La députée indépendante Amanda Simard, auteure de cette lettre

Une question d’équilibre

OPINION / Depuis les compressions unilatérales imposées aux institutions franco-ontariennes, mon bureau a reçu d’innombrables messages d’appui et de remerciements. Merci à tous pour ces mots d’encouragement.

J’ai placé mes électeurs et mon intégrité avant mes aspirations politiques. Un parti ne cache pas à sa seule députée franco-ontarienne ses intentions de couper dans les services des Franco-Ontariens. Un député prête serment de servir l’intérêt du Canada et non l’intérêt du parti. Les gens de chez nous m’ont élu pour les représenter à Queen’s Park et non pour leur vendre les compressions conservatrices auxquelles ils s’opposent par une écrasante majorité.

En politique, le député représente à la fois ses commettants et son parti. Lorsque le parti attaque les commettants, un député doit se tenir debout et les défendre. C’est ce qu’on appelle faire passer son pays, sa province, sa région avant son parti, et j’ose espérer que les Canadiens conviendront que c’est la bonne façon de faire de la politique. Détenir une fonction publique, c’est servir un intérêt plus noble qu’uniquement celui du parti.

En politique, il n’y a pas que la victoire qui compte. Le gouvernement ne doit pas tourner en perdants les Franco-Ontariens ni les millions d’autres citoyens qui n’ont pas voté pour lui. Il doit gouverner avec discernement, consulter les électeurs et proposer des politiques bénéfiques et réalisables. Il ne faut pas gouverner dans l’intérêt de son parti ou uniquement pour atteindre l’équilibre budgétaire : il faut gouverner dans l’intérêt public pour atteindre un équilibre tant budgétaire que social.

S’il y a un point positif dans toute cette crise linguistique, c’est que nos jeunes, qui n’ont pas vécu les crises précédentes, constatent la fragilité de nos droits, de nos services, de nos acquis. Nos jeunes vivent ce moment. Et ils s’en souviendront. Tout comme je me souviens d’avoir porté à huit ans mon t-shirt SOS Montfort lors du grand ralliement. Ce moment historique fait partie de moi et, 20 ans plus tard, il a fait partie de ma décision de quitter le caucus conservateur.

Nous choisissons un parti politique au mérite de son programme et nos candidats selon leurs compétences et leur caractère. Nous devons bien choisir nos représentants, car une fois élus, les députés sont le seul contrepoids possible contre les excès d’un parti majoritaire. L’enjeu n’est pas la réélection dans quatre ans, mais bien une société juste, pour tous.

Le nouveau gouvernement à Queen’s Park ne joue pas franc-jeu. Il n’a pas mis en place des mécanismes de consultation équitables des électeurs. Il attaque les médias, qui jouent un rôle essentiel en démocratie. De nombreux groupes déplorent le manque de consultations dans des secteurs clés tels que les soins de santé, l’éducation, l’autisme et les affaires francophones, tandis que d’autres s’inquiètent d’attaques potentielles contre l’environnement, les syndicats et les arts, le tout sous un argumentaire de lutte contre le déficit.

Trop de membres de ce gouvernement sont pour la première fois au volant d’une démocratie. Affamés de pouvoir après 15 années d’absence, leur partisanerie les aveugle. À la veille de leur premier budget, trop d’indicateurs démocratiques sont dans le rouge.

Heureusement pour nous, Franco-Ontariens, notre mouvement de résistance a parlé haut et fort, et ce gouvernement y pensera deux fois avant de nous attaquer de nouveau. Mais malheureusement, trop d’Ontariens doivent craindre le retour du pendule causé par un gouvernement qui, en début de mandat, manifestement manque d’équilibre.

L'auteure, Amanda Simard, est députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell et Présidente du Réseau international des jeunes parlementaires de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.