Raymond Théberge appelle les élus à protéger les acquis des canadiens francophones en situation minoritaire.

Une érosion des droits qui dépasse l’Ontario

L’annonce du gouvernement de l’Ontario d’abolir le Commissariat aux services en français et de démanteler le projet de l’Université de l’Ontario français m’amène à un bien triste constat : la mouvance qui porte atteinte aux droits linguistiques n’a plus de frontières.

Comme j’ai pu le constater, l’onde de choc créée par cette annonce provoque l’indignation non seulement des Franco-Ontariens, mais de l’ensemble des Canadiens. En effet, ce recul en matière de droits linguistiques me consterne au plus haut point.

Nous commençons à voir des exemples qui dépassent les frontières de l’Ontario. Pensons au transfert de la Direction des affaires francophones de la Saskatchewan du Conseil exécutif provincial au ministère des Parcs, de la Culture et du Sport; à l’incertitude entourant l’avenir de la dualité linguistique à la suite des élections provinciales au Nouveau-Brunswick; à la dissolution de la Direction de l’éducation française au sein du ministère de l’Éducation en Alberta, où les services de langue française sont maintenant gérés de manière intégrée à celle de la majorité; à l’absence de progrès dans l’élaboration d’un cadre législatif pour les services en français en Colombie-Britannique; et à l’annonce de la Coalition Avenir Québec, durant l’élection, de possiblement abolir l’ensemble des commissions scolaires anglophones, ainsi que celles francophones, et de les remplacer par des centres de services contrôlés par les parents.

Il est surprenant de voir des enjeux de cette ampleur se retrouver sur la sellette près de 50 ans après la mise en œuvre de la première Loi sur les langues officielles. Pourtant, cette Loi, qui fait partie de la mémoire collective des Canadiens, représente les véritables fondements du contrat social qui nous unit. Comment arrive-t-on à considérer ce qui fait notre identité comme un vestige oublié? La dualité linguistique représente pourtant un puissant symbole d’ouverture, d’empathie et de respect.

Le gouvernement, les institutions fédérales, les tribunaux et nombre d’acteurs de la société civile ont contribué à ce que le portrait soit tout autre depuis l’adoption de la Loi. Ils ont contribué à ce que la dualité linguistique et les langues officielles puissent figurer au premier plan dans l’imaginaire des citoyens et dans le projet sociétal canadien, et à ce que le français et l’anglais deviennent les langues de la conversation nationale. Les reculs comme celui dont il est question en Ontario remettent en question le contrat social.

Est-ce que nous sommes en train de commencer une nouvelle conversation qui contredit notre vision commune de protéger les droits linguistiques des Canadiens en situation minoritaire?

Les droits linguistiques inscrits dans la Loi sur les langues officielles sont le reflet de l’importance que les Canadiens accordent à l’épanouissement des communautés de langue officielle et à l’égalité du français et de l’anglais dans la société canadienne ainsi qu’au sein du Parlement, du gouvernement du Canada et des institutions fédérales. Ancrés dans notre histoire, les droits linguistiques sont porteurs d’avenir. Aujourd’hui, la grande majorité du public canadien soutient les objectifs qui sous-tendent la Loi. En fait, selon un sondage de Nielsen de 2016, 88 % des Canadiens appuient les objectifs de la Loi sur les langues officielles.

Je constate qu’après des efforts qui s’échelonnent sur plus d’un demi-siècle, il faudra que l’on se penche à nouveau sur la question du contrat social. Les langues officielles, c’est l’affaire de tous. Les reculs en matière de droits linguistiques portent atteinte à tous les Canadiens.

Nul doute, cette mouvance foule aux pieds des valeurs fondamentales des Canadiens. Le Canada doit demeurer un chef de file et un phare en matière de dualité linguistique, et il se doit d’appuyer les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Les leaders ont le devoir de protéger nos acquis et cela est mon objectif en tant que commissaire. J’appelle les élus à en faire autant, peu importe leurs allégeances politiques.

Ce texte a été écrit par Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles.