Dans les années 1960, l’Église passe la main au gouvernement et à la société laïque. Elle aura participé à la direction du peuple français d’Amérique pendant 350 ans (1608-1960).

Une croix qui signifie beaucoup

OPINION / Le temps des Fêtes est l’occasion de jeter un coup d’œil sur notre héritage catholique : qu’est-ce que nous devons à l’Église comme Québécois de souche?

Ce texte s’inspire du livre de Lucia Ferretti, « Brève histoire de l’Église catholique au Québec ».

Un rappel des faits pour commencer. Dès les débuts, la survie de la Nouvelle-France est en péril faute de moyens. Le pouvoir civil s’appuie sur l’Église pour administrer la colonie. Des gens de foi portée par un élan religieux mettent sur pied des écoles, des hôtels-Dieu, des hôpitaux généraux et un réseau des paroisses qui donne à la colonie son épine dorsale. Sans cette contribution religieuse, la collectivité française n’aurait sans doute pas subsisté en Amérique du Nord.

Après la Conquête de 1760, la survie de la collectivité est encore plus précaire. Le pouvoir britannique est hostile à la société canadienne. L’Église supplée à l’indigence du pouvoir civil des Canadiens : elle maintient les paroisses qui servent de structure sociale et lutte contre la misère.

En 1837, après l’échec de la rébellion, le pouvoir britannique impose l’Union qui nourrit des projets d’assimilation. De plus, le libéralisme économique anglais crée la pauvreté. Encore une fois l’Église va prendre en charge la population canadienne en assumant un rôle politique et social à la place du pouvoir civil.

Au début du XXe siècle, l’industrialisation amène la population des campagnes dans les villes où règne la pauvreté. L’Église travaille à l’autonomie et à la promotion économique et sociale du peuple canadien français par ses institutions. Dans les années 1960, l’Église passe la main au gouvernement et à la société laïque. Elle aura participé à la direction du peuple français d’Amérique pendant 350 ans (1608-1960).

À la fin de ce parcours revient cette question : qu’est-ce que nous devons à l’Église? Beaucoup. Nous lui devons d’abord d’avoir survécu. Nous lui devons d’avoir gagné le droit de prétendre à un territoire et à un gouvernement. Nous lui devons d’avoir doté notre société d’institutions clés. Nous lui devons de nous avoir inculqué un sentiment nationaliste à persister et à croître. Notre legs le plus précieux est peut-être du côté des valeurs. Max Weber a relevé l’importance des schèmes religieux dans son livre « L’éthique protestante et l’esprit du capitaliste ». Il a remarqué que les croyances des protestants les amenaient à miser sur la réussite sociale et financière, beaucoup moins les catholiques. Ainsi, la valeur première des Québécois de souche est l’affection de ses proches et de ses amis plus que la gloire ou le profit.

Conclusion : nous devons beaucoup à l’Église catholique. La croix suspendue à l’Assemblée nationale est un drapeau qui témoigne de la lutte d’un peuple menée à l’ombre du clocher pour survivre et ajouter sa touche d’humanité à un monde qui en a bien besoin.

Pierre Bourret, Gatineau