Pour tous les types de logements, dans tous les secteurs de la ville de Gatineau et en moins d’un an, les taux d’inoccupation des logements locatifs ont dégringolé rapidement.

Une crise du logement sans précédent

OPINION / Même si les données contenues dans le dernier rapport sur le marché locatif de la région métropolitaine d’Ottawa-Gatineau, publiées le 28 novembre dernier par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), n’ont pas fait l’objet d’une attention particulière de la part des médias de l’Outaouais, celles-ci nous apparaissent tout de même très inquiétantes, d’intérêt public et devraient, à notre avis, mériter une attention particulière de la part des autorités publiques.

Ce rapport nous démontre nettement et sans ambiguïté que le secteur du logement locatif à Gatineau traverse une grave pénurie et que cette situation n’est pas sur le point de se résorber si des mesures concrètes ne sont pas rapidement mises de l’avant par les gouvernements d’Ottawa et de Québec, comme nous le constatons de façon quasi quotidienne sur le terrain.

Les chiffres de ce rapport parlent d’eux-mêmes : pour tous les types de logements, dans tous les secteurs de la ville de Gatineau et en moins d’un an, les taux d’inoccupation des logements locatifs ont dégringolé rapidement et de beaucoup en bas du seuil d’équilibre du marché reconnu à 3 %.

Avec des taux moyens de 0,7 % pour le secteur Gatineau, 1,3 % pour le secteur Hull et 2,0 % pour le secteur Aylmer et des loyers qui augmentent beaucoup plus rapidement que l’inflation, on peut, sans aucun doute, qualifié ce constat comme une situation de crise majeure selon les critères du gouvernement du Québec. Entre les années 2001 et 2005, c’est ce qu’avait, en effet, reconnu le gouvernement d’alors via le Programme d’aide d’urgence aux ménages sans logis et aux municipalités connaissant une pénurie de logements locatifs. Avec un taux d’inoccupation de 1,8 %, la situation est tout aussi préoccupante sur le marché secondaire des condos à louer.

Avec un taux moyen d’inoccupation de 1,2 %, la situation présente à Gatineau est la pire de tous les autres centres urbains du Québec.

Selon la SCHL, cette pénurie serait même historique pour Gatineau. Un avis que nous partageons amplement en comparant la présente situation à celle que nous avons côtoyée entre les années 2000 et 2005. Avec un marché du travail relativement dynamique, un bilan migratoire en très forte croissance depuis 2011, la forte baisse de l’accès à la propriété causé par le resserrement des critères de financement et l’augmentation des taux d’intérêt qui touchent particulièrement les ménages de moins de 35 ans, cette pénurie va nécessairement s’accentuer au cours des prochaines années.

Cette crise nous démontre, encore une fois, l’incapacité du secteur privé de répondre adéquatement aux besoins d’un grand nombre de ménages locataires tout en nous indiquant l’urgence d’agir des gouvernements du Québec et Ottawa.

Les autorités gouvernementales doivent donc prendre acte de la situation et débloquer rapidement les fonds nécessaires pour relancer le développement de nouveaux logements sociaux en Outaouais. D’ici là et comme, ce fut le cas entre 2001 et 2005, il nous apparaît également important et incontournable que de nouvelles mesures soient rapidement mises en place pour soutenir et accompagner adéquatement les ménages qui vont se retrouver sans logis à cause de cette pénurie de logements.

En adhérant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) en 1976, le Canada et le Québec ont pris des engagements fermes et significatifs à l’égard du respect du droit au logement. Pour être effectif, ce droit au logement doit impérativement se traduire par un ensemble cohérent de lois, de règlements, de politiques et de programmes. De façon tangible, les autorités de ces deux paliers de gouvernements ont une obligation de moyen et sont tenues de construire des logements abordables en quantité suffisante et garantir que les plus pauvres y auront accès à travers des systèmes de subventions.

Avec des surplus qui se comptent en milliards de dollars et les sommes importantes promises par le fédéral dans le cadre de la Stratégie canadienne sur le logement, le nouveau gouvernement Legault a, à notre avis, toute la marge de manoeuvre nécessaire pour respecter les engagements du Québec à l’égard du PIDESC. Avec une telle marge de manœuvre, aucune excuse ne serait être justifiable et tout doit être mis en œuvre pour éviter que la présente situation ne dégénère et que des centaines de ménages se retrouvent à la rue.

Cette lettre a été signée par les organismes suivants :

Coalition urgence logement Gatineau

Accueil Parrainage Outaouais

Association coopérative d’économie familiale de l’Outaouais

Centre d’intervention et de prévention et d’intervention en toxicomanie de l’Outaouais

Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais

Gîte Ami

La Soupe populaire de Hull

La Soupière de l’amitié

Le Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais

Les Habitations des Rivières de l’Outaouais

Les Œuvres Isidore Ostiguy

Logemen’occupe

Mon Chez Nous

Regroupement des associations de personnes handicapées de l’Outaouais

Regroupement des OSBL d’habitation et d’hébergement avec support communautaire en Outaouais

Table ronde des OVEP de l’Outaouais