Une commission d’enquête pour plus de transparence

M. le ministre des Transports Marc Garneau,

Le 4 juin dernier, des membres de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, entourés de deux auteurs de livres d’enquête sur la tragédie ferroviaire, sont venus sur la colline pour la troisième fois en trois ans demander une commission d’enquête publique sur la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013.

Ils présentaient une pétition signée par plus de 3500 personnes. La journée même, vous avez accusé les signataires d’être des adeptes de théories du complot.

Vos propos ont suscité beaucoup de colère. Les pétitionnaires, le conseil municipal de Lac-Mégantic et l’Assemblée nationale du Québec demandent cette commission d’enquête et ne sont surtout pas des conspirationnistes.

M. le ministre, cette tragédie était prévisible et surtout évitable. Arrêtez de prétendre que l’enquête du Bureau de la sécurité des transports (BST) a déterminé toutes les causes de la tragédie!

Alors que s’ouvrent les travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant la voie de contournement à Mégantic, d’importantes questions demeurent toujours sans réponses.

Pourquoi Transports Canada a-t-il autorisé la Montreal, Maine & Atlantic (MMA), la compagnie reconnue comme la plus délinquante en Amérique du Nord concernant la sécurité, à opérer des convois pétroliers gigantesques avec un seul employé à bord?

Pourquoi un rapport du Conseil national de recherches recommandant de ne pas aller de l’avant avec des trains dotés d’un seul membre d’équipage n’a-t-il pas été pris au sérieux?

(...) Pourquoi le BST n’a-t-il pas lui-même décidé de tenir une enquête publique alors qu’il est habileté à le faire?

Pourquoi les incidents ferroviaires, accidents et déversements ont-ils augmenté de façon fulgurante depuis Mégantic?

(...) Combien y a-t-il de personnes à Transports Canada qui ont comme fonction d’inspecter plus de 46 000 kilomètres de voies ferrées?

Quelle influence ont les compagnies ferroviaires sur la réglementation qui s’applique à elles-mêmes?

Le rapport du BST est muet sur ces questions, alors que des trains remplis de pétrole sont de plus en plus nombreux à sillonner le Québec et traverser nos villes.

Une commission d’enquête publique peut obliger des témoins à comparaître sous serment, à subir un interrogatoire. Elle peut déterminer qu’il y a eu inconduite, elle peut adresser un blâme contre des personnes ou des organismes. Et surtout, elle peut formuler des recommandations pour réformer les politiques en vigueur et améliorer la sécurité ferroviaire.

Une commission d’enquête publique permettrait plus de transparence dans la gestion de Transports Canada et donnerait un sens plus large à la tragédie de Lac-Mégantic.

Avec toutes ces questions sans réponses, M. le ministre, n’y a-t-il pas matière à réfléchir plutôt que traiter les citoyens de Mégantic et les parlementaires québécois de complotistes?

Monique Pauzé
Députée de Repentigny