L'actualité sous la plume de Bado

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Bado

Pierre Jury

Brown part bien

ÉDITORIAL / Le Parti conservateur de l’Ontario a dévoilé son programme électoral, en fin de semaine, se dotant ainsi d’un outil essentiel pour convaincre les électeurs de ce qu’ils sont et surtout, ce qu’ils ne sont pas.

Ce très bon départ garantit en quelque sorte que les conservateurs éviteront les deux fiascos subis sous Tim Hudak. En 2011 et en 2014, les cafouillages du chef ont gaspillé des avances considérables, les deux fois au profit du Parti libéral. Patrick Brown ne doit pas tolérer une troisième déconfiture du genre et la meilleure manière de la prévenir était d’offrir tout de go un programme sensé et raisonnable aux Ontariens. Ce qu’il vient de faire.

Un adage en politique affirme que si un candidat ne définit pas son champ d’action, ses adversaires le feront pour lui.

M. Brown dirige justement un parti qui a eu de la difficulté à se définir après la Révolution du bon sens proposée par Mike Harris. Mais cela fait plus de 20 ans et il est temps pour les conservateurs de tourner la page et de présenter un nouveau visage qui n’est pas en réaction à M. Harris, mais qui offre une réponse aux Ontariens pour 2018 et au-delà.

Le Parti conservateur sous Patrick Brown fait exactement cela avec cinq mesures principales : une réduction de 22,5 % de l’impôt sur le revenu de la classe moyenne, un remboursement de 75 % des dépenses pour la garde d’enfants, une baisse supplémentaire de 12 % de la facture d’électricité, 1,9 milliard $ en investissements en santé mentale et une Loi sur la confiance, l’intégrité et la reddition de comptes. 

Baisser les impôts est le pain et le beurre de la pensée conservatrice : cela envoie le signal aux électeurs qu’ils en auront davantage dans leurs poches. Ce sera particulièrement le cas pour les familles confrontées à des tarifs de garde astronomiques. La facture d’électricité a irrité bien des Ontariens ; les Bleus ne pouvaient demeurer muets à ce chapitre même si Kathleen Wynne a déjà fait un gros bout du chemin. Les libéraux sont vulnérables sur le plan de l’intégrité avec deux procès largement médiatisés ; leurs adversaires sentent cette vulnérabilité même si le résultat pourrait disculper les libéraux. 

La plus étonnante des propositions, sur la santé mentale, est aussi la plus faible au plan politique. Patrick Brown devra bien l’expliquer. Comme il devra aussi courtiser les Franco-Ontariens avec quelques engagements... qui pourraient n’être que de poursuivre la création de l’Université de l’Ontario français et la relance de l’immigration francophone.

Pendant que l’opinion publique parlera de ses idées, l’attention se détournera des faiblesses conservatrices, notamment un caucus divisé sur des enjeux fondamentaux pour des gens de la droite comme les cours d’éducation sexuelle et l’avortement. On dit d’ailleurs que le principal obstacle aux conservateurs réside au sein du parti lui-même...

Patrick Brown a une occasion historique de reprendre le pouvoir en Ontario après 14 années de régime libéral. Ces propositions lui serviront de gouvernail. Elles lui éviteront de s’écarter de la route comme M. Hudak avant lui. C’est parce qu’il ne savait pas vraiment où aller qu’il a lancé des idées mal conçues comme l’élimination de 100 000 emplois de fonctionnaires, en 2014. Cela a convaincu les Ontariens qu’il n’était pas prêt à gouverner.

En 2018, les libéraux sont vulnérables et Kathleen Wynne, malgré son empathie, n’est pas une chef d’État inspirante. Elle propose malgré tout un programme ambitieux, résolument de centre-gauche. 

Patrick Brown cible plus le centre que la droite traditionnelle de son parti, et des voix lui reprochent déjà. Mais ses cinq idées maîtresses sont faciles à résumer et à concrétiser. S’il maintient le cap et ne cafouille pas, ce jeune chef a de bonnes chances d’hériter du pouvoir en Ontario. 

Pierre Jury

Qui s’inquiète des médias fragilisés?

ÉDITORIAL / Le paysage médiatique canadien a subi un choc, hier, alors que deux des grands groupes de presse de l’Ontario se sont échangé 30 journaux... pour aussitôt mettre la clef dans la porte.

Postmedia, propriétaire du Ottawa Citizen, entre autres, a acquis 22 hebdomadaires et annoncé la fin de 21 d’entre eux, plus la fermeture des quotidiens gratuits Metro Ottawa et Metro Winnipeg.

Torstar, propriétaire du Toronto Star, a pour sa part fermé trois des quatre quotidiens régionaux reçus de Postmedia, et huit hebdos. En plus, Torstar a annoncé la fin des gratuits 24 H Toronto et 24 H Vancouver.

