«La problématique de l’eau contaminée est un manque aberrant de notre gouvernement, de notre appareil juridique et de notre société canadienne à remettre aux peuples autochtones la dignité et le respect qu’ils méritent», croit l'auteure de cette lettre.

Une violation des droits de la personne

OPINION / L’incapacité du gouvernement fédéral de fournir un financement adéquat pour l’infrastructure de base en matière d’eau potable et d’assainissement dans de multiples réserves est incontestablement une violation des droits à la vie, à la sécurité et à la liberté des individus autochtones de ces collectivités. D’ailleurs, il existe des preuves convaincantes qui le démontrent.

Les membres des Premières nations sont confrontés à des niveaux élevés de maladies d’origine hydrique comparativement aux autres Canadiens. D’autres études indiquent que les résidents sont confrontés à des risques élevés de problèmes de santé graves et peuvent, dans certains cas, risquer la mort.

La problématique de l’eau contaminée est un manque aberrant de notre gouvernement, de notre appareil juridique et de notre société canadienne à remettre aux peuples autochtones la dignité et le respect qu’ils méritent. À titre d’exemple, la problématique est provoquée par une absence de reconnaissance juridique des droits des autochtones, une absence d’un cadre juridique pour la gestion de l’eau et un manque d’argent et de ressources adéquates pour ces communautés. 

D’autant plus, quand je réfléchis à la réponse quasi immédiate à Walkerton en 2000, tout en la contrastant aux manquements des gouvernements fédéraux et provinciaux à protéger la communauté de Grassy Narrows contre les effets dévastateurs d’un empoisonnement industriel à grande échelle, il est clair que la problématique de l’eau contaminée est un exemple concret de l’indifférence continue et honteuse de notre système canadien à prendre conscience de la nécessité urgente de respecter et de promouvoir les droits des peuples autochtones.

Selon le gouvernement du Canada, les avis à long terme sur la qualité de l’eau potable continuent à tyranniser 57 communautés autochtones au Canada. Plusieurs académiques se questionnent à savoir si la problématique de l’eau potable constitue de racisme environnemental. Je crois plutôt que c’est un traitement discriminatoire et un exemple grave de racisme structural pur et simple. À titre d’exemple, le taux de pauvreté sur les réserves autochtones est à 50 %. De plus, en visitant moi-même les réserves comme infirmière, je me suis aperçue que les soins de santé étaient abominablement limités et que les soins de santé mentale étaient pratiquement inexistants. D’ailleurs, un rapport a même trouvé que les taux de suicide sur les réserves étaient presque 10 fois plus élevés que le taux de suicide national.

En particulier, au Nunavut, le suicide regroupe même 27 % des morts depuis l’année 1999. Les maisons sont aussi envahies de moisissure extrême ce qui appauvrit davantage la santé de ces résidents. Finalement, les prix de la nourriture dans les magasins comme le Northern Store sont exorbitants. Par exemple, le simple achat d’un poivron frais s’élevait à 21,99 $. Il est clair que l’eau n’est qu’un seul exemple de racisme fondamental dirigé envers les communautés autochtones parmi plusieurs.

Afin que les collectivités autochtones prospèrent, le gouvernement fédéral doit fournir des services publics solides sur lesquels les gens peuvent compter. Nous vivons dans un des pays qui possèdent les plus grandes sources d’eau douce sur la planète. Pourquoi privons-nous nos propres citoyens d’un besoin si fondamental ?

L'auteure est Stéphanie Mercier, étudiante à la faculté de common law à l'Université d’Ottawa.