«Si j’ai un seul message à passer aux victimes, c’est que peu importe le crime qu’elles ont vécu, je les encourage à demander du soutien», écrit Nancy Plamondon.

Victimes, demandez de l’aide

POINT DE VUE / Au départ, quand j’ai porté plainte, je l’ai fait principalement pour éviter qu’il y ait d’autres victimes et si cela pouvait m’aider, tant mieux.

Je ne croyais pas vraiment que de faire une déposition et d’aller à la Cour pouvait être réellement aidant et libérateur. Je dois bien avouer que cette démarche m’a apportée beaucoup plus de bien que je l’aurais imaginé. Je m’éveille aux bienfaits que la reprise de pouvoir a comme impacts positifs sur ma vie.

Ce fut un long processus d’en arriver à porter plainte contre mon propre père. Comment le reste de ma famille allait réagir? M’en voudraient-ils? J’avais aussi peur de perdre les relations avec ma famille ou pire encore d’être rejetée, de me sentir et me retrouver seule au monde. J’ai compris qu’il faut le faire pour soi et non en fonction des autres.

Pourquoi j’ai voulu parler aux médias?

J’espère que mon témoignage pourra aider au moins une personne.

Si j’ai un seul message à passer aux victimes, c’est que peu importe le crime qu’elles ont vécu, je les encourage à demander du soutien. Ensuite, si elles en ont la force, de dénoncer même si c’est un processus long et difficile. Les relations avec nos proches peuvent en souffrir. C’est parfois très difficile d’essayer de comprendre les façons de réagir de ceux qu’on aime le plus.

Dans ma tête, j’ai toujours craint et je crains encore que Jacques Plamondon ait fait d’autres victimes. Je voulais pouvoir empêcher cela. Si des victimes de Jacques Plamondon se reconnaissent, n’hésitez pas à demander de l’aide. Peut-être que ma démarche pourra aussi soulager d’autres victimes qui ne sont pas capables de porter plainte.

Le silence détruit. Il peut rendre dépressif, colérique, éteindre. Il peut apporter le désarroi, l’angoisse, des idées suicidaires et j’en passe.

Le dévoilement, quoique insécurisant, libère, soulage, redonne de l’espoir, permet de retrouver tranquillement un nouvel équilibre, de pouvoir grandir et enfin recommencer à s’épanouir.

Je veux aussi profiter de l’occasion pour parler des injustices de l’IVAC.

Les conditions d’admission à l’IVAC ne sont pas du tout adaptées à la réalité des victimes d’actes criminels.

Les délais pour faire une demande sont complètement irréalistes. Comment peut-on faire une demande à l’IVAC quand on n’est pas rendu là dans notre processus? J’ai été refusée car ma demande a été jugée hors délais. Pourtant, c’est la première fois de ma vie que je réalise qu’il y a une très grande différence entre raconter un acte criminel et comprendre qu’il a eu des impacts sérieux et traumatisants dans ma vie.

Presque tout le monde sait qu’il est très commun pour une victime de nier ou de minimiser les abus. On a peur de ne pas être cru ou d’être jugé.

Pour tenter de survivre, j’ai tout fait pour me conformer à ce que la société attendait de moi. Durant des années, je me suis fait «accroire» que j’avais une vie normale, que rien n’avait jamais existé ou que ce n’était pas aussi grave que ça. Si j’avais eu de l’aide plus tôt, je n’aurais pas été de nouveau victime d’abus dans ma vie et mes enfants n’en souffriraient pas.

Les abuseurs ont dans certains cas plus d’aide que les victimes, et ce, gratuitement. L’homme qui a été mon géniteur a bénéficié de plus d’une thérapie spécialisée gratuitement pendant plusieurs mois. Moi, je dois encore aujourd’hui toujours payer quand j’ai besoin d’aide psychologique suite aux abus de mon père. Sans compter les coûts de perte de travail, d’achat de médication. C’est une injustice qui doit être dénoncée. Si les victimes recevaient plus d’aide, elles seraient en meilleure santé physique et psychologique et en bout de ligne, elles coûteraient moins cher au système de santé, au marché du travail. 

En reconnaissant mon père coupable, le juge a reconnu ce que j’ai vécu. Cela m’apporte un sentiment de justice et de compassion. Enfin, quelqu’un me croit et dit que les actes commis par Jacques Plamondon ne sont pas corrects et sont répréhensibles par la loi. C’est un soulagement.

Ma mère

Je n’arrive pas à comprendre l’incapacité de ma mère à me supporter et à couper les liens avec mon abuseur. C’est très souffrant. Je suis profondément déçue et blessée par cette situation. J’aurais tellement aimé que ce soit autrement. Je dois maintenant guérir mes blessures.

Je veux dire à toutes les mères des victimes que rien faire, c’est être autant coupable que l’abuseur. La loi du silence, c’est fini. C’est le message qu’il faut passer. C’est le meilleur moyen d’éviter que les abuseurs fassent d’autres victimes.

Si vous avez des doutes, des intuitions, je vous en supplie, n’hésitez pas à vérifier auprès des enfants même si vous ne faites pas partie de sa famille. Rassurez-les que vous ne serez pas fâché. Allez chercher de l’aide.

J’espère que cette journée termine un chapitre de ma vie. À partir d’aujourd’hui, et pour les nouvelles générations, c’est une histoire saine et transparente que je lègue.

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