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Francophonie: une histoire de chiffres et de réalités

Dans une lettre dans Le Droit («Mise au point sur la francophonie dans la foulée de l’affaire Bombardier», 7 novembre), François Charbonneau remet en cause l’utilisation, par notre organisme, du chiffre de 2,7 millions pour décrire le fait français dans les neuf provinces et trois territoires où se trouvent les communautés francophones et acadiennes que nous servons. Ce chiffre correspond à ceux et celles qui connaissent le français, qu’il s’agisse de leur langue maternelle ou non. La lettre de M. Charbonneau faisait écho au débat suscité par la mention de ces 2,7 millions à l’émission « Tout le monde en parle » dimanche dernier.

Dans ce débat, cette semaine, certains ont joint leur voix à celle de M. Charbonneau pour prôner des définitions plus restreintes de la francophonie. Il y en a même qui avancent que seuls ceux et celles qui ont le français comme langue maternelle, et ceux et celles qui parlent français le plus souvent à la maison, devraient figurer dans cette petite case statistique francophone.

À lire également : Mise au point sur la francophonie dans la foulée de l’affaire Bombardier

Or, selon cette définition, trois des employés et employées de la FCFA ne sont plus des francophones. Deux sont nés respectivement au Burundi et au Chili et ont une autre langue maternelle que le français ; le troisième parle à égalité le français et l’anglais à la maison. Trouvez l’erreur.

Nous sommes en 2018. La francophonie a changé. Près de 30 % des francophones de la Colombie-Britannique et 26 % de ceux et celles de l’Alberta ne sont pas nés au Canada. Un nombre croissant de personnes de langue anglaise vivent en partie en français à la maison parce que leur conjoint ou conjointe est francophone et leurs enfants fréquentent nos écoles.

Bien sûr que les 2,7 millions de personnes qui parlent le français ailleurs qu’au Québec ne s’identifient pas tous comme francophones. Mais ces parents de langue anglaise qui participent aux activités en français à l’école de leurs enfants, ces gens issus de l’immersion qui font la fête au Festival du Voyageur à Saint-Boniface, participent-ils à la vie de la communauté francophone? De plus en plus, la réponse est oui.

La question n’est pas de savoir s’ils sont francophones ou non. La question est de savoir si, peu importe comment ils s’identifient eux-mêmes, ils font partie de cette expérience quotidienne qui s’appelle la francophonie. Qui sommes-nous pour statuer sur leur appartenance? Qui sommes-nous pour trier qui se situe à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur?

Si on nous donne le choix entre deux statistiques foncièrement imparfaites pour dépeindre tout le spectre des façons de s’identifier à la francophonie ou d’y participer, nous ferons toujours le choix de la plus inclusive. C’est une question d’ouverture. Une question de non plus uniquement protéger la francophonie, mais aussi la partager.

Différentes statistiques dépeignent différentes facettes d’une réalité et sont utiles dans différents contextes. Autour du noyau dur formé de 1,1 million de personnes pour qui le français est la principale langue de communication, peu importe leur langue maternelle, il y a ce fruit de 1,6 million de personnes qui ont appris le français et l’utilisent beaucoup, modérément ou un peu dans la vie quotidienne. Le potentiel de croissance de la francophonie, il est là. Et dans le cas qui nous occupe, le public de Radio-Canada et de l’émission Tout le monde en parle – qui, à ce que l’on sache, n’ont pas comme mandat de s’adresser aux seuls francophones de langue maternelle – il est là.

Utiliser ce chiffre ne revient pas à nier le défi majeur de l’assimilation. Pas plus que de corriger les propos de Denise Bombardier sur la disparition de nos communautés ne revient à dire que tout va bien en francophonie. Trouver des solutions à ce défi majeur? Oui, absolument, et nous y travaillons à chaque jour. Continuer d’exclure systématiquement les immigrants et immigrantes qui ont choisi le français, les gens qui se battent à nos côtés et participent à nos communautés? Non, cent fois non.

Si notre francophonie existe toujours dans 40 ans, elle sera portée non plus seulement par les enfants qui sont présentement dans nos écoles, mais aussi par tous ceux et toutes celles qui ont choisi de vivre une partie de leur vie en français, peu importe leur origine ou leur langue maternelle.

Autant commencer à les inclure maintenant.

L'auteur est Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

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Honneur et liberté

Compagnon de route de René Lévesque, Bernard Landry a pris part à tous les combats des 50 dernières années. Il avait la vocation du service public au oint même de devenir premier ministre. Il a su durer dans le milieu ingrat de la politique parce qu’il a placé son existence sous le signe de la fidélité à un idéal qui mérite bien des sacrifices personnels.

