Joseph Kabila n’a jamais voulu doter la République démocratique du Congo d’une véritable armée républicaine capable de sécuriser les frontières poreuses.

Une page sombre se tourne en République démocratique du Congo

OPINION / Après 16 ans de pouvoir dont le dernier mandat censé s’achever le 19 décembre 2016, Joseph Kabila est resté encore deux ans de plus, simplement parce qu’il ne voulait pas organiser sa succession par des élections libres et transparentes dans la République démocratique du Congo.

Durant son règne, les Congolais ont payé un lourd tribut à la conquête de la démocratie. Ce pays n’a connu que l’instabilité politique, la violence et l’insécurité caractérisée par des rébellions et une paupérisation croissante de la population. Son bilan est globalement désastreux, tant en termes de perte en vies humaines qu’en termes de développement socio-économique du pays.

Joseph Kabila qui a succédé à Laurent-Désiré Kabila, en janvier 2001, n’a jamais voulu doter le pays d’une véritable armée républicaine capable de sécuriser les frontières poreuses, même avec la présence et le soutien des forces de maintien de la paix des Nations unies. Tout comme, il n’a jamais voulu établir un régime démocratique, issu d’élections libres et transparentes, qui repose sur la solidité des institutions et un système judiciaire indépendant, pierre angulaire de l’établissement de l’État de droit, pour rétablir la stabilité politique et économique du pays. 

Bien au contraire, il a instauré un régime autoritaire épouvantable, sans véritable séparation des pouvoirs, qui était prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, en pratiquant le culte de la personnalité.

Un climat d’insécurité quasi permanent règne dans ce pays et plus particulièrement dans la partie est où les groupes rebelles opèrent en toute impunité au nez et à la barbe des forces de l’ordre. Entre 6 et 8 millions de Congolais, en majorité des femmes et des enfants, ont été massacrés de manière violente, sans compter les assassinats de journalistes, de défenseurs des droits de la personne, d’opposants politiques et même d’experts internationaux mandatés par le Conseil de sécurité des Nations unies. L’envoyée spéciale de l’ONU pour les violences faites aux femmes et aux enfants dans les conflits, Margot Wallstrom, avait même qualifié la République démocratique du Congo de « capitale mondiale du viol ».

Point n’est besoin de rappeler ici que l’impunité et les violences sexuelles infligées à des femmes et des fillettes restent un phénomène bien réel et très inquiétant en RDC. Et, si le gynécologue congolais, Denis Mukwege « l’homme qui répare les femmes », est reçu le Prix Nobel de la paix, c’est en partie à cause de l’incompétence lamentable du gouvernement congolais qui n’a pas su protéger ses concitoyennes.

Avec un pays qui recèle d’immenses ressources naturelles, un potentiel énorme des sources d’énergie électrique estimées à 40 % du potentiel africain et une population de plus de 80 millions d’habitants, Joseph Kabila n’a pas été capable de développer une économie nationale prospère qui créerait des emplois, assurerait la croissance économique et produirait de la richesse pour élever le niveau de vie de sa population. Il n’a pas su capitaliser tous ces potentiels et des atouts précieux pour faire de son pays un pôle d’attraction majeur du continent pour les opérateurs économiques et un marché important pour un vaste éventail de secteurs d’activités économiques. De ce fait, devenir une puissance économique émergente susceptible de jouer un rôle de catalyseur du développement économique du continent.

Durant le règne de Kabila, la RDC n’a jamais fait bonne figure dans les principaux classements internationaux. Elle figurait toujours parmi les derniers du classement de l’indicateur du développement humain du PNUD.

Alors que le rôle de tout gouvernement est censé veiller à la sécurité de ses citoyens et améliorer leurs conditions de vie socio-économiques, en RDC, seule une frange très minime de la population, notamment les bonzes du régime et leurs courtisans qui s’enrichissent sans se soucier de la pauvreté de la grande majorité de la population qui crève de faim. Ceux-ci amassent d’immenses richesses un peu partout dans des paradis fiscaux, pendant que la population croupie dans une misère indicible et vit avec moins de 1 $ US par jour.

Chaque jour qui passe voit des milliers de Congolais et surtout d’enfants mourir de maladies pourtant susceptibles d’être éradiquées. L’espérance de vie des Congolais ne cesse de diminuer, étant donné les conditions d’insalubrité absolument effroyables, de manque général des services de santé préventive et d’accès limité aux soins de santé de qualité. Même dans les pays moins dotés en ressources naturelles comme la RDC, les populations ne vivent pas dans une telle misère.

Sur le plan de la politique extérieure, Joseph Kabila n’a jamais compris que la République démocratique du Congo, en raison de sa position géographique, au centre du continent africain, de l’étendue de ses frontières avec neuf pays et un débouché sur l’océan Atlantique, ses innombrables ressources naturelles, ses eaux et forêts qui abritent une faune et une flore riches, son potentiel énergétique capable d’approvisionner l’Afrique en énergie électrique et surtout ses minerais et métaux précieux tels le cobalt, le cuivre, l’uranium, l’or, la cassitérite, le diamant et le coltan très recherché par les entreprises de haute technologie pour la fabrication des téléphones mobiles, devrait naturellement jouer un rôle géostratégique de premier plan en tant que puissance géopolitique dominante dans la sous-région des grands lacs. 

De plus, elle avait vocation à d’être, à la fois une locomotive de l’économie africaine, une puissance géostratégique de premier ordre à l’échelle continentale et, in fine, un pilier de la gouvernance mondiale.

Malgré tous ces atouts potentiels pour pouvoir exercer une influence politique et diplomatique déterminante sur la scène continentale et même mondiale, force est de constater que Joseph Kabila n’a jamais nourri de hautes ambitions sur le plan continental et même international pour son pays et ses concitoyens. Les Congolais sont totalement absents des grandes institutions internationaux. Les rapports de force dans la sous-région des Grands lacs a considérablement changé au profit de certains petits pays ambitieux qui se servent de ressources naturelles congolaises pour asseoir leur influence continentale et exercent une domination sur la RDC.

La République démocratique du Congo ne joue aucun rôle actif dans les grandes enceintes internationales et régionales. Rares sont des Congolais qui s’y trouvent à des postes de direction. Joseph Kabila lui-même a été aux abonnés absents de grandes rencontres régionales et internationales où se prennent des décisions importantes qui engagent l’avenir de l’humanité. Il a, non seulement affaibli complètement sur le plan international, il a plongé sa population dans une misère indescriptible.

Il est inconcevable et même insupportable qu’un individu prenne ainsi en otage tout un peuple, à qui il ne sait même pas garantir le minimum de droit de vivre en paix et en sécurité, dans la dignité et de bénéficier d’immenses ressources généreuses que la Nature a doté à ce pays. En effet, peu importe l’issue du vote de ce 30 décembre, il y a au moins tout lieu de croire que cette fois-ci, la page de Joseph Kabila en tant que président de la République démocratique du Congo est définitivement tournée.

L'auteur est Isidore Kwandja Ngembo, politologue à Ottawa.