«Le gouvernement a décidé au début du mois que les résidents pour qui on faisait primer le confort sur la prolongation de vie ne seraient pas transférés à l’hôpital, même si leur état de santé se détériorait», écrits les auteurs de cette lettre, Christian et Jean-François Tardif.
«Le gouvernement a décidé au début du mois que les résidents pour qui on faisait primer le confort sur la prolongation de vie ne seraient pas transférés à l’hôpital, même si leur état de santé se détériorait», écrits les auteurs de cette lettre, Christian et Jean-François Tardif.

Vos parents en CHSLD recevront-ils les soins espérés?

OPINION / Vous avez certainement remarqué comme nous que le nombre quotidien de décès a augmenté au Québec au cours des 15 derniers jours mais pas les admissions aux soins intensifs. Les hôpitaux ne sont pas débordés. Une partie de la réponse à cette énigme provient peut-être des CHSLD, d’où originent 80% des décès liés à la COVID-19 plutôt que moins d’un tiers dans l’état de New York ou en aux alentours de 50 % en Europe.

Aiguillé par ce paradoxe, nous avons téléphoné au CHSLD où réside notre père, et avons demandé ce qu’il adviendrait de notre père s’il était atteint de la COVID-19. La réponse a été assez simple :  comme 90 % des résidents des CHSLD en Outaouais, il serait traité sur place. Si son cas venait à s’empirer, on lui donnerait de l’oxygène mais on ne le transférerait pas à l’hôpital, et si son état se détériorait encore plus, on s’assurerait de lui donner une fin de vie avec le moins d’inconfort possible. 

Vous êtes surpris par cette statistique ? C’est qu’elle est liée au choix qu’ont fait soit les patients ou les proches de leur famille (lorsque les patients étaient déclarés inaptes) avec leur médecin du CHSLD en signant le formulaire de Niveaux de soins. Seulement, le gouvernement a décidé au début du mois que les résidents pour qui on faisait primer le confort sur la prolongation de vie ne seraient pas transférés à l’hôpital, même si leur état de santé se détériorait.

Concernant notre propre situation familiale, notre père serait encore certainement encore assez lucide pour demander s’il était aux prises avec les fièvres associées à la COVID-19, pourquoi on ne le transfère à l’hôpital. Nous serions embarrassés d’avoir à lui répondre, que comme la quasi-totalité des familles, nous avons demandé à privilégier le confort sur l’acharnement thérapeutique, (notamment l’intubation si le patient était inconscient). Ce qui semblait alors la bonne chose à faire dans la situation prévalant il y a six mois, prend maintenant une autre signification. Vouloir éviter l’acharnement thérapeutique dans ce cas précis, c’est s’abstenir des soins hospitaliers nécesaires pour combattre la COVID-19.

Heureusement, le personnel médical nous a bien expliqué les enjeux et nous avons pu corriger la situation. Peut-être que pour plusieurs d’entre vous, un transfert à l’hôpital ne sera pas approprié pour vos parents, compte tenu de leurs volontés de fin de vie. Mais de grâce, prenez une décision consciente sur les options qui s’offriront à vos parents, et parlez-en, au besoin aux autorités du CHSLD.

Les auteurs de cette lettre sont Christian et Jean-Francois Tardif, de Gatineau.