Si le Québec a connu avec la Révolution tranquille un formidable élan, son histoire ne commence pas avec elle. Bernard Landry a toujours su que la souveraineté-association appartenait au peuple québécois.

Au-delà de la dimension économique, il a souvent rappelé que l’indépendance est en dernière instance une simple question d’honneur et de liberté. M. Landry était et demeure le représentant d’une conception essentielle du projet souverainiste. Il savait que l’aspiration à cette cause venait des profondeurs de notre passé même si elle s’est transformée en projet réalisable politiquement avec le Québec d’aujourd’hui.

Philippe Racine, Hull

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La guerre, yes sir

Qu’ont-ils les hommes 

À tout détruire ?

À faire la guerre à tout propos

Plus gros canons, plus gros fusils

Après l’atome, le coquelicot

Tuer pour vivre

Vivre pour tuer

Femmes et enfants, 

Pères et aïeuls

Pour une colline, pour un caillou

Prendre le bien de son voisin

Se glorifier le torse bombé

Piqué d’étoiles et fière allure

Alors que l’autre sous la verdure

N’a plus de mots pour se défendre

Fini la vie, fini l’espoir

La guerre ? Yes sir !

Et allons boire.

Sylvia Pelletier Gravel, Gatineau

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Le programme à McGill

Ai-je mal lu ? Pour les jeunes diplômés les plus brillants du CEGEP de l’Outaouais qui veulent s’inscrire en médecine, ils doivent aller étudier en anglais pendant un an à Montréal ? Pourquoi iraient-ils à Montréal, payer le transport, l’hébergement, la nourriture, au lieu de demeurer chez leurs parents en Outaouais et d’aller étudier la médecine en français à l’Université d’Ottawa ? C’est ce qui se fait depuis des décennies non ?

En vertu du soi-disant statut particulier de 20 millions $, on devrait dégager 300 000 $ pour les 20 étudiants de l’Outaouais. Chacun devrait recevoir une bourse non remboursable de 15 000 $ chacun, du ministère de la Santé du Québec, pour assumer les coûts de cette année d’étude obligatoire à Montréal. 

Antoine L. Normand, Gatineau

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Pourquoi McGill ?

L’idée d’implanter une faculté de médecine en Outaouais est justement de donner aux francophones la possibilité d’entreprendre des études en médecine en français en Outaouais et d’espérer qu’ils s’établissent ici après leurs études. Pourquoi l’Université McGill est-elle responsable de son implantation ? Ceci découle d’un partage du territoire québécois entre les universités québécoises pour ce qui est de l’offre de certains services. McGill aurait hérité de l’Outaouais. Alors c’est à McGill de s’adapter au milieu et non le contraire. Après bien des débats, McGill garantit maintenant l’enseignement en français à 100 % lorsque la faculté ouvrira ses portes. On leur demande tout simplement de faire de même pour l’année préparatoire et que celle-ci ait lieu en Outaouais plutôt qu’à Montréal. 

La correspondante Monique Dubois-Roy (« Question linguistique », Le Droit, 6 novembre) a tout à fait raison que de parler plusieurs langues est un atout, mais ici on parle de langue d’enseignement. Si on veut apprendre une autre langue, on suit les cours appropriés.

Gilles LeBlanc, Gatineau

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Merci à Bernard Landry

Il m’est arrivé, quand j’étais à l’ÉNAP (École nationale d’administration publique), d’avoir Bernard Landry comme professeur d’économie internationale. Il venait à Hull une fois par semaine pour donner ses trois heures de cours. Je ne suis sûrement pas le seul à me souvenir de M. Landry comme d’un maître brillant et convaincant. C’était aussi un homme de grande culture, de vision et de conviction. Un privilège pour moi de l’avoir connu.

Gilbert Troutet, Gatineau

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Merci au Droit !

Pour faire suite à une rencontre du comité des bâtisseurs du Monument de la francophonie Embrun et la région, le 7 novembre 2018, les membres voudraient remercier le journal Le Droit pour l’excellente couverture accordée à ce grand projet. De la première pelletée de terre le 25 septembre 2017, jusqu’à son inauguration officielle le 30 novembre dernier, vos journalistes ont su propager ce beau rêve communautaire et faire connaître chacune des étapes de sa réalisation. Particulièrement, merci à Martin Brunette et Émilie Pelletier pour leur collaboration et leurs couvertures médiatiques. Le Droit fait une différence à la promotion de notre francophonie et ce dans notre belle région de l’Est de l’Ontario.  

