Vivons-nous en démocratie?

OPINION / Tout le monde ou presque, aujourd’hui, se réclame de la « démocratie ». Ce mot est à ce point populaire qu’on le décline sous bien des formes : démocratie directe, représentative, libérale, moderne, participative, délibérative, de proximité, actionnariale, cyberdémocratie, postdémocratie, etc.

Mais vivons-nous réellement en démocratie ?

Pour répondre à cette question, il faut avant tout rappeler le sens originel du mot « démocratie », et comprendre comment des acteurs politiques l’ont récupéré à des fins électorales au milieu du XIXe siècle aux États-Unis et en France, puis pour fouetter l’enthousiasme de la population canadienne lors de la Première Guerre mondiale.

Cette récupération a donné lieu à une redéfinition du mot. On est passé de l’idée d’un régime où le peuple se gouverne directement à celle d’un régime où le peuple – uniquement les hommes, au départ – se borne à choisir ceux qui vont le gouverner.

Nos institutions dites « démocratiques », en premier lieu le parlement, sont en fait des créations des monarques du Moyen Âge. 

Cela est particulièrement évident au Canada, où le chef de l’État reste la reine, mais c’est aussi le cas dans les républiques.

Les députés élus ont remplacé la noblesse héréditaire, mais le parlement reste une institution enracinée dans l’histoire médiévale et féodale. 

On peut alors parler de « monarchie élective » ou d’« aristocratie élective ».

Ce rappel historique permet de mieux saisir la logique politique au cœur de notre régime dit « démocratique », et d’envisager d’autres manières de faire de la politique que celles proposées par les partis et qui consistent, entre autres, à tenir des élections.

Cette réflexion soulève des principes politiques fondamentaux, tels que la liberté, l’égalité et la solidarité.

Francis Dupuis-Déri, est diplômé de l’Université de Colombie-Britannique et a effectué un stage postdoctoral au Massachusetts Institute of Technology. Il a publié plusieurs ouvrages, dont Démocratie : Histoire politique d’un mot (2013) et La peur du peuple : agoraphobie et agoraphilie politiques (2016). Sa conférence aura lieu à la Maison du citoyen, mercredi 24 janvier 2018, à 19 h 30. Elle est organisée par la Société Gatineau Monde. Information : www.gatineaumonde.com.


Francis Dupuis-Déri, Professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal