Le CISSSO ne compte plus que cinq radio-oncologues.

Urgence d’agir en oncologie

OPINION / Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a traité 102 patients de moins en radio-oncologie en 2016-2017 (1247 patients) qu’en 2015-2016 (1348 patients), malgré l’augmentation importante de la population outaouaise.

Cette diminution surprenante, à l’inverse des autres régions du Québec, s’explique par la réalité vécue par plusieurs qui doivent aller à Montréal pour leurs traitements. Ceci est dû au retard du CISSSO à utiliser les plus récentes technologies pour s’attaquer aux masses cancéreuses, telles que la stéréotaxie, et l’absence d’imagerie par résonance magnétique à l’hôpital de Gatineau, mais aussi par les problèmes informatiques et l’organisation déficiente des services aux patients au Centre de cancérologie. Aucun patient du Québec n’est traité en radiothérapie à Ottawa car les hôpitaux de l’Ontario ne traitent que leurs patients.

L’Outaouais accuse un retard important sur les traitements révolutionnaires de stéréotaxie demandés depuis longtemps par les radio-oncologues. Onze des 13 centres au Québec les offrent ; l’Outaouais ne possède pas l’appareillage nécessaire, bien que l’expertise est là. Pour maximiser les chances de survie des patients, les radio-oncologues envoient chaque année des centaines de patients à Montréal. Cette technologie devrait impérativement être disponible en 2018 tel que prévu.

L’IRM à l’hôpital de Gatineau est obligatoire pour cerner les tumeurs des patients qui ne peuvent être transportés à Hull. Le ministre Gaétan Barrette s’est dit favorable à doter l’Outaouais du nombre d’appareils requis pour la population, estimé à 3,42, si le personnel est présent et que la liste d’attente le justifie. Cette IRM, combinée avec l’appareil à Hull, permettrait d’annuler la liste d’attente d’un an. Cette demande a déjà été formulée par la fondation Les Rêves de Monique. Cependant, selon le reportage du 7 mars dans Le Droit, nos administrateurs affirment ouvertement que « ce n’est pas demain le veille » qu’il y aura une IRM à l’hôpital de Gatineau. Clairement, cette demande n’est pas prise au sérieux Le CISSSO doit placer la vie des patients ayant un cancer au-dessus des considérations financières et de locaux. Les patients inquiets pressent le CISSSO d’agir.

Les problèmes informatiques au Centre de cancérologie sont connus depuis longtemps. Certains patients ont été obligés de revenir pour leur rendez-vous médical, ou pour des traitements remis. Le retard d’informatisation des dossiers des patients est inexplicable, d’autant plus que les dossiers-papier ne sont plus à jour. Qu’attend le CISSSO ?

La radio-oncologie nécessite un nombre suffisant d’infirmières et d’adjointes administratives stables, formées pour répondre aux besoins des malades ayant un cancer. Cette désorganisation face aux plus vulnérables est inacceptable. Une meilleure organisation est requise pour éviter que des rendez-vous soient changés sans préavis, que les patients attendent parce que l’informatique est en panne ou que les résultats des examens manquent au dossier. 

Le CISSSO ne compte plus que cinq radio-oncologues. Comme il n’y en a que 139 au Québec en 2017 et que seulement quelques-uns sont formés annuellement, qu’arrivera-t-il si le CISSSO perd ses radio-oncologues ? Devront-ils aller à Montréal ? Non-sens !

Les procès-verbaux des réunions du conseil, entre mai et novembre 2017, démontrent que les autorités du CISSSO connaissent les problèmes. Comment expliquer une telle inertie ? Le Centre de cancérologie requiert d’urgence un leadership fort et indéfectible pour restaurer l’excellence pour les patients ayant un cancer. L’Association des radio-oncologues du Québec appuie les radio-oncologues du CISSSO. Et la FMSQ et le MSSS ont mandaté une équipe spéciale pour que les services adéquats aux patients ayant un cancer soient offerts en Outaouais, comme ailleurs au Québec.

Santé Outaouais 2020 exige un engagement beaucoup plus vigoureux et visible des députés de l’Outaouais et du CISSSO pour répondre d’urgence aux besoins des patients qui craignent pour leur vie. Ceux-ci ont le droit de recevoir les meilleurs traitements disponibles, ici, comme ailleurs au Québec.


Andrew Gibson et Gilbert Langelier, Santé Outaouais 2020