Ce n’était pas une vente. La transaction n’incluait aucun transfert d’argent ou d’actions. 

En fait, les deux empires médiatiques ont simplement éliminé la compétition dans deux marchés. Dans la région de la capitale, cela signifie la fin de plusieurs hebdomadaires avec une longue tradition locale à Kanata, Orléans, Nepean, etc. Cela permet à Postmedia d’éliminer des journaux qui venaient gruger son marché publicitaire au profit de son compétiteur Torstar.

Cet échange permet à Torstar de faire de même autour de Toronto.

Une transaction gagnant-gagnant pour les deux compétiteurs. Mais perdant-perdant pour les quelque 300 employés des quelque 30 médias touchés, et pour l’information locale qui perd autant de voix dans ces communautés.

Mais c’est un air connu.

Le Québec a vécu de semblables bouleversements alors que le groupe Transcontinental a acquis 74 hebdomadaires de Québecor en 2013, pour en fermer 20 peu après et en revendre à la pièce depuis 2015. 

Le paysage des médias est en profonde métamorphose depuis l’émergence des médias sociaux et des informations en ligne. La population n’a plus le même appétit pour les journaux traditionnels. Cette désaffection touche télévisions, magazines, quotidiens et hebdos, à des niveaux et des vitesses différents. Parallèlement, les Google et autres Facebook ont accaparé l’essentiel des revenus publicitaires en ligne, fragilisant davantage les « vieux » médias. 

Mais disons que l’odieux de cette transaction Postmedia-Torstar est particulièrement frappant.

Plusieurs petits hebdomadaires n’étaient que des véhicules publicitaires, avec très peu de journalistes ou d’information locale. On ne pourra dans ces cas constater un déficit démocratique mesurable. Mais l’effet combiné de toutes ces fermetures et de ces réductions d’effectifs ne pointe que dans une seule et même direction : l’anéantissement à petit feu de nombreuses voix qui permettent au citoyen de s’informer sur son milieu. Depuis 10 ans, plus de 200 médias ont disparu à travers le pays, estimé la Ryerson School of Journalism.

Tant que ce ne sont que des médias locaux, les gouvernements ne s’en préoccupent pas. Le Québec et l’Ontario expriment des regrets, mais tardent à mettre en place des moyens de ralentir cette érosion. Comme si personne n’arrivait à trouver une voie pour le faire, tandis que les médias sont frileux de voir leur indépendance d’esprit questionnée par des aides gouvernementales qui sont pourtant courantes en Europe, par exemple. Quant au fédéral, il fait la sourde oreille, même face aux médias en situation minoritaire fort isolés qui crient famine. 

Attend-on que de grands médias soient touchés ? Des rumeurs de fermeture du Ottawa Citizen ont récemment circulé. Ce n’était sans doute qu’un ballon d’essai, mais c’est peut-être ce genre d’électrochoc, une capitale sans quotidien anglophone d’envergure, qui forcera le gouvernement de Justin Trudeau à s’interroger sur l’avenir de l’information au Canada.

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Plus que de belles paroles

À moins d’un an des élections au Québec, les partis ont commencé l’opération séduction. Dans toutes ces bonnes intentions, je souhaite qu’on pose des gestes pour relancer l’économie des régions rurales. 

Nos milieux sont attrayants, mais il importe de compter sur une économie diversifiée et durable pour retenir la jeunesse. Nous avons droit à plus de considérations de nos instances politiques.

Raymond Ménard, Plaisance


La bourde Adidas

La bourde linguistique chez Adidas à Montréal révèle que les Québécois francophones deviennent de plus en plus amorphes quand vient le temps de défendre le français. Certains seront tentés ici de blâmer les Anglais, les immigrants, nos politiques de francisation, etc. Pour ma part, si j’avais été présent, j’aurais quitté illico ! Au contraire, les clients se sont rués pour profiter de spéciaux ! Manquons-nous de fierté à ce point ? 

De plus en plus de consommateurs qui se font accueillir par « Bonjour, Hi! ». Sans se replier sur soi, il est très important respecter la langue de la majorité. Plusieurs langues se sont éteintes dans l’histoire de l’humanité et c’est peut-être le sort ce qui attend le français en Amérique ! Mais qu’on ne compte pas sur moi pour accélérer le processus.

Gilles Chénier, Lochaber partie ouest


L’échec de la francisation

La francisation des immigrants est un échec, constate la vérificatrice générale du Québec. La plus grosse erreur a été de fermer les Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI). Oui, il y a eu de belles réussites comme à l’UQAM ou l’école Nouvel-Horizon de Gatineau, mais aussi de nombreux échecs. 

Des « responsables de la francisation » sortis de nulle part, des moniteurs qui, dans certains cas, jouent à la police auprès des profs. J’ai travaillé 25 ans en francisation, mais j’ai pris une retraite anticipée, dégoûté. 

Paul Morissette, Aylmer