qui a tout vendu pour miser sur un championnat en 2019, le Storm de Guelph a gagné son pari.

Le Storm a aussi été très agressif en hypothéquant son avenir pour ajouter sept joueurs d’élite à sa formation dans l’espoir de vivre son moment de gloire ce printemps, mais il devra en payer le prix lors de la saison 2019-20 qui s’annonce difficile avec au moins 12 joueurs qui auront terminé leur stage junior.

Guelph avait été construit pour gagner maintenant. Chez les 67’s, le modèle n’est pas le même. Leur philosophie sera d’avoir un club compétitif chaque année comme à l’époque de Brian Kilrea.

Prudents, ils n’ont fait qu’ajouter Kyle Maksimovich, Lucas Chiodo et Michael DiPietro par la voie des transactions. Et malgré la vive déception actuelle, l’avenir reste prometteur puisque trois quarts de l’équipe finaliste sera de retour l’an prochain.

Parmi ceux-ci, Kevin Bahl pourrait bien remplacer Nick Suzuki à titre du joueur le plus utile des séries en 2020. Marco Rossi pourrait aussi l’être en 2020 ou encore en 2021 selon Tourigny.

« Nous venons de perdre de très gros morceaux, mais nous avons des éléments à l’interne pour prendre le relais. Un gars comme Kevin Bahl fera partie des cinq ou six meilleurs défenseurs de la ligue l’an prochain. Nous l’avons manqué au début de la finale et il a été excellent même en jouant sur une seule jambe (blessure à un genou). Marco Rossi était sur notre premier trio (22 points en 17 matches) et il n’avait que 17 ans. Il y a aussi Austen Keating qui est un joueur sous-estimé et qui est bon dans tout. »

Graeme Clarke, Jack Quinn et Samuel Bitten prendront aussi plus de place la saison prochaine tout comme Cameron Tolnai, un joueur de 16 ans qui a disputé seulement quatre matches des séries.

« Tolnai était notre 13e attaquant, mais il va jouer 20 minutes par match l’an prochain. Parfois, il faut apprendre à perdre avant d’apprendre à gagner. L’expérience que nous venons de vivre est inestimable pour nos joueurs qui seront de retour. À part Maksimovich et Chiodo, nos autres joueurs n’avaient jamais gagné une série en carrière. Cette saison, nos jeunes ont aussi appris à côtoyer de futurs joueurs de la LNH. »

Tye Felhaber et Sasha Chmelevski ont les meilleures chances de patiner dans le circuit Bettman dans un avenir rapproché.

Champions de la saison régulière et champions de la conférence de l’Est dans les séries, les 67’s ont ramené l’enthousiasme chez leurs partisans à la Place TD en 2018-19. Ceux-ci devraient être bien servis à nouveau la saison prochaine.