Le professeur LeVasseur croit qu'il «faut obliger les gouvernements et organisations qui reçoivent des subventions du fédéral qui représentent par exemple 15 % de leurs revenus annuels d’offrir des services bilingues».

Une refonte de la Loi sur les langues officielles bonne pour l’élite

OPINION / Dans son dernier rapport annuel, le Commissaire aux langues officielles propose une série de mesures pour la refonte de la Loi sur les langues officielles. Les recommandations sont très intéressantes, mais manquent d’originalité pour aider les citoyens vivant en situation minoritaire d’améliorer leur quotidien.

Leur impact servira une certaine élite canadienne, en passant par les professeurs et chercheurs, des avocats aux dirigeants des grandes organisations. Mais qu’en est-il du francophone hors d’Ottawa où le poids démographique est très limité? Ces changements suggérés auront des effets dans 10 ou 15 ans. Entretemps, l’assimilation continue et le poids démographique des francophones diminuent au Canada sans pour autant augmenter le niveau de bilinguisme.

On reprend les normes en les bonifiant, incorporant les décisions judiciaires et ajoutant quelques nouveautés. Mais qu’en est-il pour l’individu qui se bat tous les jours pour recevoir des services d’une organisation de compétence fédérale ? Lorsque l’on sort d’Ottawa, qu’elle sera la répercussion pour les communautés de langues officielles concernant le déclin démographique et la crise identitaire qui en découle? Il faut se mettre dans la peau de celui qui se bat pour maintenir la vitalité linguistique et pas réfléchir à partir d’Ottawa ou des sièges sociaux d’associations communautaires lorsque l’on pense la réforme de la Loi sur les langues officielles.

Le Commissaire devrait offrir un mécanisme afin d’obliger toutes les entreprises de compétence fédérale d’une certaine taille à offrir leurs documents et leurs services dans la langue de la minorité. Ceci devrait inclure l’accès au site web. Nous sommes dans une ère où les changements sont omniprésents. Certes, il est nécessaire de prévoir des exceptions, mais comment expliquer l’impossibilité de recevoir des institutions financières ou des transporteurs aériens un service de qualité dans la langue officielle de son choix ?

Il faut obliger les gouvernements et organisations qui reçoivent des subventions du fédéral qui représentent par exemple 15 % de leurs revenus annuels d’offrir des services bilingues. Lorsqu’elles reçoivent ces fonds, il faut exiger d’élaborer une image de marque de leur bilinguisme. Cela a été fait pour l’étiquetage des boîtes de céréales. Il faut étendre cette approche chez les entreprises. Cela doit devenir l’image de marque du Canada : un pays qui a la capacité d’offrir un service dans la langue officielle de l’individu.

Il y a une crainte de pousser le bilinguisme officiel au sein de la capitale. Les faibles recommandations sont au point où encore une fois, les grands principes auront un effet trop tard pour le citoyen. Entre temps, le visage d’Ottawa sera une réalité folklorique.

Il faut recommander la création d’un organisme avec le mandat de prévoir par étapisme les secteurs où il est nécessaire d’établir des normes de bilinguisme dans les institutions fédérales. Il faut une entité consacrée au devenir linguistique, car ce mandat a souvent été mal géré. On finance des entités, mais rien n’a vraiment changé au Canada depuis les 30 dernières années hors-gouvernement. 

Il faut avoir du courage et penser avec un objectif précis de l’image que l’on veut du Canada et pas seulement répondre aux cris de certains. Il faut voir le bilinguisme comme une valeur identitaire au Canada et cela commence par des mesures précises qui touchent le quotidien des individus.

L'auteur est Gilles LeVasseur, professeur en gestion et en droit à l'Université d’Ottawa.