Au nom du Comité des bâtisseurs du Monument de la francophonie Embrun et la région, nous vous prions d’agréer l’expression de notre respectueuse reconnaissance.  

Daniel Pierre Bourdeau, Monument de la francophonie d’Embrun

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L’autre regard sur SLÀV

La controverse autour de SLÀV aura été le débat de société le plus marquant de l’été 2018. L’enjeu demeure la représentativité des peuples historiquement opprimés (l’esclavage des Noirs) dans les pièces de théâtre portant sur certains aspects de leurs souffrances. Dans le pluralisme culturel actuel de nos sociétés, la demande de visibilité et représentativité des artistes issus des communautés culturelles dans le monde des arts est irréversible. Elle ira en grandissant. Le débat sur SLÀV restera donc inachevé s’il ne débouche pas sur des solutions appropriées.

Dans le débat sur l’annulation de « l’odysée théâtrale à travers les chants d’esclaves » de Betty Bonifassi et de Robert Lepage, la plupart des auteurs s’accordent pour dire qu’il s’agit d’une « censure », une remise en cause de la liberté d’expression des artistes. Ce serait les conséquences de l’utilisation, par Collectif SLÀV Résistance d’artistes Noirs, du concept « flou » d’« appropriation culturelle ».

Mais à partir de cette affirmation, les interventions n’ont été que du sophisme de l’« appropriation culturelle » et du nihilisme de l’existence socio-historique des races, de la singularité de la barbarie de l’esclavage des Noirs. La « patate » d’Amérique introduite dans le repas de Louis XIV ou le partage entre Haïtiens et Québécois du « riz djon djon », de la tourtière et de la tarte au bleuet seraient de l’ « appropriation culturelle ». Il n’y aurait pas eu de « Demoiselles d’Avignon» si Pablo Picasso n’avait pas emprunté à l’esthétique des « primitifs africains » (sic expression utilisée par d’aucuns).

Tous ces exemples ne sont pas de l’« appropriation culturelle », puisque ce concept sous-tend les termes de domination, d’exploitation, d’oppression d’un peuple par un autre. Partager des repas d’origines ethniques différentes n’est pas une exploitation de l’un par l’autre, mais des échanges de bons procédés, de convivialité. En s’inspirant de ce qu’on appelle « Arts nègres » pour ses œuvres, Pablo Picasso n’a fait que reconnaître et rendre hommage au génie esthétique des Africains « primitifs ». Les peintures de Picasso résultent du métissage harmonieux des cultures négro-africaine et la latine. Dans tous ces cas, il s’agit de ce Senghor appelle le « dialogue des cultures ».

Le nihilisme. Certains participants au débat vont jusqu’à dire que « le tragique n’a pas de race », que les « faits historiques ne sont la propriété exclusive d’aucune communauté ». Au de la censure, causée par la « tyrannie de minorités intolérantes », on en vient à banaliser et à comparer, aux autres types d’esclavage ayant existé dans l’histoire, la barbarie de la traite « atlantique » des Noirs dont les effets se font encore sentir à travers la profonde empreinte laissée chez les communautés noires des deux Amériques, par l’imaginaire de siècles d’esclavage.

Mais la réalité historique et sociologique demeure qu’il existe une condition de Noir. 

« La Négritude, écrit Aimé Césaire, n’est pas essentiellement de l’ordre biologique : ce que les Noirs ont en commun, c’est le fait qu’ils se rattachent d’une manière ou d’une autre à des groupes humains qui ont subi les pires violences de l’histoire, des groupes qui ont souffert et souvent souffrent encore d’être marginalisé et opprimés ». Dans ce cas, on peut comprendre que des artistes Noirs, pour la plupart originaires des deux Amériques, réclament une présence relativement significative dans la mise en scène de SLÀV.

La débat ne sera bien terminé qu’à certaines conditions. Le monde artistique québécois et canadien doit reconnaître que la race et les constructions raciales sont des réalités sociales. La mise en scène des pans douloureux de l’histoire des peuples doit en tenir compte en terme de représentativité des acteurs. Un dialogue constant doit se faire entre les artistes de diverses communautés ethnoculturelles. À l’instar des politiques de l’éthique de la recherche avec des êtres humains (un domaine de créativité aussi), on pourrait élaborer des politiques de l’éthique de la créativité artistique pour baliser également la liberté de l’artiste. Tout cela pourrait émaner des États généraux du monde de arts et de la culture.

L'auteur est Yao Assogba, professeur émérite à l'Université du Québec en Outaouais.