Une fille sur trois et un garçon sur cinq sont victimes d'attouchements sexuels avant l'âge de 18 ans.

Une société qui a mal à sa sexualité

Si une fille sur trois et un garçon sur cinq ont été victimes d’attouchements, voire d’agressions sexuelles, avant l’âge de 18 ans, n’y a-t-il pas lieu de se dire que le problème est social ? Quand c’est l’exception qui n’a pas vécu une telle problématique… doit-on penser que l’expérience est « normale » ?

Bien sûr que non.

Pourquoi un tel déni devant un problème qui affecte tant de gens ? Parce que c’est « incroyable » ! On souhaite tous que ce ne soit pas vrai !

Des révélations d’abus ou d’attouchements sexuels créent immanquablement une crise et une grande détresse chez toutes les familles impliquées. Autant celle, du, ou de, la, présumé(e) agresseur (e) que celle de la présumé (e) victime.

Pourquoi tant d’adultes sont-ils attirés par des enfants ou des adolescents ? Cette question ne devrait-elle pas être l’objet d’une plus grande préoccupation chez les professionnels que chez chaque individu de notre société ?

Nous sommes tous, chacun et chacune, interpellés, et ce de plus en plus, compte tenu du nombre très élevé de dénonciations récentes.

Il y a un trop plein. Un grand débordement, un écœurement massif et collectif devant le manque de respect, l’abus de pouvoir, le harcèlement psychologique, le harcèlement sexuel, les abus de confiance, les abus et agressions sexuels. Tant mieux !

Au-delà du choc, de la colère voire de la rage que cela peut susciter, il y a un constat que l’on doit faire.

Ça existe. Il faut s’en parler. Comme la violence conjugale/familiale, l’abus sexuel n’est pas un problème privé.

J’ai été intervenante sociale pendant plus de 30 ans. Des dénonciations d’abus sexuels, j’en ai reçues énormément. J’ai aussi travaillé avec beaucoup de personnes qui avaient été à la fois victimes et « abuseur(es) ».

J’ai toujours pensé que notre approche, comme société, devant la problématique de l’abus sexuel des enfants et des adolescents, était trop punitive, trop judiciarisée, pas assez éducative, préventive et guérissante. Pas assez ouverte. Trop secrète pour toutes les mauvaises raisons.

Je m’explique : abuser sexuellement d’un enfant ou d’un adolescent est inacceptable. Point final.

Mais une fois ce constat fait. Quoi faire pour que cela arrête ? Pour que cela ne commence jamais ?

Il faut d’abord « comprendre ».

Pour comprendre, il faut « entendre ».

Pour entendre, il faut être « accessible » en tout temps. Sans « jugement ». Afin de recevoir « l’autre ».

Celui ou celle qui se croit attirer par un enfant — qui ne sait pas quoi faire — qui sait que ce n’est pas correct. Qui a peur d’être jugé. Qui ne sait à qui en parler. 

Déjà que de parler de sexualité, c’est tout un exploit !

Celui-ci ou celle-là doit pouvoir se confier sans crainte, autant que possible, avant de passer à l’acte, ou encore après, sans craindre de se faire : juger, battre, rejeter, tuer.

C’est gros. C’est énorme.

Mais c’est le problème de tout le monde. C’est un cercle vicieux que l’on doit rompre pour que le dialogue commence, pour que la guérison devienne accessible.

Il faut rendre les services accessibles avant de judiciariser.

La majorité des abuseurs ont été des victimes… Toutes les victimes ne sont pas des abuseurs mais chaque personne abusée en portera toujours les traces. Sa perception de sa propre sexualité, de la sexualité en général, en sera contaminée.

Je crois profondément que l’on doit faire face à la problématique de l’abus sexuel comme société.

Je crois qu’il faut, dans les meilleurs délais, inventer, mettre sur pied et rendre accessible une ligne téléphonique d’écoute et d’accompagnement, confidentielle et non jugeante à l’intention des pré-ados, jeunes adolescents, jeunes adultes, adultes qui se questionnent sur leurs attirances et comportements sexuels.

Je demanderais aussi à tous ceux et celles qui ont abusé sexuellement, de mettre leur expérience au profit de la société pour que l’on puisse, entendre ce qu’ils ont vécu, ce qui aurait pu ou pourrait les aider à ne plus se comporter ainsi. La guérison commence par la reconnaissance.

Je suis certaine que l’écoute et le non jugement nous ouvriront la porte à la guérison collective de cette « maladie collective » qui nous afflige tous à différents degrés.

L’auteure est Anne Couture, Gatineau.