La solution n’est pas tant de confier l’ensemble des services de traduction requis par les divers ministères au Bureau de la traduction qu’elle ne l’est de s’assurer que ceux-ci aient le mandat de veiller au respect intégral de la Loi sur les langues officielles.

Une incurie structurelle

Encore une fois, l’insouciance et la négligence du gouvernement fédéral en matière de services linguistiques, notamment de traduction, suscitent la grogne et la réprobation, incurie qui semble avoir atteint son paroxysme depuis le recours dans la fonction publique fédérale aux machines dites de «traduction automatique», dont les facultés interprétatives, comme en témoignent les exemples recensés par Chantal Carey, étudiante en droit à l’université d’Ottawa, s’apparentent davantage à celles d’un robot qu’à celles d’un traducteur professionnel dûment formé.

À juste titre, cet abject mépris pour la langue et sa dimension culturelle est, comme il se doit, dénoncé par des universitaires et des députés de l’opposition, dont François Choquette, du NPD.  Mais, si le passé est garant de l’avenir, il y a fort à parier qu’on aura prêché, une fois de plus, dans le désert, tant les autorités fédérales n’ont cure d’imposer le coup de barre qui s’impose depuis déjà trop longtemps. Que faire, alors, devant ce mur d’indifférence?

Contrairement à ce que préconise M. Choquette, la solution n’est pas tant de confier l’ensemble des services de traduction requis par les divers ministères au Bureau de la traduction qu’elle ne l’est de s’assurer que ceux-ci aient le mandat de veiller au respect intégral de la Loi sur les langues officielles et, par conséquent, se dotent des effectifs compétents voulus pour s’en acquitter.

Tant et aussi longtemps qu’on verra dans le volet des services linguistiques un poste budgétaire propre à faire l’objet de compressions majeures sans qu’on n’ait à craindre une levée de boucliers au sein de l’électorat, peu sensible à cet enjeu, les autorités fédérales se complairont sans doute à toujours faire la sourde oreille, et l’incurie perdurera.

Triste et honteux bilan de la part d’un pays qui se plaît à faire la leçon aux autres sur toutes les tribunes du monde. Ainsi, Justin Trudeau et ses collègues auraient plutôt intérêt à s’inspirer eux-mêmes des valeurs et de la rigueur qu’ils y prêchent, car un pays qui néglige sa culture et son patrimoine au sein même de ses institutions n’est guère digne de la reconnaissance internationale à laquelle il aspire.

L'auteur du texte est Jean-Charles Merleau de Gatineau.